RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu . Attaques de convois transportant des m.

Vendredi 25.08.2017 : 10H04

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onuAttaques de convois transportant des musulmans

 

La préfecture de la Mambéré-Kadeï

 

A la suite de la démission de Michel Djotodia en janvier 2014, des ex-Séléka présents dans l’Ouest ont progressivement quitté la préfecture de la Mambéré-Kadeï. Fin janvier/début février, alors qu’ils se retiraient de la presque totalité de la préfecture, les anti-Balaka ont commencé leurs attaques.

●  Au début de février 2014, à leur arrivée à Berberati, les anti-Balaka ont commencé à pourchasser les musulmans et en ont tué 17 environ. De surcroît, les anti-Balaka ont pillé et détruit des maisons dans les quartiers à prédominance musulmane. Certains auteurs de ces attaques portaient l’uniforme des FACA. À la suite de cet incident, plusieurs musulmans ont cherché refuge au sein de la concession du diocèse catholique de Berberati.

En février 2014, des éléments anti-Balaka ont pénétré dans la ville de Carnot, à la recherche de musulmans. Craignant leur arrivée, plus d’un millier de musulmans de Carnot s’étaient réfugiés dans la paroisse catholique locale. Des musulmans de la région, en fuite vers le Cameroun, sont également passés par Carnot.

●  Le 7 février 2014, à Carnot, des éléments anti-Balaka ont attaqué un refuge abritant   86 musulmans déplacés. Ils ont tué sept hommes et en ont blessé d’autres à coups de machettes, y compris un garçon âgé de 12 ans.

●  Au cours du mois de février 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué les infrastructures médicales de Carnot. Après être entrés dans l’hôpital tenu par MSF, ils ont tué des patients, en particulier des personnes de l’ethnie peule. Le 9 février 2014, alors que des équipes de MSF s’efforçaient d’évacuer des patients dans un état critique, des éléments anti-Balaka ont bloqué la piste d’atterrissage de Carnot, qu’ils ont fini   par rouvrir au terme de longues négociations.

●  En novembre 2014, pendant la nuit, à Carnot, des éléments anti-Balaka ont tué un homme de l’ethnie peule en lui tranchant la gorge. Il tentait de fuir la ville avec sa femme.

●  Le 25 novembre 2014, à Carnot, des éléments anti-Balaka ont lynché à mort  un homme qui essayait lui aussi de quitter l’enclave musulmane de la ville, située dans la paroisse catholique.

A partir de mai 2015, les civils musulmans ont continué à être bloqués dans des enclaves – notamment dans les villes de Berberati (370 personnes) et de Carnot (584 personnes) - qu’ils ne pouvaient quitter qu’au péril de leur vie. Ces personnes ne pouvaient pas reprendre leurs activités économiques ni même se déplacer en raison du danger d’attaques par des anti- Balaka.

 

Attaques par des anti-Balaka et contre-attaques par des membres de la communauté peule

 

La préfecture de la Mambéré-Kadéï se compose de riches pâturages pour la pâture du bétail. Ainsi, des communautés importantes d’éleveurs nomades peuls, musulmans pour la plupart, y ont historiquement habités, vivant dans des campements pastoraux. Lorsque les anti-Balaka ont commencé à attaquer les musulmans, un grand nombre des victimes étaient de l’ethnie peule. Par la suite, des groupes de Peuls ont pris eux-mêmes les armes et – agissant parfois de leur propre chef ou conjointement avec des éléments ex-Séléka – ont attaqué les anti-Balaka ou d’autres communautés locales.

●  En février 2014, par deux fois, les anti-Balaka ont attaqué le village de Guen, près de Gadzi, sur la route nationale n° 6, à mi-chemin entre les villes de Boda (Ombella- M’Poko) et de Carnot (Mambéré-Kadéï). Certains musulmans à Guen étaient des Peuls des campements pastoraux situés à proximité. Au cours d’une première attaque, le 1er février 2014, les anti-Balaka ont tué au moins 27 civils musulmans. Après cette première attaque, un important groupe de familles musulmanes qui avaient réussi à fuir s’est caché dans la concession d’un résident local.

●  Le 5 ou le 6 février 2014, les anti-Balaka ont mené une deuxième attaque à Guen, pendant laquelle ils ont fouillé le village à la recherche des musulmans qui s’y cachaient encore. Lorsqu’ils les ont trouvés, ils ont séparé les hommes adultes et les garçons plus âgés des femmes, des jeunes enfants et des bébés. Les anti-Balaka ont ensuite pris les hommes et les garçons, au moins 45, en dehors de la concession, les  ont contraint à se coucher au sol et les ont tués.

Plusieurs centaines de musulmans qui avaient fui les attaques des anti-Balaka à Guen sont arrivés à proximité du village de Djomo, situé à 10 kilomètres de Guen, et ont cherché refuge dans les locaux de l’église catholique. Les anti-Balaka les ont suivis.

●  Le 6 mars 2014, dans le village de Djomo, des éléments anti-Balaka sont entrés dans les locaux de l’église catholique. Après avoir brutalisé le prêtre catholique qui tentait de les arrêter, les anti-Balaka se sont emparés de l’imam qui s’était caché en dehors de la concession et l’ont exécuté par balles puis ont mutilé son corps.

Plus à l’ouest de la préfecture de la Mambéré-Kadéï, près de la frontière avec le Cameroun, des éléments peuls armés ont mené des attaques en représailles aux meurtres des membres de leur communauté, commis par des anti-Balaka. Au cours de ces ripostes, ils ont ciblé les communautés locales dont ils pensaient que les milices anti-Balaka provenaient.

●  Le 22 mars 2014, dans le village de Godawa, à 70 kilomètres au nord-ouest de la ville de Gamboula, des éleveurs peuls armés ont tué 12 civils et brulé 30 maisons.

●  Les 28 et 29 mars 2014, des éléments peuls armés ont mené des attaques similaires sur des villages dans la périphérie de Gamboula, tuant plus de cinq civils et incendiant des dizaines de maisons.

●  Au cours de la première quinzaine de mai 2015, des éléments peuls armés ont attaqué des villages dans la région située entre Amada-Gaza et Gamboula, tuant des dizaines de civils et en ont blessé beaucoup d’autres.

 

Esclavage de Peuls et violences sexuelles et basées sur le genre

 

Dans plusieurs régions de la préfecture de la Mambéré-Kadéï, des éléments anti-Balaka, désormais massivement présents dans les villes et les villages, ont commis de nombreuses violations graves, y compris des actes de violences sexuelles et basées sur le genre, ciblant  des Peuls.

●  D’octobre à novembre 2014, dans le village de Zaoro-Yanga-Ngombe, à l’ouest de Gadzi, un commandant anti-Balaka du village, âgé de 50 ans, a violé à plusieurs reprises une femme peule âgée de 33 ans, la frappant fréquemment afin de vaincre sa résistance. Pendant toute cette période, l’homme l’a gardée captive dans une pièce de sa maison.

●  Vers novembre 2014, à Pondo, au nord de Gadzi, plusieurs éléments anti-Balaka ont détenu pendant plusieurs mois une femme de 20 ans, la violant à plusieurs reprises. Ils ne l’ont relâchée qu’une fois enceinte.

Dans la même préfecture de Mambéré-Kadéï, dans la région triangulaire située entre Gadzi (vers le sud), Carnot (vers l’ouest) et Yaloké (vers l’est), les attaques des anti-Balaka se sont révélées d’une violence particulièrement grave. Les musulmans de l’ethnie peule ont été traqués sans relâche par les anti-Balaka dans les campements de nomades le long des routes menant de Gadzi à Carnot – où ont eu lieu les attaques de Guen et de Djomo décrites plus  haut – et de Yaloké à Carnot

●  De février à juin 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué des familles d’éleveurs peuls dans le triangle Gadzi-Carnot-Yaloké, tuant les hommes et enlevant leurs femmes, filles et enfants (souvent de la même famille). Des femmes ont été détenues dans plusieurs villages du triangle, notamment à Bondo, Mbaina, Zaoro-Yanga- Ngombe, et Gadzi. Les anti-Balaka ont demandé des rançons en échange de leur libération. Pendant leur captivité, qui a duré de mi-2014 à avril 2015, les femmes peules ont été réduites en esclavage sexuel et violées à maintes reprises, certaines parfois par plusieurs anti-Balaka. Plusieurs de ces femmes sont tombées enceinte suite à ces viols, et attendaient des enfants quand elles ont été secourues. Au moins une des femmes qui avait été violé est morte pendant sa captivité, son enfant également. Pendant leur captivité, les anti-Balaka les ont également   frappées et menacées de mort. Nombre de ces femmes et de ces enfants sont restés détenus pendant plus  d’un an et n’ont été libérés que grâce à une opération de secours menée conjointement par les autorités locales, des ONG et des agences des Nations Unies ( HRW, République centrafricaine : Des musulmanes sont retenues en captivité et violées, 22 avril 2015 ; AIDSPC, Les Peulhs Mbororo de Centrafrique, une communauté qui souffre, juin 2015 ; Le Monde, En Centrafrique, témoignages de Peuls réduits en esclavage par les anti-Balaka, 28 avril 2015. Au total, 91 Peuls (Fulani) détenus par des anti-Balaka dans les préfectures de la Mambéré-Kadéï et de l’Ombella-M’Poko ont été secourus aux mois d’avril et de mai 2015. Voir : Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine (S/2015/576),  29 juillet 2015.).

●  En juin 2015, à Amada-Gaza, deux garçons peuls âgés de 8 et 11 ans, dont les parents avaient fui ou disparu lors des affrontements entre anti-Balaka et Peuls, ont été enlevés par des éléments anti-Balaka, qui exigeaient une rançon contre leur libération.

 

La préfecture de la Nana-Mambéré

 

La ville de Baoro a été le théâtre de l’un des pires affrontements entre les ex-Séléka, qui ont quitté la ville le 20 janvier 2014, et les anti-Balaka, qui ont saisi l’occasion pour attaquer les civils musulmans.

●  Les 22 et 29 février 2014, des éléments anti-Balaka ont mené sur Baoro des attaques au cours desquelles ils ont tué au moins 130 musulmans. Pendant ces événements, les anti-Balaka ont pris pour cibles les hommes et les garçons âgés de plus de 8 ou de 10 ans et les ont abattus. Quelques femmes auraient également été tuées. Les anti-Balaka ont incendié environ un millier de maisons de musulmans. Après l’attaque, quelques musulmans de Baoro ont trouvé refuge dans la concession de l’église catholique de la ville.

●  Entre le 22 et le 29 février 2014, en représailles aux meurtres des anti-Balaka, des éléments ex-Séléka, accompagnés de membres de la communauté musulmane, ont attaqué les non-musulmans de Baoro. A cette occasion, ils ont tué un nombre indéterminé de membres de la communauté chrétienne.

 

Attaques de convois transportant des musulmans

 

En raison de la multiplication des attaques contre les musulmans par les anti-Balaka dans la préfecture de la Nana-Mambéré et dans d’autres préfectures de l’Ouest, les musulmans de la région ont commencé à fuir villes et villages, s’efforçant pour la plupart de rejoindre la frontière pour trouver refuge au Cameroun. Même si de nombreux éléments anti-Balaka ont déclaré publiquement vouloir le départ du pays de toute la population musulmane, les convois et les personnes isolées qui tentaient précisément de le faire n’en ont pas moins été attaqués.

●  Le 16 ou 17 janvier 2014, les anti-Balaka ont tendu une embuscade à un véhicule transportant un grand nombre de musulmans, à proximité des villages de Dokou et de Vakap, sur la route Bohong (Ouham-Pendé) - Bouar (Nana-Mambéré). Ils ont tué au moins 10 civils et infligé des blessures graves à des dizaines d’autres, y compris des mineurs et des femmes.

●  De janvier à février 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué plusieurs convois sur  la route ainsi que des musulmans qui fuyaient par la brousse en direction de  la frontière camerounaise. Durant ces attaques dans la forêt à proximité de Baoro et de Carnot, plus de 20 personnes ont trouvé la mort.

●  Le 16 février 2014, à Beloko, sur la route nationale n° 3, près de la frontière camerounaise, des éléments anti-Balaka ont attaqué un convoi de 89 véhicules accompagnés par les forces de maintien de la paix de l’Union africaine de la MISCA, chargées d’assurer la sécurité des personnes qui fuyaient le conflit ainsi que celle d’autres voyageurs. Certains anti-Balaka ont tiré en direction des forces de maintien  de la paix, tandis que d’autres miliciens armés sont montés dans les véhicules et s’en sont pris aux passagers. L’incident a fait 12 blessés au sein du convoi. Les soldats de la paix ont riposté et fait 11 morts parmi les anti-Balaka.

En 2015, des éléments anti-Balaka sont restés actifs et armés dans la préfecture de la Nana- Mambéré et ont continué de commettre de graves violations des droits de l’homme, notamment des viols. Ils ont également libérés des anti-Balaka détenus en prison.

●  Durant la nuit du 4 au 5 mai 2015, dans une ferme située près de Bouar, trois éléments anti-Balaka ont violé une fille de 14 ans après être entrés par effraction dans la maison et avoir menacé les parents de la victime.

●  Le 29 septembre 2015, un imposant groupe d’anti-Balaka a attaqué deux postes de gendarmerie à Bouar. Plusieurs dizaines de détenus, dont 19 prisonniers anti-Balaka, ont pris la fuite.

●  Le 26 décembre 2015, à Kella Doukou, sur la route Bouar-Bohong, des éléments anti- Balaka ont violé deux fillettes de 12 et 14 ans.

 

(Suite au prochain numéro)

 

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