RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu : Violations graves commises

Vendredi 30 juin 2017 : 111H04

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu : Violations graves commises apres le coup d’etat du 15 mars 2003 (BOZIZE)

Après le coup d’État du 15 mars 2003, Bozizé, Président autoproclamé, a suspendu la Constitution et a dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale. Le 23 mars, François Bozizé nomma Abel Goumba Premier Ministre, lequel forma son gouvernement quelques semaines plus tard.

Le 16 mars, le Gouvernement tchadien déploya des soldats dans Bangui pour soutenir Bozizé. Les soldats tchadiens ont alors procédé au désarmement des « libérateurs » en saisissant leurs armes et véhicules. Bien que les « libérateurs » était connus pour avoir commis de  nombreuses exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des actes de torture et des viols sur un très grand nombre de civils, certains d’entre eux ont intégré les forces de sécurité nationales dont les FACA. L’impunité généralisée dont les forces de sécurité ont bénéficié par la suite, notamment les gardes présidentiels et plusieurs célèbres anciens rebelles devenus lieutenants, semble indiquer que les plus hautes autorités gouvernementales étaient au courant et ont couvert leurs agissements.

Ceux qui n’ont pas intégré les forces de sécurité ne furent cependant pas correctement démobilisés. Ainsi, en avril 2004, le Président Bozizé leur fit verser un paiement en espèces avant de les faire escorter de Bangui à la frontière tchado-centrafricaine où ils commirent ensuite des  exactions à l’égard de la population civile  ( 67 Jeune Afrique, François Bozizé dit tout (ou presque), Entretien accordé à François Soudan, 3 novembre 2004. Dans cet entretien, le Président Bozizé reconnait avoir personnellement distribué de l’argent aux « ex- libérateurs » pour les récompenser pour leurs efforts de guerre. Marielle Debos, Fluid loyalties in a regional  crisis: Chadian ‘ex-liberators’ in the Central African Republic, African Affairs, 107/427, 225–241 (2008), Marielle Debos, Quand les Libérateurs deviennent des bandits : guerre et marginalisation sociale à la frontière tchado-centrafricaine, (2008) op. cit). A partir de cette période, l’inaptitude de Bozizé à contrôler les « ex-libérateurs » s'est traduite par une dégradation de la sécurité dans tout le pays.

Pendant la période considérée, les conditions de détention dans tout le pays ont constitué des traitements cruels, inhumains et dégradants et ont engendré un grand nombre de décès. Dans tout le pays, les cellules de prison étaient surpeuplées et les produits de première nécessité (nourriture, vêtements, médicaments, etc.) manquaient ou étaient souvent confisqués par le personnel pénitentiaire pour leur usage personnel. Généralement, les conditions de détention en dehors de Bangui étaient encore pires. La plupart des prisons ont été totalement détruites durant les combats en 2002 et 2003 (Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine/BONUCA (S/2004/496), 16 juin 2004 ; Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine/BONUCA (S/2005/414), 27 juin 2005 ; Département d’État des États-Unis, Country Reports on Human Rights Practices, 2003, 2004 et 2005).

 

Bangui

 

Au mois de mars 2003, les « libérateurs » du Général Bozizé ont attaqué la banlieue nord de Bangui et occupé les quartiers de Boy Rabe, Fouh, Combattant, Galabadja 1, 2, 3, Miskine, Malimaka, Gobongo et l’Avenue des Martyrs entre le PK4 et le PK12. Ils ont pris le contrôle de la route principale reliant les résidences du Président et du Premier Ministre ainsi que le siège du parti au pouvoir, le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC).

 

Pillages

 

L’accession de Bozizé au pouvoir s’est accompagnée d’une vague de pillages, qui semblait être une forme de récompense pour les efforts de guerre des partisans de Bozizé. Le précieux butin a été essentiellement emmené au Nord, notamment à la frontière tchadienne. (BONUCA, Rapport interne sur les droits de l’homme en République centrafricaine, mai 2003. La base de données du Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) sur la République centrafricaine cite un article de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte que 50 personnes auraient été tuées « Extensive civil unrest and looting in the wake of Bozizé’s coup. Hospitals later report as many as 50 killed and hundreds wounded in the attack and ensuing unrest ». Voir http://www.acleddata.com/wp-content/uploads/2016/01/CAR.xlsx).

Dans les jours qui ont suivi le coup d’État du 15 mars 2003, les « libérateurs » et des civils ont massivement pillé Bangui, notamment les résidences d'anciennes autorités (Chef de l’État, Premier Ministre, porte-parole du parlement, ministres), les ministères (y compris le cabinet du Premier Ministre) et les services publics (Socatel, la société de télécommunications nationale). Ils ont également pillé les bureaux de certains agences, fonds et programmes des nations Unies [tels que ceux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Programme alimentaire mondial (PAM)], les résidences du personnel des Nations Unies (y compris celles des représentants du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et de cinq employés du Bureau des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BONUCA)]. Des missions diplomatiques et consulaires ainsi que des sièges de journaux ont également été visés. Des  centaines  de véhicules appartenant  au gouvernement, à des sociétés  et des particuliers ont également été volés et certains d’entre eux ont été conduits dans le nord du pays.

Autour du 20 mars 2003, les « libérateurs » et des civils ont pris d’assaut l’entrepôt du PAM et emporté 1 800 tonnes de nourriture en une nuit. Le PAM a ensuite suspendu ses distributions alimentaires dans le pays jusqu’en juillet 2003 en raison de l’insécurité qui régnait sur les routes et dans les sites de distribution.

 

(Suite au prochain numéro)

 

Minusca

 

 

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