LE DROIT EST UN FACTEUR DE REGULATION SOCIALE : LA JUSTICE...

Vendredi 24 Février 2017 : 09H53

LE DROIT EST UN FACTEUR DE REGULATION SOCIALE : LA JUSTICE CENTRAFRICAINE ET LE DROIT S’INSCRIVENT-ILS DANS CETTE LOGIQUE ?

Ministre justice« Œil pour œil, dent pour dent », la loi du Talion, autrement  dit, la justice populaire a pris des proportions inquiétantes en RCA ces dix dernières années. Il faut faire subir au coupable présumé la même peine proportionnellement. Les personnes du 3ème âge sont des cibles potentielles de ces actes barbares. Des êtres humains sont enterrés vivants, soit tabassés jusqu’à ce que mort s’en suive. Et pourtant le droit exclut la force. Mais le constat en RCA est amer. La force écrase ceux qui sont impuissants pour résister. «  L’homme devient un loup pour l’homme », disait un penseur, dès qu’on entre dans la sphère des groupes armés durant cette crise. L’impression générale est que le droit a perdu ses repères en Centrafrique et n’arrive plus à réguler la société. Le terrain est occupé par la force aveugle, la violence inouïe, la barbarie, la cruauté, bref, la négation totale du caractère sacré de l’être humain. Oter la vie à son prochain est devenu un jeu d’enfant.

Pour essayer de rétablir la fonction entière du droit comme facteur de régulation de la société, les Etats-Unis se sont engagés à fond dans la réhabilitation de la chaîne Pénale. Les Centrafricains n’ont plus confiance au droit, car le droit est lui-même dérégulé en Centrafrique. Du chef de quartier au chef de groupe, en passant par les municipalités, la police, la gendarmerie jusqu’à la machine judiciaire proprement dite, tous les Centrafricains interrogés disent : « Il n’y a pas de justice. Il faut faire soi-même sa loi ». La société centrafricaine est déboussolée, ivre, folle, dans la tourmente de la violence, parce que le droit n’est plus le facteur régulateur. La Cour Pénale Spéciale (CPS) , la Cour Criminelle (CC), l’addition des cours n’est pas synonyme de la régulation sociale. La régulation a lamentablement failli depuis plus de trente ans, avec des régimes où le chef de l’Etat se substituait à la régulation. L’injustice, le tribalisme, la corruption, la haine, la méchanceté, les discriminations, l’exclusion, ont érigé un mur infranchissable entre la société et la régulation de la société.

Le droit comme facteur de régulation de la société ayant perdu son emprise sur la cible à réguler, la RCA est aujourd’hui une jungle. Toutes les querelles d’il y a vingt, trente, quarante ans, ont refait surface. C’est une bague implacable de règlements de compte qui devient le dénominateur commun de la crise. Pour raison de sécurité, les magistrats préfèrent protéger leur peau que de prendre le risque de dire le droit. C’est le règle de l’anarchie. Personne ne veut prendre ses responsabilités pour un semblant de droit. Le plus fort, le plus fortuné, le plus puissant par les armes, a toutes les chances de tirer son épingle du jeu. Le droit n’est plus en Centrafrique, malgré tous les efforts consentis par la Communauté internationale pour restaurer le droit comme facteur essentiel de régulation de la société. En Afrique du Sud, la justice a débouté le président Zuma, quand à la saisine de la CPI pour son retrait de cette juridiction internationale. Aux Etats-Unis, pays le plus puissant au monde, la justice a suspendu un décret du Chef de l’Exécutif américain, Donald Trump. Les exemples sont nombreux en terme de prouesse du droit. En Centrafrique, la multiplication des cours, nous semble-t-il, n’est pas un gage de l’expression du droit. Les maux qui minent la RCA, proviennent de la perte des lettres de noblesse du droit. Au Tchad, la société civile s’est battue pour obtenir le procès Hisseine Habré, qu’en est-il de la RCA ? Personne ne se préoccupe des vrais bourreaux du peuple centrafricain, les tortionnaires, les va-t-en-guerre, les croque-morts, les criminels, les bouchers humains. Droit et justice, à notre entendement, n’ont pas encore droit de cité en Centrafrique, car les hommes qui les animent, constituent un autre maillon du problème. On ne peut être fidèle à plusieurs doctrines à la fois.

La doctrine de l’enrichissement personnel finira par tuer la doctrine du droit, comme facteur de régulation et de la stabilité de la société. C’est malheureusement le cas de figure en RCA, alors que la misère, la pauvreté frappent tout le monde, sans exception. Les Centrafricains ne sont pas nombreux, mais ils ont un vaste territoire. La haine, la méchanceté, la fourberie, l’hypocrisie, les coups bas, la traitrise, les empêchent de mettre en valeur ce vaste territoire plein de richesses. Les hommes politiques et la « société civile » sont manipulables à souhait, donnant lieu à une instabilité politique chronique qui mine le pays depuis son indépendance. Les malheurs de la RCA reposent en grande partie sur l’injustice, d’où les rebellions, les révoltes, le cycle de la violence. Les régimes démocratiques reposent sur l’Etat de droit. De manière naturelle, disait Jean-Jacques Rousseau, chaque être humain a au fond de son cœur des règles. Les Centrafricains en sont-ils dépourvus ?

Pour que la RCA retrouve la paix, le droit comme facteur de régulation de la société doit être affirmé dans toute acception. Le droit ne doit plus servir exclusivement la cause des profito-situationnistes qui savent dénicher leur angle d’attaque. Le droit, c’est le droit et la justice est là pour l’appliquer dans toute sa rigueur. A la sortie de cette crise, nous osons espérer que tous les Centrafricains s’attacheront au droit, rien que le droit et la justice quant à elle doit reconquérir la confiance de la société. L’injustice a mené la RCA là où elle se trouve, sur fond d’incivisme ronflant et d’analphabétisme suicidaire. Remettons le droit sur les rails pour garantir la paix, la stabilité et la cohésion sociale.

 

Julien BELA

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