« LA GUERRE A TRANSFORME MON CARACT..

Lundi 09/10/2017 : 10H02

TEMOIGNAGE ECOEURANT D’UN ENFANT SOLDAT : « LA GUERRE A TRANSFORME MON CARACTERE. JE SAIS MANIPULER LES ARMES ET TUER FACILEMENT… »

Ce jeudi 05 Octobre 2017 aux environs de 18 heures, un rédacteur du journal « Centrafric Matin » a rencontré au quartier Damala dans la commune de Bégoua un garçon mineur, âgé de 17 ans. Celui-ci a été recruté d’abord par l’ex-coalition Séléka et ensuite par les milices Anti-Balaka au lendemain du déclenchement des hostilités du 05 décembre 2013. Il nous a raconté comment la guerre a pu transformer son caractère. C’est un message fort à l’endroit de l’opinion nationale et internationale sur les dangers que représentent les enfants mineurs enrôlés en République centrafricaine lors des conflits armés.

« Je suis natif de la ville de Kaga-Bandoro et âgé aujourd’hui de 17 ans. Bien avant le déclenchement de la crise par l’ex-coalition Séléka, j’étais en classe de CM2.  Dés que les éléments de la Séléka avaient pris d’assaut la ville de Kaga-Bandoro, je me suis réfugié avec mes parents dans la brousse. Certains éléments nous ont poursuivis et avaient tué mon père et ma mère. On est resté que deux (02), moi et ma petite cadette âgée de 10 ans. Ils m’ont intimé l’ordre de les rejoindre dans leur base. Sinon, ils vont me tuer. J’étais obligé de prendre ma cadette pour la remettre à un ami de mon père qui s’est réfugié avec sa famille dans son champ situé à une quinzaine de kilomètres de la ville. J’ai voulu rester ensemble avec eux. Mais comme ils m’ont menacé de me tuer au cas où je refuserais, j’étais obligé de revenir les rejoindre dans leur base.

Au départ, ils m’avaient utilisé comme leur domestique. C’est moi qui leur préparais la nourriture, qui lavais leurs habits etc. Il arrive parfois qu’ils me tabassent  sauvagement pour rien. Plusieurs filles mineures qu’ils ont recrutées étaient réduites en esclavage sexuel. Certaines d’entre elles étaient tombées enceintes. Nous ne pouvions pas aller à l’école pour étudier comme les autres enfants. Chaque matin, ils nous apprennent à lire le coran. Nous mangions difficilement à notre faim et dormions dans des conditions déplorables.

Arrivé à un moment, ils ont commencé à m’apprendre à manier les armes. Et petit à petit, je prenais goût à cela. Finalement, ils m’avaient donné la kalachnikov qui m’a servi de mener certaines opérations (braquages, tueries, pillages…) ensemble avec eux. C’est de là que j’ai vu que la guerre a transformé mon caractère car, je sais tuer facilement.

J’ai continué à œuvrer au sein des éléments de la Séléka quand la contre-offensive a été lancée par les milices Anti-Balaka le 05 décembre 2013. Immédiatement, la tension s’est installée au sein des communautés dans la ville. Les Anti-Balaka formaient leur groupe et installaient leurs bases dans les villages et communes environnants de la ville. C’était la chasse aux sorcières entre les deux (02) camps.

Un jour, l’un des généraux de la Séléka m’a envoyé au centre-ville de Kaga-Bandoro pour lui acheter une lampe torche. C’est de là que j’étais tombé en cours de route entre les mains de certains éléments des milices Anti-Balaka qui m’avaient menacé à mort et m’ont demandé de les rejoindre car, je suis chrétien et non musulman. J’avais aussitôt exécuté l’ordre en ralliant leur camp. Et comme j’ai laissé ma kalachnikov dans mon ancien camp des ex-Séléka, ces éléments des milices Anti-Balaka m’avaient donné une arme de chasse pour me permettre de me défendre en cas d’attaque des ennemis.

On partait à la recherche des éleveurs peulhs dans la brousse pour les tuer et s’approprier de leurs troupeaux. Mais ce n’était pas facile car, ces éleveurs ont des armes sophistiquées. Et il arrive parfois qu’ils nous mettaient en débandade.

J’ai perdu une fois de plus  le goût de l’éducation au profit des armes. Notre seul métier était de tuer, braquer,  racketter, violer et piller.

Un matin, j’ai décidé volontairement de quitter le groupe pour regagner le site des déplacés de Kaga-Bandoro qui se trouve vers l’autre côté de la rive tout près de la base de la Minusca. Profitant d’une occasion, j’ai regagné mon oncle à Bangui, précisément au quartier Damala dans la commune de Bégoua. Grâce à lui, je me suis inscrit à l’école dans un établissement privé. Je commence à oublier peu à peu ce que j’ai vécu.

 Je lance un appel à tous les groupes armés de ne pas continuer à enrôler les enfants mineurs, ni de leur apprendre à tuer, braquer, piller et violer. La guerre n’est pas bonne. Les groupes armés doivent déposer définitivement les armes et faire la paix ».

 

Propos recueillis par Bénistant MBALLA

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