LA CRISE CENTRAFRICAINE A DRAINE TANT DE PERSO...

Mercredi 15.03.2017 : 10H43

LA CRISE CENTRAFRICAINE A DRAINE TANT DE PERSONNALITES ETRANGERES A BANGUI, BAN KI-MOON, PAPE FRANÇOIS, FRANÇOIS HOLLANDE, CHRISTINE LAGARDE : QU’EST-CE QUI A REELLEMENT CHANGE ? 

 

Jamais une crise centrafricaine n’a drainé tant de personnalités politiques, religieuses, financières à Bangui, la capitale. La crise déclenchée par la nébuleuse coalition Séléka de Michel Djotodia Am Non Droko, est unique en son genre. C’est la plus meurtrière, la plus destructive que la RCA n’a jamais connue depuis qu’elle a accédé à l’indépendance dans les années 1960. Et c’est pour cette raison que des personnalités étrangères, toute catégorie confondue, ont fait leur déplacement en Centrafrique. Et les Centrafricains se demandent ou s’interrogent en ces termes : à quoi ont servi les multiples voyages de ces personnalités ? Qu’est-ce qui a réellement changé dans leur vécu quotidien ?

Avant la prise de fonction officielle de la Minusca, l’ancien Secrétaire Général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, a foulé le sol centrafricain. Il s’était rendu au Km5, sur le site des déplacés de l’aéroport Bangui-Mpoko… avant de reprendre son vol. Les Centrafricains s’attendaient à un revirement de la crise centrafricaine,  c’est-à-dire  sa probable fin. Tel ne semble pas être le cas. Le Km5, considéré comme le « couloir de la mort », était demeurée telle qu’elle était. Les disparitions, les assassinats, les meurtres, avaient redoublé d’intensité. Dépassés par les évènements, les Anti-Balaka avaient encerclé cette enclave musulmane. Personne n’y entrait et ne sortait. Ce fut un véritable calvaire pour nos compatriotes musulmans. Ils avaient eu toutes les peines du monde à se nourrir. Les Casques Bleus de la Minusca n’ont pu arrêter cette escalade de la violence et cette situation perdure encore, malgré la présence de ces soldats onusiens.

Les sites des déplacés étaient pleins à  craquer. Ban Ki-Moon était témoin oculaire des scènes sur ces sites. Même si certains sites se sont vidés à Bangui, en province, c’est un autre son de cloche. Les gens continuent d’affluer de partout. Certains lieux de refuge sont attaqués par les combattants des groupes armés sous le regard indifférent de la Minusca. Nous citons entre autres, l’évêché de Bambari, celui de Kaga-Bandoro, le site de Batangafo et la paroisse Notre Dame de Fatima à Bangui. Qu’est-ce que la Minusca de Ban Ki-Moon avait fait pour arrêter cette hémorragie ?

Quelques mois plus tard après la venue de Ban Ki-Moon, c’était le tour du Pape François. Le Souverain Pontife ou le Saint Père, cette haute personnalité de l’église catholique romaine, a, quand à lui, joué un rôle important. Grâce à lui, l’étau qui s’est resserré autour du Km5, s’est délié. Musulmans et non musulmans se sont tous retrouvés au Km5 lors de sa visite à la Mosquée Centrale et au Stade 20.000 places pendant la célébration eucharistique. Ce fut le début d’une véritable réconciliation sincère entre musulmans et non musulmans, malgré les bavures constatées ça et là ? Aujourd’hui, les gens vont au grand marché du Km5 pour s’approvisionner. Les musulmans commerçants de leur côté qui étaient sous la pression des « drogués du Km5 » et des Anti-Balaka vont et viennent dans certains quartiers de Bangui.

François Hollande, le président français avait débarqué lui aussi, à Bangui. Mais au grand dam des Centrafricains, il avait annoncé la fin de l’opération militaire française, dénommée Sangaris pour la fin octobre 2015. Ce qui fut fait alors que la Sangaris était déployée le 05 décembre 2013 en RCA pour désarmer les combattants des groupes armés au plus fort de la crise. Sur ce point, les Centrafricains sont restés sur leur soif. Au lieu de mettre en exécution leur mandat et le respecter scrupuleusement, ces militaires français se sont métamorphosés en collecteurs de diamant et or. Ce n’est pas la zone diamantifère de Ndassima qui nous dira le contraire.

Les militaires français se sont finalement retirés de la Centrafrique, sans redonner l’espoir aux Centrafricains. Ils auraient, par contre, accentué la crise, car ils étaient accusés à tort ou à raison d’avoir distribué des armes aux miliciens, par certains hommes politiques et des Centrafricains lambda. Ils étaient aussi ancrés dans les viols et abus sexuels sur les mineurs, ce qu’ils nient toujours.

Le déploiement de l’Opération Sangaris, la visite de François  Hollande et de ses quelques ministres ont-ils changé la donne de la crise centrafricaine ? A vous d’en juger.

Comme si toutes ces visites ne suffisaient pas, la Directrice Générale du Fonds Monétaire International (FMI) est arrivée aussi à Bangui. Il en est de même pour le vice-président de la Banque Mondiale (BM) pour l’Afrique, Makhtar Diop qui a séjourné en Centrafrique du 10 au 12 de ce mois. Pendant que les Centrafricains s’attendaient à une annonce des fonds nécessaires par ces personnalités financières des institutions de Bretton Wood, force est malheureusement de constater que rien n’a été fait. Makhtar Diop de la BM n’a annoncé que 6 milliards de francs CFA pour la reconstruction des régions du Centre et de l’Est. Quand à Christine Lagarde du FMI, rien de concret n’a été fait, à part les 6 millions de franc CFA octroyés à la Fondation Voix du Cœur. Où est le sérieux ?

 Ailleurs, dans les autres pays du monde, le FMI et la BM débloquent des sommes pharaoniques pour la reconstruction d’un pays post-conflit. En RCA,  ce sont des miettes qui tombent. Parfois, celles-ci ne sont pas déboursées. Des promesses sur promesses, sans que celles-ci ne soient concrétisées, c’est vraiment une honte pour le FMI et la BM. Nous attendons de voir la concrétisation des promesses faites par les bailleurs de fonds de la RCA lors de la table-ronde de Bruxelles pour avoir un cœur net.

Donc, de toutes les visites des personnalités étrangères en RCA, que nous ne les avons pas toutes énumérées, celle qui a retenu notre attention, est la visite du Pape François. Grâce à ce serviteur de Dieu, la paix est revenue à Bangui et dans certaines villes de l’arrière pays. Mais toutes les autres visites ont accouché d’une souris. C’est un échec cuisant car le vécu des Centrafricains après les personnalités politiques et financières, n’a guère changé. Les groupes armés tuent, incendient des maisons, pendant que les Centrafricains baignent dans la pauvreté, la misère ordurière, le chômage endémique. Dommage !

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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