DEPECHE RJDH-RADIO COMMUNAUTAIRES

Jeudi 24.11.2016 : 10H39

DEPECHE RJDH-RADIO COMMUNAUTAIRES

DANIEL NDITIFEÏ BOYSSEMBE REPROCHE TOUADERA DE FAIRE TROP DE FIXATION SUR LA TABLE RONDE DE BRUXELLES

Daniel Nditifeï Boyssembé, Secrétaire Général du MDI-PS reproche Faustin Archange Touadera et son gouvernement de faire trop de fixation autour de la table ronde de Bruxelles. Il exhorte à cet effet le régime de Bangui à changer de discours. Position exprimée dans une interview accordée au RJDH ce 22 novembre à Bangui.

RJDH : Daniel Nditifeï Boyssembé(DNB) bonjour : Vous êtes Secrétaire Général du MDI-PS, alors, la communauté internationale vient d’appuyer la République Centrafricaine à travers la table ronde de Bruxelles. Comment réagissez-vous au geste des partenaires techniques et financiers de la RCA ?

DNB : Bonjour monsieur le journaliste. Comme vous le savez aussi bien que moi, notre pays a vécu et malheureusement continue de vivre des moments très difficiles. Une crise particulièrement grave et aiguë, je crois que c’est la crise la plus grave que ce pays ait jamais traversée. Les conséquences sur le plan économique et financier, c’est ce que nous savons tous. C’est que l’Etat est sans moyens, sans ressources financières, pour financer sa politique de sécurité, de relance des activités économiques et ainsi de suite.

Donc, il n’a pas de choix que de compter sur ses partenaires traditionnels et c’est ce qu’il a fait en souhaitant se retrouver avec ses partenaires à Bruxelles autour de cette table ronde là. Le résultat finalement est encourageant dans la mesure où l’Etat a demandé trois milliards de dollars, il est revenu avec 2,200 milliards, donc ce n’est pas négligeable. C’est une somme importante ! Mais ce que je voudrais dire, c’est le reproche que je fais aussi bien au chef de l’Etat qu’à son gouvernement. C’est qu’ils ont fait une fixation sur cette table ronde de Bruxelles à tel point que les Centrafricains à tort ou à raison, mais je crois à tort, se sont dits, bon, mais la fin de la table ronde va coïncider avec la fin de nos difficultés.  Ce n’est pas vrai. Moi, je crois qu’il faut qu’on change de discours, que le gouvernement change de discours. Il doit appeler les centrafricains à se mettre au travail. Nous ne travaillons pas dans ce pays.

RJDH : Donc selon vous, le gouvernement est en train d’ouvrir un front social à travers son discours sur l’issue de la table ronde de Bruxelles ?

DNB : Il n’ouvre forcement pas un front social, mais je dis qu’effectivement des problèmes pourraient se poser demain si d’aventure tous les pays qui ont des engagements, ne les ont pas concrétisés. Parce que vous savez ce qui s’est passé à Bruxelles, c’est quoi ?

Ce sont  des annonces qui ont été faites, mais il faut du temps pour que ces annonces-là se transforment en espèces sonnantes et trébuchantes pour que finalement le centrafricain puisse effectivement ressentir l’impact dans sa vie quotidienne. Mais quelque fois et malheureusement cela prend du temps. Lorsque les projets sont des projets bien ficelés et pour lesquels nos partenaires se sont engagés à financer, là, cela peut aller vite. Mais, je crois savoir que tous les projets qu’on a amenés là-bas n’étaient pas des projets entièrement ficelés.  Donc, il va falloir une fois de retour ici à Bangui que les techniciens se mettent à ficeler le projet avant que ceux qui ont fait des annonces puissent envisager la procédure de financement. Et malheureusement, quelque fois cette procédure-là est longue et cela dépend des pays. Des pays où quelque fois, il faut passer par le parlement, d’autres non, tout cela, vous voyez, ce n’est pas aussi simple que cela. Et je dis, même à supposer que d’ici dans les deux ou trois mois qui viennent, le gouvernement centrafricain arrive à recevoir tout cela, soit à la Banque Centrale soit au Trésor, mais cela ne va pas résoudre tous nos problèmes comme vous le savez, nos problèmes sont immenses. Et nous arriverons à résoudre nos problèmes que lorsque les centrafricains vont se mettre une fois dans la tête que c’est par leur travail qu’ils vont arriver à sortir leur pays de la situation dans laquelle nous nous trouvons depuis de longues années.

Parce que nous, les pays africains, c’est comme cela. Nous croyons que ce sont les autres qui vont nous développer. Non ! Prenons l’exemple des pays asiatiques, ils se sont développés par eux –mêmes. C’est vrai que certains d’entre eux ont bénéficié de l’accompagnement des pays développés et des institutions telles que le FMI et la Banque Mondiale. Mais nous en Afrique ici, nous pensons que c’est le FMI, la Banque Mondiale, la BAD qui doivent tout faire à notre place. Non, ce n’est pas vrai, il faut qu’on change de discours.

RJDH : L’un des aspects après la table ronde, c’est la gestion et la bonne gouvernance et le président de la République a demandé à Bruxelles l’implication de la société civile. Comment analysez-vous l’appel de main du président de la République ?

DNB : Oui c’est une bonne chose si le chef de l’Etat entend associer la société civile à la gestion des fonds qui vont être progressivement décaissés. De toutes les façons, les partenaires au développement auraient imposé cette participation de la société civile.

RJDH : Mais il y a une disposition de la Constitution qui demande la mise en place de la Haute Autorité à la Bonne Gouvernance, ce qui n’est pas encore fait. Est-ce que la société civile fera mieux en lieu et place de cette institution ?

DNB : La mission dévolue à cette autorité de la bonne gouvernance qui est l’une de conquête du Forum de Bangui, je crois que sa mission est plus large que cela. On ne peut pas réduire la mission de ce forum-là à son aspect financier et économique. Donc, je ne pense pas que la société civile puisse se substituer à cette haute autorité prévue par le Forum national. Mais de toute façon, le chef de l’Etat, sauf erreur de ma part, a indiqué que des structures vont être mises en place pour le suivi de Bruxelles. Il a dit effectivement, si j’ai bien compris, que la société civile aura sa place dans cette structure-là. Donc, je pense de mon point de vue, c’est une question qui est plus ou moins réglée, puisque tout le monde s’accorde à ce que la société civile participe au suivi de cette table ronde de Bruxelles.

RJDH : Toujours dans ce registre, au lendemain de la table ronde de Bruxelles, des voix s’élèvent pour demander un consensus le plus large autour de la gestion de ce fonds. Comment réagissez-vous à cette demande d’inclusivité ?   

DNB : Le chef de l’Etat a prévu deux ou trois structures pour le suivi, cela me parait quand même suffisant. On ne peut pas demander à ce qu’on mette en place une super structure en place  qui va regrouper tous les partis politiques et les ONG, parce que plus la machine est lourde, plus elle est inefficace. Moi, je pense qu’une structure à la dimension de ce que le chef de l’Etat a évoqué l’autre jour, me parait suffisant pour en assurer le suivi. Il ne faut pas non plus oublier que l’Assemblée nationale est là, donc c’est aussi sa responsabilité. Ce n’est pas un fait du hasard si le président de l’Assemblée lui-même a fait le déplacement, assisté de quelques députés, et le parlement peut interpeller le gouvernement sur le suivi de cette table ronde de Bruxelles.

Connaissons les habitudes de nos compatriotes, quand ils vont être là-bas, ils vont dire, on a besoin de ceci ou cela et cela va être non seulement une machine lourde, mais elle risque de se révéler couteuse et inutile.

RJDH : Actualité oblige. Les Séléka de l’UPC et du FPRC se sont affrontés à Bria. Conséquence, il y a la psychose à Bambari. Comment analysez-vous la situation sécuritaire dans le pays ?

DNB : Je condamne ce qui s’est passé à Bria de la même manière que nous avons condamné au niveau de notre comité central, ce qui s’est passé à Kaga-Bandoro, Ngakobo et ainsi de suite. C’est le résultat de ce que ceux qui ont réussi le mandat du conseil de sécurité de désarmer les groupes armés n’ont pas rempli cette mission. Les armes circulent dans le pays et aujourd’hui les groupes armés sont plus armés qu’il y a trois ans. Tant que ces groupes ne seront pas désarmés, nos paisibles populations vont continuer à subir les exactions et les agressions de la part de ceux-là.

Ce sont les conséquences directes du non désarmement de ces milices. Aujourd’hui, la Minusca est là et je crois savoir que la Minusca a un contingent à Bria. Nous savons malheureusement que le contingent de la Minusca c’est le médecin après la mort. A défaut d’avoir  désarmé ces groupes armés qui sont là, il y a trois ans de cela, mais au moins que les contingents de la Minusca qui sont là, soient efficaces en matière de la protection de la population civile, car c’est la mission numéro 1 qui leur est dévolue par la dernière résolution du Conseil de Sécurité.

RJDH : Monsieur Daniel Nditifeï Boyssembé, après les dernières élections présidentielle et législatives, quel est l’état de santé de votre formation politique ?

DNB : Vous faites bien de remonter aux dernières élections, effectivement, nous avons  présenté un seul candidat à Mobaye et malheureusement pour nous, cela n’a pas marché pour ce candidat alors qu’en 2011 on a présenté 19 candidats. En 2005, on en a présenté plus et que le résultat nous ait été  favorable. On s’est retrouvé avec trois députés.

Mais à l’issue des législatives de cette année, le MDI n’est pas du tout  représenté à l’Assemblée nationale, ce que nous déplorons énormément et en plus, le parti est affecté par une profonde démobilisation. Je crois que je ne me trompe peut-être pas que cette démobilisation est liée à la situation du pays. Puisque les partis politiques n’ont plus les mêmes mobilités qu’avant.  Ce qui fait que les partis politiques n’ont pas les mêmes  mobilités et la démobilisation est là. C’est la raison pour laquelle nous avons convoqué la 6e session de notre comité central qui s’est réuni du 11 au 12 novembre et nous avons mis en place un certain nombre de mesures pour essayer de mobiliser à nouveau nos militants de manière à réoccuper le terrain. En dépit de la crise qui sévit, il faut apprendre à vivre avec cette crise et essayer de travailler comme par le passé et nous préparer pour les prochaines échéances.

RJDH : Daniel Nditifeï Boyssembé, je vous remercie

DNB : c’est moi qui vous remercie.

**************

SITUATION ACTUELLE DES REFUGIES ET DEPLACES CENTRAFRICAINS

La Centrafrique compte encore plusieurs déplacés internes, des réfugiés sur son sol et ses populations réfugiées dans les pays limitrophes. Selon les statistiques du UNHCR, plus de 400.000 réfugiés centrafricains vivent hors du pays et presque le même nombre vit dans les sites des déplacés . La situation sécuritaire, moins brulante que les années précédentes ne favorise pas encore le retour des réfugiés et des déplacés dans leur lieu d’habitation habituelle.

Selon les dernières données de l’UNHCR, les personnes déplacées internes sont aujourd’hui estimées à  420.681. Cependant, dans les pays limitrophes, 474.848 centrafricains y résident, notamment 276.224 au Cameroun, 96.472 en RDC,  69.388 au Tchad,  29.304 au Congo Brazzaville, 1.878 au Soudan du Sud et 1.582 au Soudan.

Depuis le début de l’année,  au moins 199.599 déplacés sont  retournés dans leur lieu de résidence  habituelle. 12 rapatriements volontaires des réfugiés vers la Centrafrique et 26.792 réfugiés centrafricains sont rentrés d’une manière spontanée, peut-on noter dans cette donnée statique du mois de septembre 2016.

La Centrafrique accueille aussi 12.473 réfugiés et 424 demandeurs d’asiles en dépit de son instabilité. Le pays a enregistré depuis 2016 au moins 5.125 réfugiés venus principalement du Soudan du Sud, parmi lesquels 86 nouveaux réfugiés en octobre. 8 réfugiés ont été rapatriés volontairement depuis le début de l’année.

Statistiques au 30 septembre : 12.363 Réfugiés en RCA, 384.884 déplacés internes, 467.960 réfugiés centrafricains dans les pays limitrophes. Une situation de légère augmentation suite aux violences de ces derniers temps. L’effectif des réfugiés dans les pays limitrophes pourrait se stabiliser, soit augmenter d’ici janvier 2017, suite aux conflits liés à la transhumance dans le pays.

************

BRIA TOUJOURS SOUS TENSION APRES LES COMBATS DE LA VEILLE

La ville de Bria, chef-lieu de la préfecture de la Haute-Kotto, est sous tension depuis lundi 21 novembre à cause d’un combat opposant les éléments de l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Daras et ceux du Front Populaire pour la Renaissance de  Centrafrique (FPRC). Le bilan de l’affrontement d’hier serait lourd mais il est difficile d’avoir une idée exacte sur la situation.

Les activités administratives, scolaires, et commerciales n’ont pas encore repris dans la ville après l’affrontement du lundi 21 novembre.  Les habitants sont restés terrés chez eux et le bilan de ce combat n’est pas encore officiellement connu.

Des sources humanitaires, au moins 48 personnes sont mortes, une cinquantaine de blessés et près de 5.000 déplacés proche du camp de la Minusca dans la ville.

Certaines autorités locales contactées par le RJDH, ont déploré le comportement du contingent Marocain de la Minusca qui aurait ouvert le feu sur la population civile.  Elles ont regretté la « passivité des forces onusiennes depuis le début de l’évènement ».

Une source locale a souligné l’arrivée de renfort des éléments de l’UPC de Bambari afin d’appuyer ceux de Bria. Mais ils ont été neutralisés par ceux du FPRC. Une information rejetée par l’UPC contactée depuis la ville de Bambari.

De sources bien informées, la ville de Bria serait sous contrôle des éléments du FPRC qui projettent de descendre sur Bambari, fief des éléments de l’UPC.

La Minusca a tenu responsables, les groupes armés, suite à ce regain de violences et a annoncé des mesures de sécurité pour que les combats entre FPRC et UPC ne s’étendent à d’autres localités dans la région.

****RJDH**********

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire