AS –VI 2015 : DECLARATION A L’OCCASION DU 11 MAI 2018

Vendredi 11.05.2018 : 1016

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Unité – Dignité - Travail

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Asvi 2015

               ASSOCIATION  DES VICTIMES DES EVENEMENTS

                              DU 29 OCTOBRE 2015 ET SUIVANT (AS –VI 2015)

  

 

 

DECLARATION A L’OCCASION DU 11 MAI 2018

 

Relative à la chronique des supplices infligés aux habitants de FATIMA lors des conflits armés à Bangui (Centrafrique), pour la période allant de 1996 à 2018

De 1996 à ce jour, durant 22 ans, le KM5, en général, et FATIMA, en particulier, aura enregistré le nombre le plus important de victimes des conflits armés à Bangui.

Déjà en 1996, suite à la confrontation meurtrière dans l’avenue CONJUGO (Marché Sango) entre les mutins, constitués essentiellement d’une partie de l’Armée Centrafricaine,  et certains éléments  de la garde prétorienne du Président Idriss DEBY venus à la rescousse  du régime de BANGUI, les éléments Tchadiens ont lancé une expédition punitive en direction du secteur sud de Bangui notamment dans les quartiers KINA, PANI, GBAWARA, KPETENE, 92 Logements, FATIMA et SANDOUMBE. Les hommes, sans exception, ont été principalement pris pour cible. C’était la fameuse opération « A KOLI A KPE ». Le bilan macabre et matériel était très lourd  et les victimes se comptaient par centaines.

 

FATIMA se souvient encore des hommes froidement abattus ou atrocement égorgés (Chef Paul PANI, l’ancien Ministre Félix BOUGALAMA- NZOULE, Dominique AKPEKABOU, LAGO Noël…), des habitations ou maisons de commerce incendiées (Fodé, la Forêt Plus…).

 

Le Gouvernement d’alors s’était illustré dans des déclarations démagogiques et sulfureuses. Aucune lumière n’a été faite sur ces tristes et douloureux événements.

 

Le 24 mars 2013, la SELEKA fit son entrée à Bangui et accéda au pouvoir. Cette situation contribua à détériorer profondément les relations séculaires entre les communautés chrétiennes et musulmanes. Des actes isolés de règlement de compte ont été déplorés.

 

Des supplices sans cesses ont été infligés à tort aux habitants de FATIMA qui, de fait, sont les véritables damnés des conflits armés en Centrafrique.

 

1°) L’offensive des BALAKA contre la position des SELEKA vers l’Assemblée Nationale à Bangui, du 03 au 06 décembre 2013

Après l’assaut des BALAKA contre la position des SELEKA aux 14 villas et au camp des sapeurs - pompiers à Bangui, des représailles musclées ont été déclenchées sur la population du KM5.

A l’instar des autres quartiers environnants, FATIMA a enregistré des actes d’une rare violence. Les débits de boisson et leur contenant ont été systématiquement incendiés ou détruits. Les corps des  personnes abattues souvent mutilées ont jonché le sol à la merci des chiens et des porcs.

La Croix Rouge Centrafricaine a procédé, tout le long des avenues KOUDOUKOU, CEMAC et BOGANDA, de l’ancienne route de M’BAIKI et à l’intérieur des quartiers, à l’enlèvement des dizaines de corps en état de décomposition totale, pour le cimetière de NZILA pour être inhumés dans des fosses communes.

Des milliers de personnes ont quitté leur habitation pour se réfugier dans les églises ou dans les familles d’accueil voire dans la nature.

 

2°) La nuit sanglante du 27 au 28 mars 2014

Une grenade a été lancée à une place mortuaire de feu WILIBANGA au quartier KANGO (KOKORO 3) tuant atrocement plus d’une vingtaine de personnes dont une femme enceinte et blessant plus de quarante autres.

 

3°) Le 28 mai 2014

Réunis au sein de la paroisse Notre de Fatima, les fidèles ainsi que les déplacés du site ont été surpris par la puissance de feu des criminels.

 

Plus de 17 morts dont l’Abbé NZALE  et 27 blessés ont été enregistrés.

 

4°) Le 29 octobre 2015

Le 26 septembre 2015, un conducteur de taxi – moto de confession musulmane a été assassiné et son corps sans vie a été retrouvé aux alentours de la Fédération Centrafricaine des Eleveurs de Centrafrique (FNEC à Combattant, Bangui).

 

Sous l’emprise de la vengeance et des violences quasiment généralisées, les activités ont été paralysées à Bangui. Les humanitaires ont dénombré au moins 77 morts, 400 blessés et plus de 40 000 déplacés. Dans ces contextes, les échéances électorales et référendaire  ont été reportées.

 

Le 29 octobre 2015, survint malheureusement un nouveau cas d’assassinat d’un conducteur de taxi – moto musulman vers Kétéguéré (92 logements à Bangui). En représailles, les habitants de Km5 notamment ceux des quartiers Yakité, Sara, Béa – Rex, M’baïki, Kpéténé, Gbawara, Kina, Makambo, Cattin, Fatima, Gbatouri, Gbaya – dombia, Boulata… ont subi des violences aveugles.

Toutes les habitations, les maisons de commerce et les édifices religieux ont été brûlés. Des femmes ont été violées. Des  centaines de personnes ont été tuées. Des corps ont été mutilés, jetés dans des puits ou dévorés par les bêtes errantes. Des quartiers entiers ont été vidés et leurs habitants déplacés. Les écoles ont fermé leurs portes contraignant un grand nombre d’élèves à se déscolariser.

La MINUSCA a su bien traîner les pieds avant d’intervenir uniquement à l’église de FATIMA (où se sont amassés des milliers de déplacés) donnant l’opportunité aux assaillants de torturer, tuer, piller, brûler ou violer, de nuit et de jour, pendant plusieurs jours.

 

A ce jour, les quartiers sinistrés de FATIMA ne sont qu’un vaste champ de ruine et de gravas.

 

5°) Le 1er mai 2018

L’histoire s’est répétée.

 

Prenant prétexte de l’arrestation d’un des leurs, les ennemis de la Paix s’en sont pris aux membres de la fraternité Saint Joseph réunis en la paroisse Notre Dame de Fatima, pour leur promesse.

 

Au moins 24 personnes dont l’abbé Albert TUNGOUMALE BABA ont été fauchées. Plus de 177 blessés ont été recensés. Cet assassinat porte à deux (2) le nombre d’abbés tués dans l’enceinte de la paroisse Notre Dame de Fatima.

 

Au regard des faits ci-dessus, l’Association des Victimes des Evènements du 29 octobre et suivant dans les 3ème, 5ème et 6ème arrondissements dénonce haut et fort les supplices dont de paisibles citoyens et citoyennes ont été souvent victimes à FATIMA.

 

Elle exprime ses profondes condoléances aux familles éplorées et salue la mémoire   de l’Abbé Albert TUNGOUMALE BABA, Martyr de la Paix,  dont la contribution aux débats démocratiques, à l’Etat de Droit, à la Paix et au vivre ensemble a été remarquable.

 

A l’occasion de la journée du 11 mai 2018, 3ème journée commémorative des victimes des conflits armés, ASVI.2015 rend hommage à toutes les victimes sans distinction de sexe et de religion.

 

ASVI.2015  exprime ses profondes préoccupations sur les questions récurrentes de la Sécurité, de la Paix et du Désarmement sur toute l’étendue du territoire national.

 

En effet, suite aux événements du 29 octobre 2015, ASVI.2015 avait élevé de  soupçons réels du terrorisme à Bangui, vu les modes d’opération propres au terrorisme utilisées par certains bandes armées. L’incendie ou la destruction des habitations est devenue la règle et une arme redoutable de guerre. Une ouverture d’enquête était sollicitée à l’époque à l’Ambassadeur Charles MALINAS, alors Haut Représentant de la République Française auprès de la République Centrafricaine et à la MINUSCA.

 

Silence ! Les massacres continuent.

En outre, ASVI.2015 avait-elle exigé le renforcement des check points à l’intérieur des quartiers et la sécurisation accrue des lieux de culte et du lycée de Fatima. Toutes ces doléances et bien d’autres sont restées sans suite.

 

Le peuple est fatigué d’assister à la tragédie-comédie qui singularise les conflits armés en Centrafrique. A chaque massacre à FATIMA, la MINUSCA dédale ou bombe ses muscles, la population s’émeut  et descend dans la rue ; le Gouvernement crie à la manipulation et accuse ; la Justice ouvre une enquête ; les Députés interpellent et vilipendent pour se faire bonne conscience auprès des électeurs de  leurs circonscriptions ; les criminels ricanent et reprennent de plus belle sans que le Gouvernement use des moyens appropriés pour arrêter les massacres des populations.

 

Ainsi, la pièce est bien jouée depuis 1996 à ce jour.

 

Pour nous les victimes, trop c’est trop.

 

Fait à Bangui, le 11 mai 2018

 

Le Président de l’ASVI.2015,

 

 

Apollinaire MOKOTEMAPA

 

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