« AU CAS OU CHAQUE PREFECTURE DISPOSERAIT DE SON GROUPE...

Lundi 28.08.2017 : 10H46

« AU CAS OU CHAQUE PREFECTURE DISPOSERAIT DE SON GROUPE ARME, ON VA VERS LA SOMALISATION DU PAYS », DIXIT JOSEPH BINDOUMI

C’est le message fort lancé par Joseph Bindoumi à l’occasion de la présentation de l’état de la mise en œuvre des recommandations du Forum National de Bangui, au cours d’une conférence de presse qui s’est déroulée à l’hôtel Ledger Plazza à Bangui, la semaine passée. C’est en répondant aux préoccupations des journalistes sur le regain de violences dans plusieurs régions du pays que le président du Comité de Suivi des recommandations du Forum National de Bangui, Joseph Bindoumi a fait cette déclaration.

L’opinion internationale est aujourd’hui consciente du danger qui guette la République Centrafricaine de feu Barthélémy Boganda. La situation sécuritaire de la RCA se dégrade de jour en jour malgré le retour à l’ordre constitutionnel depuis la date du 30 mars 2016. De la Séléka aux Anti-Balaka, deux (02) groupes armés au départ, nous sommes arrivés aujourd’hui à quatorze (14) groupes politico-militaires. L’ex-coalition Séléka est aujourd’hui subdivisée en plusieurs branches après la démission de Michel Djotodia à Ndjamena au Tchad : le Front Patriotique pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC), dirigé par Nourredine Adam, l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), sous commandement de Ali Darassa, le Mouvement Patriotique Centrafricain (MPC,) sous contrôle de Mahamat Alkhatim, le Rassemblement Patriotique pour le Renouveau de la Centrafrique (RPRC) de Zackaria Damane, pour ne citer que ces quelques exemples. Il en est de même des milices Anti-Balaka, divisées en plusieurs branches et dirigées par des leaders comme Patrice Edouard Ngaissona et Maxime Mokom.

Certains groupes armés ont vu le jour juste après le retour du pays à l’ordre constitutionnel. C’est les cas du mouvement Retour, Réclamation et Réhabilitation (RRR) de Sidiki qui a fait son irruption dans la région de l’Ouham-Pende après les élections. A cela, il faut aussi signaler le cas d’incursion des groupes armés venus des pays limitrophes de la RCA, notamment du Tchad et du Soudan. Ne perdons pas de vue le cas de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, un chef rebelle Ougandais et qui s’est installé dans la région du Sud-est de la RCA, bientôt dix (10) ans.

Chaque groupe armé cherche à étendre sa domination et contrôler les zones diamantifères et aurifères du pays, soit pour s’enrichir en pillant et en exploitant frauduleusement les ressources naturelles du pays, soit pour se ravitailler en armes, munitions et autres effets de guerre. Depuis lors, les conflits intergroupes armés deviennent de plus en plus inquiétants avec le risque d’embrassement de tout le pays par les politico-militaires. Quatorze (14) des seize (16) préfectures de la République Centrafricaine sont sous le contrôle des milices armées avec des attaques répétées et ciblées contre les communautés, faisant de nombreuses victimes et déplacements massifs des populations vers les territoires étrangers et sur les sites des déplacés. C’est dans ce sens que Joseph Bindoumi a affirmé, « au cas où chaque préfecture disposerait de son groupe armé, on va vers la somalisation du pays ».

Et à l’allure où vont actuellement les choses, les conflits risqueraient de se dégénérer en un nettoyage ethnique et donc au génocide, un de ces quatre petits matins au cas où des dispositions nécessaires ne sont pas prises par les autorités centrafricaines et la communauté internationale. Le signe « avant-coureurs » d’un génocide se profile à l’horizon depuis des mois dans les régions de la Haute-Kotto, Ouaka, Basse-Kotto, Mbomou, Haut-Mbomou Nana-Gribizi et autres. C’est ce que déplore toute la communauté internationale après les multiples visites de certains responsables de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) à l’intérieur du pays.

« En Centrafrique, les groupes armés prolifèrent grâce à une impunité totale ». C’est le titre d’une analyse faite par la chercheuse Nathalie Durkan et publiée dans le journal ‘’Le Monde’’. Justement, c’est parce que la crise centrafricaine est devenue un véritable fonds de commerce non seulement  pour les groupes armés, mais aussi pour certains leaders politiques centrafricains et certaines puissances étrangères qui ne cessent de soutenir les groupes rebelles. Les langues se délient ces derniers temps sur l’origine de la persistance  et l’intensification des conflits dans l’arrière-pays.

Malgré que la Communauté internationale soit au courant de tous ces actes qui compromettent dangereusement la paix dans le pays, aucune disposition préalable et nécessaire n’a été prise pour s’attaquer à la racine de la crise. D’où, les groupes armés bénéficient toujours d’une impunité totale. Désormais, le choix est claire : soit la communauté internationale et le gouvernement centrafricain optent pour une diplomatie offensive contre les milices pour empêcher ce nouveau bain de sang qui se pointe déjà à l’horizon dans l’arrière-pays, soit de procéder à l’arrestation immédiate des leaders des groupes armés et leurs commanditaires pour réduire la capacité de nuisance des éléments sur le terrain. Sinon, le pays risquerait de sombrer cette fois-ci dans un chaos indescriptible.

A bon entendeur salut !

 

 Bénistant MBALLA

                                                          

 

 

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