PAOUA SOUS HAUTE TENSION, SITUATION HUMANITAIRE CATASTROPHIQ

Jeudi 07 Déc. 2017 : 09H05

PAOUA SOUS HAUTE TENSION, SITUATION HUMANITAIRE CATASTROPHIQUE A IPPY, ACCALMIE PRECAIRE A BRIA ET PSEUDO-RECONCILIATION A MOBAYE

Le tableau sécuritaire et humanitaire de la RCA est très sombre, alarmant, inquiétant. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, les Centrafricains se lamentent, gémissent, poussent des cris de détresse, appellent à l’aide, ploient sous les bottes des groupes armés. Il ne se passe pas un jour sans que des détonations d’armes, des tueries, des incendies de maisons, des tortures, des intimidations, des braquages, des viols, la liste n’est pas exhaustive, soient signalés sur le territoire national. A cela s’ajoutent les conditions difficiles dans lesquelles se trouvent les populations dans l’arrière-pays.

Depuis l’assassinat de Raymond Bélanga, président de l’autre branche dissidente du mouvement Révolution-Justice (R-J) par les hommes du soi-disant général Bahr, Paoua et ses environs sont sous haute tension. Les habitants des deux (2) communes, estimés à plus de 100.000 par le député de Paoua 1, Timoléon Baïkoua, errent dans la brousse à la recherche d’un abri sûr. Plus de 15.000 autres sont déjà arrivés dans la ville de Paoua. Certains continuent d’affluer. Leurs conditions de vie se dégradent considérablement. Sont-ils pourchassés par les hommes de Bahr ou les combattants du défunt Bélanga ? Difficile de savoir avec exactitude ce qui se passe dans cette partie du pays. Mais nous pensons, pour notre part, qu’ils sont menacés par les combattants de Bahr qui sont des Tchadiens.

En outre, les combattants de R-J, appartenant au feu Bélanga, peuvent aussi en découdre avec ceux de Ningatoloum Sayo. Car vous êtes sans ignorer que dans leur communiqué de presse, signé respectivement par le Vice-président et le Secrétaire général, ils ont accusé l’ex-ministre Armel Ningatoloum Sayo d’être à l’origine de l’assassinat de Bélanga. Craignant pour leur vie, les habitants des deux (2) communes ont jugé bon de se réfugier à Paoua pour ne pas être pris en tenailles. Les hommes de feu Bélanga peuvent aussi attaquer ceux de Bahr. Les dégâts collatéraux qui en découleront seront très catastrophiques pour les innocents.

Dans la ville d’Ippy au Centre du pays, les affrontements entre la coalition FPRC-UPC et les Anti-Balaka ont baissé d’intensité. Mais la tension est encore vive, tendue entre ces deux (2) groupes armés rivaux qui se regardent en chiens de faïence. Tout peut arriver et à tout moment. Au moment où nous mettons cet article sous presse, le bilan de ces affrontements est revu à la hausse. On parle désormais de plus de cinquante (50) morts.

Ce que nous déplorons, ce sont les conditions de vie difficiles que mènent les habitants d’Ippy qui se sont terrés dans quatre (4) sites. Ils ne bénéficient d’aucune assistance humanitaire. Hommes, femmes, enfants et vieillards, éprouvent de sérieuses difficultés pour trouver de quoi à mettre sous les dents. La liberté d’aller et venir est enfreinte par les groupes armés. Les gens ne peuvent aller au champ, à la chasse, à la pêche. C’est vraiment grave, triste. Pire encore, les humanitaires qui leur venaient en aide se sont retirés de la ville. Les habitants d’Ippy sont abandonnés à leur triste sort car les Casques Bleus déployés dans cette localité assistent sans réagir aux massacres, aux tueries des populations civiles. Quel péché ?

A Bria, la ville voisine d’Ippy, une accalmie précaire y règne après l’attaque des Anti-Balaka contre un check-point tenu par les Casques Bleus non loin du site des déplacés du PK 3 à l’entrée de la ville. La vie tente de reprendre son cours normal. Les boutiques ont ouvert timidement leurs portes. Malheureusement, les examens de fin d’année scolaire 2016-2017 qui devraient se tenir ce lundi n’ont pu avoir lieu. Les gens vivent avec la peur au ventre.

Par contre à Mobaye, c’est un autre son de cloche. Depuis le début de cette semaine, des informations qui nous parviennent font état de ce que les Séléka et les Anti-Balaka se réconcilient dans cette ville abandonnée par les autorités du pays, même les élus de la localité. S’agit-il d’une réelle réconciliation ou d’une réconciliation au bout des lèvres ? Car à Ippy, Bria, Bambari, de telles réconciliations se sont déroulées en grande pompe. Grande fut notre surprise de constater que toutes les réconciliations ont volé en éclat. Il en de même des accords de cessez-le-feu, de cessation immédiate des hostilités, de la libre circulation des personnes et des biens, et que savons-nous encore ? Ces groupes armés ne roulent-ils pas les Centrafricains et leurs dirigeants épris de paix et de sécurité dans la poussière ? Il ne fait aucun doute. Mais attendons de voir un peu clair dans cette réconciliation pour en dire plus.

Sans chercher de midi à 14 heures, la situation sécuritaire et humanitaire de la RCA va de mal en pire. Malgré les accords de paix signés ça et là par les groupes armés et la main fraternelle tendue par Touadéra à travers le dialogue aux groupes armés pour résoudre pacifiquement la crise centrafricaine, ces milices persistent et signent dans la violence. Le tableau dressé ci-haut prouve à suffisance que la RCA a encore du chemin à parcourir. La paix n’est pas pour demain même si on nous a dit que la réconciliation se fait entre les Anti-Balaka et les Séléka de Bambari à Mobaye, en passant par Alindao,  Pavica, Elim, Kongbo.

Le gouvernement et la Minusca doivent prendre leurs responsabilités afin d’arrêter une fois pour toute le cycle perpétuel de violences. Car, les Centrafricains sont tués aussi bien que les Casques Bleus de la Minusca, sans oublier les humanitaires. A l’heure actuelle, personne n’est épargnée par les combattants non conventionnels. D’où nécessité de trouver de stratégies efficaces, rigoureuses pour mettre hors d’état de nuire ces bandits de grand chemin, ces va-t-en-guerre.

« Aux grands maux, de grands remèdes », dit-on.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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