RENTREE SCOLAIRE EN RCA :

Vend 15 Sept. 2017 : 10H56

RENTREE SCOLAIRE EN RCA : CONDITIONNALITES SUR CONDITIONNALITES, MAIS APRES ?

A chaque rentrée des classes en RCA, c’est toujours le même refrain qui revient : payez-nous ceci, payez-nous cela. C’est devenu une routine. Même un bébé dans le ventre de sa mère en sait quelque chose. Depuis l’indépendance à nos jours, à l’approche de la rentrée scolaire, les enseignants posent toujours des conditionnalités sur conditionnalités au gouvernement, exactement comme ce qu’a fait le FMI au régime de feu président Ange Félix Patassé.

Pour cette année académique 2017-2018, au cours de leur Assemblée Générale le samedi dernier à la bourse de travail, les cinq (5) centrales syndicales parmi les quinze (15) que compte le pays, ont revendiqué le paiement de trois (3) mois de salaires par le gouvernement avant toute reprise. Parmi ces trois (3) mois, figurent bel et bien les arriérés des mois de novembre et décembre sous le régime de Michel Djotodia et le paiement du mois en cours (septembre). Et le Centrafricain lambda se pose la question suivante : « les enseignants ont-ils bien réfléchi pour faire de telles revendications » ?

C’est toute la question qui se pose aujourd’hui avec plus d’acuité. Pour nous, revendiquer ses droits n’est pas mauvais en soi. Si un individu ou un groupe d’individus estiment pour leur part qu’ils sont lésés, ils ont intérêt à revendiquer leurs droits. Ce n’est pas interdit. Dans tous les pays dits démocratiques comme la RCA, les revendications pacifiques sont autorisées par la loi. Mais faut-il que ces revendications soient fondées. Pour les cinq (5) centrales syndicales dont regorgent les enseignants, c’est leur sport préféré. A chaque rentrée scolaire, ceux qui sont censés inculquer le savoir aux élèves posent des conditions. Et ces conditions vont toujours dans le domaine des finances. Pour eux, c’est l’argent qui prime. L’éducation des enfants est reléguée au second rang. Et pourtant un travailleur, qu’il soit du secteur public ou privé, est payé par rapport au travail fourni. Si les résultats des examens de l’année scolaire 2016-2017 ont été catastrophiques, à qui la faute ? Cette situation ne prouve-t-elle pas à suffisance que les enseignants ont montré leur limite ? A leur place, nous aurions dû faire notre examen de conscience et cesser de faire des revendications stériles.

Pourquoi ont-ils attendu jusqu’à ce jour pour demander au gouvernement de leur verser les deux (2) mois d’arriérés de salaire de Djotodia ? Quand Djotodia était au pouvoir, avaient-ils osé faire une telle revendication ? Pour préparer une rentrée scolaire à ses enfants, faut-il attendre la veille ? Les préparatifs d’une année scolaire commencent dès la fin d’année. Quand les enfants sont en vacances, leurs parents se lancent dans les achats des fournitures scolaires, des habits et chaussures. Mais en Centrafrique, les enseignants n’attendent que le jour « J » pour préparer la rentrée scolaire de leurs enfants avec les arrièrés de salaire. Et si Djotodia versait les mois de novembre et décembre, qu’allaient-ils revendiquer au gouvernement Sarandji ? Les arriérés de feux Kolingba et Patassé ? Vraiment, c’est ridicule.

Pire encore, quand le salaire et les arriérés leur sont versés, ils ne paient même pas des fournitures scolaires à leurs enfants. Nous avons eu la chance de tomber sur un enfant d’un enseignant l’année dernière. Il n’avait ni un stylo, ni un morceau de craie. Pour les cahiers, n’en parlons pas. Son père ne percevait-il pas son salaire à la fin du mois ? Attendait-il le paiement des arriérés des mois de novembre et décembre 2013 pour procurer à son enfant ce dont il a besoin pour faire ses études ? Et si son instituteur ou institutrice le renvoie parce qu’il n’a pas un stylo, que dira son père qui est lui aussi instituteur ?

Sans nous voiler la face, les fonctionnaires centrafricains en général, et les enseignants en particulier, ne s’occupent pas de leurs enfants comme il se doit. Les quelques rares qui fournissent des matériels didactiques à leurs filles et fils se comptent sur les bouts des doigts. Une fois leur salaire perçu, ils prennent d’assaut les bars dancing, les gargotes, les « Da ti omba ». Les « ma fille » ne peuvent plus passer devant eux. Même celles qu’ils enseignent deviennent leurs copines. Dans ces gargotes, les bouteilles de bières sont à perte de vue, les bons morceaux de poisson, de poulet de chair s’entassent dans les assiettes. Tout ça pour un individu et sa copine. Arrivé à la maison, il dit à sa femme, « la banque a coupé tout mon argent. Prends les 10.000 ou 20.000 F pour la nourriture ». Quand son enfant se présente et réclame une paire de chaussure, il le chasse comme un chien, en lui disant, « c’est toi qui m’as donné le travail ? Va-t-en ! Où trouverai-je de l’argent pour te payer une paire de chaussures ? Vas voir avec ta maman ». Mais où est parti l’argent qu’il vient de percevoir ? Dans la bière et les fesses.

De grâce, enseignants et enseignantes, cherchez à relever le niveau de nos enfants. Ne regardez pas l’argent, mais plutôt l’avenir des fils et filles de Centrafrique car, si nous ne faisons pas attention, les enfants des étrangers prendront la place des nôtres. Le niveau des élèves centrafricains est tombé plus bas que terre. Pour les hisser au même diapason que les autres, cette tache incombe aux enseignants. Il ne faut pas faire des revendications pour le plaisir. L’intérêt national d’abord et l’intérêt personnel après. C’est de cette manière que les Centrales syndicales doivent agir. Leurs compatriotes souffrent dans l’arrière-pays, pourquoi ne revendiquent-elles pas leurs conditions de vie ? Est-ce à l’approche de ce réaménagement technique du gouvernement que les secrétaires généraux de ces Centrales syndicales voulaient trouver une place sur la lune ? C’est bien dommage pour le pays !

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA  

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