QUARTIER BANGA-SARA 2 :...

Mardi 26.09.2017 : 10H23

 QUARTIER BANGA-SARA 2 : CAMPAGNE DE SENSIBILISATION PAR L’ASSOCIATION DES VICTIMES DU 25 SEPTEMBRE ET 29 OCTOBRE 2015

Une campagne de sensibilisation par l’Association des Victimes du 25 septembre et 29 octobre 2015 dans les 3ème, 5ème et 6ème arrondissements de la ville de Bangui s’est déroulée ce dimanche 24 septembre 2017 au domicile du chef du quartier Banga-Sara 2, monsieur Joachim Sadoum, sis dans le 5ème arrondissement aux environs de 15 heures. Cette campagne a été organisée par ladite Association en partenariat avec l’ONG Cordaid sur le thème, « Focus Groupe : agents de changement dans nos quartiers sinistrés, tous unis pour la sécurité, la paix, la justice, la cohésion sociale et la réconciliation », peut-on lire sur la banderole.

Tout a commencé par les propos liminaires du coordonnateur de l’Association Eric Logbama, assisté du chargé de communication, Marcel Mazouga. Dans son mot introductif, il a remercié l’ONG Cordaid pour l’appui financier qu’elle ne cesse d’apporter à l’Association, grâce auquel elle a pu enregistrer des victimes et leur a fait des photos. Il a signifié aussi aux victimes que l’Association doit aller pas à pas et que les ONG sont prêtes à les aider. Le gouvernement traîne toujours les pas. Il n’a pas aussi manqué de remercier le chef du quartier Banga-Sana 2 qui a accepté que cette sensibilisation se déroule à son domicile. Ensuite, il a demandé au chef de prendre la parole.

Dans son mot de bienvenue, le chef Sadoum a demandé à ses administrés venus de différents quartiers de dire de bonnes choses qui peuvent apporter du fruit à la longue. « Faites de bonnes propositions. Nous n’avons plus de maisons. Nous vivons comme des animaux. Ne racontez pas des bêtises », a-t-il martelé.

Après cette brève allocution, la parole était donnée aux victimes, hommes, femmes, jeunes pour s’exprimer. Kandogo Alfine, Célestine, Katissi Paul, Madjbo Anselme, Souleyman André… ont pris tour à tour la parole. Ils se sont interrogés de la manière suivante : « quand allons-nous être pris en compte car nous avons attendu en vain ? » ; « Quand la justice se penchera sur nos dossiers, d’autant plus que nous n’avons pas les moyens pour aller à la justice ? Beaucoup sont allés à la justice mais sont morts sans avoir eu gain de cause » ; « C’est depuis 50 ans que je suis dans ce quartier. J’ai tout perdu lors des évènements douloureux. Les ONG telles Cordaid ne peuvent-elles pas nous construire des huttes en attendant le probable procès ? » ; « Quel sera le sort des retardataires qui se sont enregistrés récemment chez Sadoum ? Nous n’avons pas de photo. Cette situation ne conduira-t-elle pas à un désordre ? »

En réponse aux préoccupations des uns et des autres, le coordonnateur Eric Logbama a repris la parole pour signifier, « le travail d’enregistrement des sinistrés a pris un peu de retard à cause des moyens financiers. C’est maintenant que Cordaid nous a accordé un financement. Les retardataires peuvent dès maintenant aller faire des photos, s’inscrire.

Nous savons que tous les jours les victimes ont des traumatismes. C’est notre maladie. Hier, vous étiez sur les sites et vous ne payez pas les loyers. Une fois revenus dans les quartiers, vous êtes obligés de prendre des maisons en location et vous vous êtes confrontés à de sérieuses difficultés. Tout ce que vous dites, nous les mettons dans notre rapport.

L’Association fera des plaidoyers auprès des ONG pour les Activités Génératrices de Revenu (AGR). Heureusement, Cordaid a pris ces plaidoyers en considération. En attendant que le procès n’arrive, nous devons vivre aussi bien comme les autres. On s’occupe des combattants des groupes armés, mais qu’en sera-t-il de nous les victimes ? N’oubliez pas que nous mettons des points focaux dans les quartiers. Ceux-là sont nos yeux.

S’agissant de proposition concrète, nous faisons la lutte pour avoir gain de cause. Même si nous mourons, d’autres prendront la relève. Vous avez entendu parler de la Cour Pénale Internationale (CPI qui a jugé Jean-Pierre Bemba Gombo. Il a été jugé après plusieurs années alors que ce sont ses hommes qui ont commis des exactions dans notre pays. Sachez que tous nos bourreaux seront jugés. Dieu est le dernier juge. La Cour Pénale Spéciale (CPS) s’occupera des bourreaux du peuple centrafricain. Ce qui est important pour nous aujourd’hui, c’est la documentation : acte de décès de nos frères et sœurs, photos de nos maisons détruites… Avant même le début du procès, vous avez entendu qu’on construise des maisons dans d’autres quartiers. Ayez de l’espoir ».

Malgré les précisions, les réponses claires données à ces victimes, d’autres n’ont pas été convaincus. Ils sont revenus encore sur la justice de notre pays qui est trop lente et trop complexe. Ils souhaitent que leurs maisons soient reconstruites pour permettre à leurs parents de revenir car ils habitent aujourd’hui dans les différents quartiers de Bangui et non chez eux. Même chez des parents, ils sont mal vus. Un jeune est allé même dire qu’il s’attendait qu’on leur amène des bâches, des planches. Mais tel n’est pas le cas.

Pour adoucir le cœur des victimes, le coordonnateur a clairement dit, « pour parvenir à tous vos souhaits, vos préoccupations, les gens nous demandent de faire ceci, de faire cela avant le déblocage de la situation ».

Avant de boucler la boucle, des Agents de Changement dont 04 garçons et 02 filles des différents quartiers du 5ème arrondissement de la ville de Bangui ont été élus par leurs pairs. Il s’agit de :

● Kette Yvon Emmanuel

● Moutougoto Léopold

● Yondoroum Merlin Valespi

● Kaboro Martin

● Doui Shéryle

● Namtoa Vanessa

 

C’était sur ce, que le rideau était définitivement tombé sur cette campagne de sensibilisation dans le quartier Banga-Sara 2 menée par l’Association des Victimes des Evènements du 26 septembre et 29 octobre 2015 dans les 3ème, 5ème et 6ème arrondissements de la ville de Bangui, grâce à l’appui financier de l’ONG Cordaid.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

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