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Mardi 27

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu : Les derniers mois du regime de Patasse : Violations graves commises par le MLC et les troupes gouvernementales de LA RCA  

 

Le conflit qui a duré du 26 octobre 2002 au 15 mars 2003 et le coup d’État qui s’en est suivi ont créé un climat propice à la commission de centaines d’actes de violences sexuelles et basées sur le genre, d’atteintes au droit à la vie et de violations et abus des droit de l’homme. Il engendra le déplacement interne d'environ 205 000 personnes et la fuite d’un très grand nombre de réfugiés vers les pays voisins (Entre le 19 et le 23 février, les bureaux du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en République centrafricaine et au Tchad ont enregistré au moins 1 000 départs quotidiens pour le Tchad. Voir IRIN, CAR: UN-NGO humanitarian mission to assess situation in north, 25 février 2003. Selon le HCR, environ 40 000 personnes ont franchi la frontière entre la République centrafricaine et le Tchad entre novembre 2002 et mars 2003. Voir Enrica Picco, From Being Forgotten to Being Ignored, dans Making Sense of the Central African Republic, de Tatiana Carayannis et Louisa Lombard, 15 août 2015, p. 219-243). L’ensemble de cette période a été marquée par de graves violations du droit international humanitaire commises par les éléments du MLC et des FACA alors qu’ils combattaient pour repousser la progression de Bozizé ainsi que par les troupes du Général Bozizé pendant leurs attaques afin d'évincer le Président Patassé.

Violations graves commises par le MLC et les troupes gouvernementales de République centrafricaine

En tant que Président, Ange-Félix Patassé était le chef suprême des FACA. Il s’en méfiait toutefois et les soupçonnait d'avoir participé à la tentative de coup d’État de mai 2001 à son encontre. Il faisait dès lors davantage confiance à l’Unité de sécurité présidentielle, composée de ses gardes personnels et dirigée par le Général Bombayaké. Elle était placée sous l’autorité directe et unique du Président Patassé, et était indépendante des FACA.

Plusieurs milices ont également combattu au côté de Patassé, dont : un groupe de Centrafricains et de Tchadiens dirigé par un ancien chef rebelle tchadien, Martin Koumtamadji, également connu sous le nom d’Abdoulaye Miskine ; un groupe de sécurité privée du nom de Société centrafricaine de protection et de surveillance dirigé par Victor Ndoubabe ; et des hommes armés dirigés par le capitaine Paul Barril, un mercenaire  français.

Cependant, les principales troupes qui ont combattu les forces de Bozizé étaient le contingent du MLC déployé en République  centrafricaine,  qui  était  composé  de  trois bataillons de 1 500 hommes au   total. De nombreux civils centrafricains utilisaient   le terme « Banyamulengué » (ou des termes phonétiquement similaires) pour désigner les troupes du MLC. Les civils reconnaissaient ces troupes selon certaines caractéristiques, comme leur langue, leurs armes et leurs uniformes.

Afin de contrer la progression des rebelles de Bozizé, les troupes du MLC ont avancé de Bangui jusqu’au PK12 et PK22, et le long de la route qui relie Damara à Sibut pendant quatre mois et demi, à compter du 26 octobre 2002. Jusqu’à leur retrait en mars 2003, les soldats du MLC ont commis des crimes, toujours selon le même mode opératoire, dans chacun des  lieux tombés sous leur contrôle. Ils ont commis de nombreux actes de violences sexuelles et basées sur le genre ainsi que des pillages, et ont exécuté des civils sur une vaste zone géographique comprenant Bangui et ses alentours, les PK12 et PK22, Damara, Bossembélé, Boali, Yaloké  et Mongoumba (Dès le début de leur déploiement et jusqu’au retrait du MLC en mars 2003, les médias nationaux et internationaux, notamment les journaux centrafricains Le Citoyen, L’Agence Centrafrique Presse et Le Confident ainsi que Radio France Internationale (RFI), la BBC, l’Associated Press (AP), IRIN et Voice of America, n’ont cessé de rapporter des allégations selon lesquelles les soldats du MLC tuaient, violaient et pillaient la population civile centrafricaine). Le Président Patassé et son entourage ont reconnu avoir été au courant de ces crimes, mais ont argué que la présence du MLC était nécessaire pour combattre la rébellion (Dans un discours très révélateur, le Premier Ministre de l’époque, Martin Ziguélé, a déclaré « quand il y a incendie à la maison, on n'a pas besoin de voir la couleur de l'eau pour l'éteindre » pour justifier l’intervention du MLC. Voir Le Citoyen, Bossembélé: Silence ! Les Nyamamulengues de Jean-Pierre Bemba démocratisent…, 29 janvier 2003).

La CPI a qualifié les crimes commis par le MLC de particulièrement cruels et sadiques : les soldats du MLC ont violé des centaines de femmes et de fillettes, parfois âgées de moins de  10 ans, mais également des garçons et des hommes (Lorsqu’il a décidé d’ouvrir une enquête sur les crimes commis en République centrafricaine en 2002-2003, le Procureur de la CPI a estimé que plus de 500 femmes avaient été violées durant cette période. Voir Jeune Afrique, Chronologie : retour sur le procès Jean-Pierre Bemba devant la CPI, 17 mars 2016. La FIDH a répertorié 293 cas de viol : 272 d'entre eux auraient été commis par des soldats du MLC et les 21 restants par les troupes de Bozizé. Voir FIDH, Fin de la transition politique sur fond d’impunité – Quelle réponse apportera la CPI ?, 4 mars 2005 ; Amnesty International fournit également des chiffres sur les violences sexuelles et basées sur le genre dans son rapport, Cinq mois de guerre contre les femmes, 10 novembre 2004.). La plupart des victimes ont été violées en public ou en présence de membres de la famille, par au moins deux, souvent plusieurs soldats du MLC (plus de 20 dans certains cas). Des familles entières - personnes âgées, hommes, femmes, enfants - ont été victimes de ces attaques. Outre ces viols et ces meurtres, les soldats du MLC ont également pillé systématiquement les biens de la population civile.

Ces attaques ont eu des conséquences considérables, puisque les victimes ont souvent été dépossédées de tout et n’avaient aucun moyen de se faire soigner.

La préfecture de l’Ombella-M’Poko

Après les affrontements au PK22 entre le 10 et le 15 novembre 2002, les rebelles du Général Bozizé se sont retirés et ont fui en direction de Damara. Alors qu’elles progressaient vers Damara,  les  troupes  du  MLC  ont   fait  feu  sur  la  ville  pendant  une  nuit  entière.  Le  7 décembre 2002, le MLC et les autres forces alliées du Président Patassé se sont emparés de Damara. Le MLC a contrôlé la région de Damara jusqu’en janvier ou février 2003.

De janvier à février 2003, les éléments du MLC ont tué et violé des civils de Damara. Pendant leur séjour, ils ont pillé la grande majorité des maisons, boutiques et églises et ont tout volé, y compris les lits, les matelas, les motocyclettes et les groupes électriques.

En février 2003, la plupart des combats se sont déroulés autour de Bossembélé et le long de l’axe menant à Bossangoa (préfecture de l’Ouham). Le MLC est entré dans Bossembélé le   24 décembre 2002 et y est resté au moins jusqu’en février 2003.

De janvier à février 2003, les éléments du MLC ont tué et violé des civils de Bossembélé et ont pillé leurs biens. La CPI cite une note interne du Ministère centrafricain de la défense, datée du 2 décembre 2002, qui indique que les chauffeurs de camions ne circulaient plus sur cet axe du fait des pillages répétés par les troupes  du MLC aux postes de contrôle de Bossembélé.

(Suite au prochain numéro)

Minusca  

 

 

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