TERRORISME : UN JEUNE HOMME DE 18 ANS EN CONTACT AVEC ...

12 octobre 2016 : 11:15min

Terroriste

TERRORISME : UN JEUNE HOMME DE 18 ANS EN CONTACT AVEC RACHID KASSIM MIS EN EXAMEN

 

Un jeune homme de 18 ans, en lien avec le djihadiste français Rachid Kassim et soupçonné de vouloir commettre une attaque, a été mis en examen pour association criminelle de malfaiteurs  en relation avec une entreprise terroriste, et écroué, mardi 4 octobre au soir, selon une source judiciaire. Inconnu des services de renseignement, il avait été interpellé vendredi lors d’une opération antiterroriste à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, menée par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du RAID.

« Il y avait une suspicion de passage à l’acte » du jeune homme, décrit comme « une personnalité fragile », a relevé une source proche de l’enquête. Il était en contact via la messagerie Telegram avec Rachid Kassim, soupçonné de téléguider des attentats en France depuis la zone irako-syrienne.

Rachid Kassim, 29 ans, originaire de Roanne dans la Loire, est suspecté d’avoir inspiré de manière plus ou moins directe l’assassinat d’un policier et de sa compagne le 13 juin à Magnanville (Yvelines), et celui d’un prêtre égorgé dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet.

Il aurait aussi piloté les projets d’attentats du commando de femmes, arrêté début septembre à Boussy-Saint-Antoine (Essonne) après la découverte d’une voiture chargée de bonbonnes de gaz en plein cœur de Paris.

Ces dernières semaines, une dizaine de personnes, souvent jeunes, voire mineures, ont été interpellées et écrouées, soupçonnées de vouloir commettre des attaques djihadistes. La plupart étaient en contact, via Telegram, avec Rachid Kassim.

Ces arrestations interviennent alors que, selon le premier ministre Manuel Valls, la menace terroriste est « maximale » en France, touchée depuis 2015 par une série d’attentats qui ont fait 238 morts.

Le premier adjoint au maire de Nice était ce matin au micro de Jean-Pierre Elkabbach. Il a notamment appelé à interpeller le djihadiste et à le juger en France.

Il est considéré comme l'un des djihadistes les plus influents sur les réseaux sociaux. Rachid Kassim, 29 ans, serait notamment derrière l'assassinat de policiers à Maganville et l'attentat de Saint-Etienne du Rouvray.

Invité ce mardi matin sur Europe 1, Christian Estrosi a désigné le jeune homme comme "ennemi public n°1".

"Je demande qu'on aille le chercher, l'interpeller, soit pour le juger en France, soit pour l'éliminer", a déclaré le président de la région Paca face à Jean-Pierre Elkabbach. "C'est le rôle des services spéciaux que de faire ce travail aussi. N'est-il pas normal qu'un criminel qui a commandité à l'extérieur du territoire français des crimes en France puisse être jugé en France?"

Le djihadiste originaire de Roanne, dans la Loire, s'est radicalisé en 2011. Il se trouverait actuellement en Syrie ou en Irak.

La création de Daech est contemporaine d’une multiplication des radicalisés, ainsi que de l'introduction d'au moins deux nouvelles catégories de djihadistes en Europe : les adolescents et les post-adolescents d'un côté (20 à 25 %), les jeunes filles adolescentes et post-adolescentes (dont environ 10 % de femmes en font parties), de l'autre. Ces deux catégories constituent un pourcentage significatif (entre 12 et 25 %) de l'ensemble des djihadistes européens qui partent en Syrie et en Irak. La part des convertis (au moins 20 %) est, elle aussi, croissante. On note également une représentation de la quasi-totalité des pays européens, avec 5 000 européens impliqués dans les filières syriennes et irakiennes (par comparaison, l’attirance pour Daech aux États-Unis est beaucoup plus faible). Le modèle politique et religieux que prétend incarner Daech, exerce ainsi une fascination sans précédent sur des catégories de la population restées jusqu’alors insensibles à la propagande de mouvements tels qu’Al Qaïda. L’État Islamique étend pour la première fois l’influence de l’idéologie du djihad, non seulement aux classes populaires mais également à la classe moyenne éduquée. Ce bouleversement peut d’abord s’interpréter comme un symptôme du déclin des utopies politiques immanentes au sein des sociétés occidentales. C’est aussi un phénomène adolescent, qui procède chez les plus jeunes d’une "affectivisation" de l’idéologie. En France comme en Belgique, et de manière bien plus poussée qu’en Grande-Bretagne, la désislamisation des familles musulmanes et l’éclatement des structures parentales traditionnelles auraient aussi contribué à entretenir ce phénomène de radicalisation religieuse.

Mais le djihadisme ne peut être réduit aux conditions locales de son implantation : il est surtout le produit d’une rencontre entre l’ultra-local et le transnational, entre des dynamiques qui peuvent se produire au sein d’un groupe à l’échelle de quartier et celles des groupes opérant sur internet et sur le front irako-syrien. Des entretiens conduits avec les jeunes français incarcérés de retour de Syrie, ainsi qu’avec de jeunes candidats au départ issus des quartiers populaires, témoignent de l’hétérogénéité des motivations mais aussi des divergences de vues des Français radicalisés. Cela est particulièrement prégnant entre les tenants de positions proches de celles de Jabhat al Nosra (Al Qaïda en Syrie) et les pro-Daech qui se livrent une âpre bataille idéologique en France. Cette divergence au sein des promoteurs du djihadisme se cristallise et se reflète dans l’attitude adoptée par rapport aux attaques qui ont ensanglanté les rues de la capitale française en 2015. A cet égard, les attaques du 7 et 8 janvier 2015 sont souvent distinctes dans les discours de celles du 13 novembre. La matrice même du djihadisme est celle de l’expansion. Pour cette raison, les attentats du 13 novembre 2015 ont d’abord failli à leur objectif de séduire le plus grand nombre parmi les sympathisants des mouvements djihadistes en France, en visant très large et de façon indifférenciée. Les individus les moins idéologisés, s’ils avaient pu être galvanisés par les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher (janvier 2015), se sont cette fois-ci davantage identifiés, dans un premier temps, aux victimes des attentats qu’à leurs auteurs : en janvier, les cibles des attentats étaient précises, et le public à galvaniser était large, tandis qu’en novembre, les cibles étaient larges, mais le public à galvaniser s’est révélé faible. C’est donc sur cette "zone grise", tout aussi susceptible de basculer dans le djihadisme que de se rallier à la République, que doivent aujourd’hui se concentrer les efforts du gouvernement en plaçant le maintien de la cohésion sociale au cœur de ses politiques publiques.

 

(suite au prochain numéro)

 

Jonas Demba 

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