LIBERTE DE LA PRESSE ET ETAT DE DROIT :

Lundi 08/05/2017 : 09H25

LIBERTE DE LA PRESSE ET ETAT DE DROIT : LA MUTATION DEMOCRATIQUE S’IMPOSE A LA PRESSE PRIVEE EN RCA

GeppicBeaucoup de journaux écrivent tout ce qui leur passe par la tête, sans un tamisage par l’éthique et la déontologie. Ces journaux comptent sur des parapluies obscures, des protecteurs, des avocats du diable, pour les tirer d’affaire. Cette manœuvre a ses limites. Un jour, le parapluie sera très embarrassé d’intervenir et le journal paiera les pots cassés. Mieux vaut se tromper de bonne foi, que de mauvaise foi avec l’intention de nuire à X ou Y. Ceux qui nous lisent, ne sont pas nés de la dernière pluie. Beaucoup sont dix (10) fois supérieurs à nous intellectuellement. En nous lisant, ils comprennent le fond de notre pensée, ils lisent dans notre pensée. Il y a insuffisance d’informations, ils le savent. Si nous avons été mal informés, manipulés, ils le savent. Si nous sommes sérieux, ils le savent également. C’est dans cette optique que la profession de journaliste est balisée par l’éthique, la déontologie et la Charte du journaliste.

La RCA ne vit pas en autarcie. C’est un pays ouvert au monde, imbriqué dans le village planétaire ou la mondialisation. Des journalistes des pays développés, plus nantis, plus affûtés, ainsi que ceux du continent auquel nous appartenons, passent par la RCA, soit séjournent en RCA. Ils lisent les journaux centrafricains. Qu’en pensent-ils ? Qu’en disent-ils ? Quels seront les échos au-delà de nos frontières ? Est-ce de nature à plaider la cause des médias centrafricains ? La presse privée centrafricaine, avant d’écrire, doit se poser ce genre de questionnement. Un journaliste n’écrit pas exclusivement pour son pays, mais pour l’humanité toute entière. Les journaux peuvent se retrouver au Canada, aux Etats-Unis, en Australie, en Europe, en Asie et dans n’importe quel pays d’Afrique. Ce journal peut avoir des effets positifs ou négatifs. S’il respecte l’éthique et la déontologie, il porte haut l’étendard de la presse centrafricaine. S’il est très mal écrit, il discrédite les médias centrafricains. Il devient un exemple ultra négatif dans les ateliers de formation, à l’exemple de « Radio Mille Collines » au Rwanda.

Un journaliste ou un directeur de publication, peut-il demander à l’Etat d’utiliser sa « Puissance Publique » pour anéantir X et satisfaire Y ? Ce serait un Etat de non droit. Or, la RCA est aujourd’hui un Etat de droit. Cette période d’interférence d’un Chef d’Etat dans les affaires privées opposant les citoyens de son pays est révolue. La RCA est vaste, il y a suffisamment de terre. Si la presse privée était responsable, organisée, structurée et sachant ce qu’elle veut, l’Etat peut nous concéder un terrain avec titre foncier et permis de construire. Nous avons des partenaires au développement qui veulent une presse privée véritablement dynamique, indépendante, véritable chien de garde de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la transparence et du respect scrupuleux des droits humains. L’homme est l’épicentre de tout processus de développement. Ces partenaires, disons-nous, peuvent nous construire un immeuble avec Cyber Café, bibliothèque, salles de réunion et des bureaux pour les associations professionnelles. La presse privée n’est pas encore digne d’une telle perspective. Un directeur de publication et président des journalistes, demande à l’Etat de jouer les justiciers, marchant sur le droit. Incroyable, mais pourtant vrai, pire encore sur les ondes des stations nationales. La fameuse « Maison de la Presse et des Journalistes » n’est qu’une boîte d’allumette.

L’Etat de droit affirme la primauté du droit. Nul n’est au-dessus de la loi. Le droit est l’unique facteur de cohésion sociale. Le droit est l’ensemble de lois et de règlementations qui régissent la cité. Le mépris du droit a conduit notre pays au fond du gouffre. Les interférences, le non respect des accords, de la parole donnée, ont conduit les hommes forts à se faire demi-dieu et les conséquences sont aujourd’hui apocalyptiques. « Il faut des institutions fortes et non des hommes forts », a dit l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama. La RCA est sur la voie des institutions fortes. Toutes les institutions prévues par la constitution sont opérationnelles. La balle est dans le camp des Centrafricains eux-mêmes, plus singulièrement ceux qui ont une parcelle de pouvoir dans ces différentes institutions de valoriser leur pays, de le promouvoir, de le vendre à l’extérieur, de le mettre en exergue dans le concert des nations démocratiques. Elles ont la lourde mission d’assainir la société et par conséquent l’administration publique. Le pays compte sur le dynamisme, la rigueur, la clairvoyance et le patriotisme à fleur de peau des animateurs de ces institutions phares : l’intégrité, la transparence, la crédibilité, l’honnêteté en dépendent. La RCA doit s’afficher comme un bon élève des institutions financières internationales et arracher la confiance aveugle des partenaires au développement.

La presse dans le monde entier n’est pas à l’abri des citations en justice. Cela fait partie du métier. Dans beaucoup de pays, notamment au Cameroun proche de nous, des journalistes sont condamnés à perpétuité, d’autres sont en prison dans l’attente de leur procès. D’autres sont froidement abattus à travers le monde. Même Donald Trump en veut aux médias. L’Etat de droit affirmant la primauté du droit, seul le respect de l’éthique, de la déontologie et de la Charte du Journaliste nous épargneront bien des ennuis.

Julien BELA

 

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