RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu. : Violence sexuelle et basEe sur le g...

Mardi 22.08.2017 : 08H57

 

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu. : Violence sexuelle et basEe sur le genre, exploitations et abus sexuels commis par les forces internationales (suite)

De septembre 2013 à avril 2014, les musulmans de Bossangoa ont vécu retranchés au sein de l’École Liberté, avec un accès limité à l’eau, à la nourriture, aux infrastructures de santé et scolaires de base, ainsi qu’aux activités de subsistance. Ils étaient dans l’incapacité de quitter le camp par peur d’être tués 697 . De début 2014 jusqu’au mois d’avril, la population musulmane de Bossangoa a commencé à quitter la ville dans des convois escortés par des forces  militaires,  afin  de  trouver  refuge  au  Tchad.  Dans  les  premiers  mois  de  2014,  la population musulmane de Bossangoa est passée de plus de 8 000 personnes à moins d’un millier d’individus.

Pendant cette période, les éléments ex-Séléka ont également commis des abus  contre des civils – notamment des prises d’otages et des attaques contre des installations et du personnel médical. Ces attaques ont perturbé le déroulement d’opérations d’aide humanitaire et médicale destinées à des communautés déjà gravement affectées par le conflit ( D’autres atteintes, telles que le mariage de mineures, ont été documentées. Dans une affaire de ce type à Kambakota, dans la préfecture de l’Ouham, une jeune fille de 16 ans a été forcée d’épouser un combattant de la Séléka dans des circonstances qui révèlent la contrainte. Source : Base de données du HCDH des cas relevant des droits de l'homme.).

·  Le 16 avril 2014, à Batangafo, des éléments ex-Séléka ont pris en otage l’évêque catholique et trois prêtres du diocèse de Bossangoa, en déplacement à Batangafo. Suite à d’intenses négociations menées avec la hiérarchie ex-Séléka, les victimes ont été relâchées le 17 avril 2014 à Kabo, dans la préfecture de l’Ouham.

·  Le 26 avril 2014, un groupe d’individus armés – probablement des éléments ex-Séléka – ont attaqué le principal hôpital de Boguila, dirigé par MSF. Les ex-Séléka ont attaqué l’hôpital un samedi matin, alors que l’équipe médicale s’était réunie avec 40 chefs locaux et leaders communautaires pour discuter de l’accès aux services de santé dans la région. Armes au poing, les assaillants se sont emparés de biens de  valeur de l’hôpital, et ont tué par balles au moins 16 civils non-armés qui assistaient à la réunion, dont trois agents de MSF. Ils en ont blessé beaucoup d’autres.

À la suite de cette attaque de l’hôpital, MSF a suspendu ses opérations dans la région de Boguila. MSF était la seule organisation humanitaire à dispenser des services médicaux dans cette région, fournissant des services de santé à une communauté d’environ 45 000 habitants. Plus tard dans l’année, MSF a repris ses activités avec toutefois la moitié de son personnel et des services réduits.

Alors que les ex-Séléka se repliaient, les anti-Balaka ont gagné en puissance et ont mené de multiples attaques pour étendre leur zone de couverture à partir de laquelle ils pourraient expulser les musulmans. Pour leur part, les ex-Séléka ont mis en place des stratégies pour contrer l’avancée des anti-Balaka :

En juillet 2014, des éléments ex-Séléka accompagnés par des Peuls armés ont mené des attaques multiples contre dix camps et sites de déplacés situés à la périphérie sud  et est de la ville de Batangafo. Les éléments ex-Séléka ont agressé physiquement les déplacés internes, ont tiré des coups de feu en l’air et ont détruit leurs abris de fortune afin de disperser les résidents. Ces incidents ont provoqué la fuite de milliers de personnes déplacées qui ont cherché de nouveaux refuges. À cette période, les ex- Séléka contrôlaient la ville de Batangafo et craignaient une éventuelle attaque des anti-Balaka depuis la périphérie de la ville, en particulier de Bouca, située au Sud. La dispersion des déplacés leur a permis de créer une zone tampon à l’entrée de la ville pour freiner l’avancée des anti-Balaka. Les anti-Balaka n’en ont pas moins attaqué Batangafo le 30 juillet 2014, conduisant à des combats meurtriers avec les ex-Séléka puis à l’intervention des forces françaises de Sangaris en août 2014.

Au cours des derniers mois de 2014, les forces ex-Séléka ont continué à renforcer leurs positions dans les villes et les villages du nord de la préfecture de l’Ouham.

Le 2 septembre 2014, des éléments ex-Séléka ont attaqué la ville de Nana-Bakassa, tuant cinq civils et commettant des actes de pillage et de destruction.

La frontière entre la République centrafricaine et le Tchad a été officiellement fermée en mai 2014 par le Gouvernement tchadien. Afin de faire appliquer cette décision, les garde- frontières tchadiens ont eu recours à la force létale en vue d’empêcher des centrafricains d’entrer illégalement au Tchad, abattant certaines personnes tentant de traverser la frontière. Par conséquent, dans une déclaration officielle du 19 mai 2015, le Ministre tchadien de la sécurité a indiqué que, bien que la frontière demeurait « strictement » fermée, aucune instruction  n’avait  été  donnée  de  « tirer  systématiquement » sur  tous  ceux  approchant  la frontier (Le message du Ministre tchadien, communiqué par télex, indique : « Par la présente, le gouvernement confirme la fermeture de la frontière Tchad – République centrafricaine. Par contre, aucune instruction n’a été donnée pour tirer systématiquement sur tous ceux qui approchent la frontière ». Voir : Rapport final du groupe  d’experts sur la République centrafricaine (S/2015/936), annexe 4.28, 21 décembre 2015. ).

Du 12 mai 2014 à décembre 2015, des garde-frontières tchadiens ont tué par balles un nombre indéterminé de personnes qui ont tenté de franchir la frontière. Ils ont souvent tiré sans discernement pour dissuader les gens de traverser. Certaines personnes ont également été illégalement détenues, menacées et dépossédées de leurs objets  de valeur en traversant la frontière depuis et vers le Tchad705. Ainsi, le 10 mai 2015, à moins de deux kilomètres de Markounda, des garde-frontières tchadiens ont tué par balles un homme de 31 ans qui tentait de passer la frontière et ont tenté de tuer le  jeune homme de 22 ans qui l’accompagnait. Alors que les ex-Séléka se retiraient des régions du sud et de l’ouest du pays et consolidaient leurs positions dans les préfectures du Nord, ils ont continué à commettre de graves violations à l’encontre de civils.

·  Le 9 juin 2015, à Kabo, un élément ex-Séléka a violé un garçon âgé de neuf ans qui faisait paître son troupeau avec d’autres garçons. Il le menaçait de le poignarder avec sa baïonnette s’il appelait au secours. Le garçon a ensuite été emmené à l’hôpital, où  le viol a été confirmé et où il a reçu des soins. L’auteur du viol a été arrêté par des dirigeants ex-Séléka, puis relâché.

·  À une date inconnue en août 2015, à Kagoué II, à 21 kilomètres de Kambakota, deux éléments ex-Séléka sont rentrés par effraction dans la maison d’un couple et ont violé une jeune femme de 19 ans.

·  Le 24 juillet 2015, dans la localité de Marazé, proche de Bouca, des éléments ex- Séléka de la faction du Général Al-Khatim ont tué deux personnes et ont commis un incendie à grande échelle, brûlant 113 maisons de la localité. Ils ont également pillé les biens appartenant à la population civile.

·  Le 11 novembre 2015 à Batangafo, en représailles au meurtre de deux éléments ex- Séléka, un groupe de personnes composé d’un imam et d’ex-Séléka armés ont fait irruption dans le camp de déplacés de Nago 1 et ont incendié les abris de fortune des personnes de la communauté qu’ils soupçonnaient d’avoir tué leurs compagnons. Au cours de cette attaque, les ex-Séléka ont tué trois civils par balles. Au moins deux autres civils ont été tués lorsque les ex-Séléka ont mis feu à leur hutte : ils étaient trop âgés pour fuir. De nombreux autres civils du camp ont été blessés pendant l’assaut.

·  Le 13 novembre 2015, dans le quartier de Nago à Batangafo, deux éléments ex-Séléka armés et en uniforme ont violé une fille de 12 ans qui rentrait au camp de déplacés où elle résidait.

Attaques contre les humanitaires

Comme le conflit a continué dans le Nord-Ouest en 2015, les éléments ex-Séléka et anti- Balaka ont lancé des attaques à l’encontre du personnel humanitaire et ont bloqué l’acheminement d’aide. Ces attaques allaient de l'assassinat de travailleurs humanitaires au pillage de matériel et convois humanitaires.

·  Le 23 juillet 2015, des éléments anti-Balaka ont tué une personne engagée par MSF Hollande comme relai communautaire dans le village de Karakouri dans la localité de Nana-Bakassa.

·  Le 16 septembre 2015, un groupe d’environ 30 éléments anti-Balaka a intercepté des véhicules du PAM qui transportaient des vivres à destination des villages de la région de Ouham-Bac. Ils ont détenu le convoi pendant 24h, pour piller les produits humanitaires qu’il transportait. Au total ils ont extorqué de ce convoi deux tonnes d’aide humanitaire.

·  Le 21 octobre 2015, cinq éléments ex-Séléka ont tendu une embuscade à un véhicule de l’organisation humanitaire Danish Refugee Council, attaquant le personnel qui était à bord du véhicule et s’emparant de leurs objets de valeurs et matériel de travail.

·  Le 27 novembre 2015, six éléments anti-Balaka ont intercepté deux camions transportant des vivres du PAM, distribués par l’ONG Caritas dans le village de Kouki, dans la sous-préfecture de la Nana-Bakassa. Les assaillants se sont emparés des 25 tonnes d’aide alimentaire. Les anti-Balaka de la Nana-Bakassa auraient apparemment donné l’ordre d’empêcher toute distribution d’assistance humanitaire dans la région, si les organisations ne leur donnaient pas une partie de cette aide.

La préfecture de l’Ombella-M’Poko

·  Le 8 janvier 2014, environ 300 éléments anti-Balaka ont attaqué la mosquée de la ville de Boyali tuant au moins 36 personnes – dont des femmes et des enfants –, et blessant de nombreuses autres. L’attaque a commencé vers 10h du matin et a duré plusieurs heures. Les ex-Séléka ont ramené les corps des victimes à Boali et à Bossembélé pour qu’ils y soient inhumés. Vingt-six corps ont été identifiés.

·  Le 9 janvier 2014, suite à l'attaque de la mosquée, des éléments ex-Séléka sont retournés à Boyali et ont exécuté plusieurs personnes, dont le pasteur protestant du village. Ils ont également incendié des centaines de maisons, y compris lorsque des personnes se trouvaient piégées à l’intérieur.

·  Le 14 janvier 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué un convoi de musulmans cherchant à fuir Boyali et ont tué au moins six personnes, dont trois jeunes enfants d’une même famille. Les éléments anti-Balaka  ont  arrêté le camion, ordonné à tous les passagers de descendre et ont exécuté les victimes à coups de machettes et de couteaux devant la mosquée.

Le 17 janvier 2014, les soldats de la Sangaris sont arrivés à Boali pour sécuriser la route et désarmer les éléments ex-Séléka et anti-Balaka. Un petit nombre d’ex-Séléka a accepté d’être désarmé, mais la majorité, soit une trentaine d’hommes, ont fui dans la brousse.

·  Le jour même, après le départ des ex-Séléka de Boali, environ 300 éléments anti- Balaka armés sont entrés dans la ville et ont tué au moins quatre civils musulmans, blessant une vingtaine d’autres, et ont pillé et détruit trois mosquées.

·  Le 4 février 2014, des éléments tchadiens de la MISCA, venus de Yaloké et de Bossembélé pour évacuer leurs ressortissants, ont semé la terreur en tirant sur la population chrétienne, faisant au moins trois morts parmi les civils.

·  Le 24 mars 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué un véhicule de la MISCA près du marché de Boali. Ils ont abattu un soldat de la paix de la MISCA originaire de la République du Congo et en ont blessé au moins deux autres.

·  Le même jour, des soldats du contingent congolais de la MISCA ont commis à l’encontre de 12 personnes des actes de disparition forcée, torture et exécutions extrajudiciaires. Suite à la mort d’un de leurs compatriotes plus tôt dans la journée, ces soldats de la paix congolais se sont rendus à la résidence d’un commandant anti- Balaka, et l’ont arrêté en compagnie de 11 autres personnes, dont des femmes et au moins un enfant, avant de les emmener à la base congolaise de la MISCA. Un témoin présent sur cette base a déclaré avoir entendu des pleurs, des cris et des coups de feu dans  les locaux  occupés par le commandant  du contingent  congolais. Aucune de ces 12 personnes n’a été revue. L’unité du contingent congolais impliquée dans ces meurtres a été rapatriée par l’Union africaine en 2014, avant le transfert d’autorité de la MISCA à la MINUSCA en septembre. Depuis, la MINUSCA a conduit trois enquêtes au sujet de cet incident et s’est engagée, en partenariat avec le HCDH, auprès de l’Union africaine et des autorités de la République du Congo, à ce que des enquêtes judiciaires soient ouvertes. Les conclusions des enquêtes menées par la Division des droits de l’homme de la MINUSCA ont été partagées avec le Gouvernement congolais ainsi qu’avec les autorités centrafricaines en juin 2015. En juin 2016, la MINUSCA a fait une déclaration déplorant le manque de progrès accompli par le Gouvernement congolais à propos de l’enquête concernant la disparition de ces 12 personnes. En novembre 2016, l’instruction était encore ouverte, à la suite d’une demande d’entraide judiciaire introduite plus tôt en 2016 par les autorités judiciaires congolaises à leurs homologues centrafricains, afin de mener de nouvelles enquêtes.

Alors que les éléments ex-Séléka se repliaient et quittaient Bangui, et que les troupes tchadiennes escortaient des ressortissants tchadiens au Tchad, ils sont passés par plusieurs villages sur la route de Damara où ils ont commis des violations et abus des droits de l’homme :

·  Fin janvier 2014, des éléments ex-Séléka ont emprunté la route Bangui-Damara-Sibut et ont tué un nombre indéterminé de civils, en ont enlevé d’autres, les contraignant à leur montrer le chemin et à transporter leurs munitions et leurs bagages. De tels incidents ont notamment été rapportés dans les villages de Pata, Vangué et Ngupe.

·  Le 4 février 2014, des troupes tchadiennes sont entrées dans Bossembélé afin de rapatrier leurs ressortissants vers Bangui. Ils ont tiré indistinctement sur les civils (nombre de mort indéterminé) et ont incendié un nombre indéterminé de maisons.

·  Le 18 février 2014, des troupes tchadiennes se déplaçant à bord de plusieurs pick-up et camions en direction de Bangui afin de rapatrier des civils tchadiens et des musulmans au Tchad, ont tué au moins huit personnes, dont des enfants, en tirant sans distinction sur une foule rassemblée à Damara. ( Suite au prochain numéro)

 

MINUSCA 

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