RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu .

Mardi 29.08.2017 : 09H49

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu .  

La prefecture de la ouaka, theatre de violences extremes entre les miliciens anti-balaka et elements armes ex-seleka

 

La préfecture de la Ouaka

 

La préfecture de la Ouaka a été le théâtre de violences extrêmes entre, pour l’essentiel, des miliciens anti-Balaka et des éléments armés ex-Séléka s’affrontant pour le contrôle de la région. La capitale de la Ouaka, Bambari, était une ville stratégique et l’une des principales zones à risque de la République centrafricaine, avec les ex-Séléka s’affrontant entre eux et avec les anti-Balaka pour le contrôle de la région. L’ex-Séléka – essentiellement la faction de l’UPC d’Ali Darrassa – et les milices anti-Balaka opéraient dans la même zone géographique, avec pour conséquence des cycles de tueries de représailles. De plus, il existait une animosité entre les factions arabes et peules de l’UPC, et entre les factions anti-Balaka qui obéissaient soit à Edouard Ngaïssona (sous les ordres de Gaëtan Bouadé), soit à Maxime Mokom (sous les ordres d’Omer Beba et de Thierry Madibo) ou opérant indépendamment (sous les ordres de « Fally »). Ces groupes armés se sont rendus responsables de meurtres, enlèvements, violences sexuelles et basées sur le genre, de recrutement d’enfants soldats. Ils ont attaqué à maintes reprises des civils déplacés et vulnérables et détruit des biens civils.

 

En janvier 2014, les ex-Séléka ont officiellement établit leur quartier général national à Bambari et, rejoints par des musulmans du Nord-Est, ont commencé à attaquer les chrétiens. En représailles, les miliciens anti-Balaka ont mené plusieurs attaques contre des musulmans.

●  En mars et avril 2014, des éléments armés ex-Séléka, soutenus par des Peuls armés, ont tué trois civils et en ont blessé de nombreux autres lors d’une attaque à Grimari.

●  En mars et avril 2014, à Grimari, des éléments ex-Séléka ont tué un nombre indéterminé de personnes (jusqu’à 27) et en ont blessé plusieurs autres.

Les violences sexuelles étaient également pratiquées de manière généralisée pendant cette période dans la préfecture de la Ouaka. Rien qu’à Grimari, des éléments ex-Séléka et des milices anti-Balaka ont violé plus de 28 femmes et filles. Les ex-Séléka visaient principalement les femmes et les filles chrétiennes ; à l’inverse, les anti-Balaka prenaient essentiellement pour cibles des femmes et des filles musulmanes.

●  Le 15 mars 2014, six  éléments ex-Séléka ont violé collectivement une femme de 34 ans à Bambari.

●  Le 19 avril 2014, à Lihoto, un officier de la faction UPC de l’ex-Séléka a violé une jeune fille âgée de 12 ans.

●  Le 14 mai 2014, à Grimari, trois éléments ex-Séléka ont violé et battu une femme. La victime a contracté le VIH suite au viol et a été abandonnée par son mari.

Particulièrement violente, la période d’avril 2014 à septembre 2014 a nécessité l’intervention de la force française Sangaris. Toutes les parties au conflit se sont rendues responsables de meurtres, de tortures, de blessures, d’enlèvements et d’attaques indiscriminées sur des civils.

●  Le 4 avril 2014, des éléments anti-Balaka ont détruit des maisons dans le village de Wawa, à 70 kilomètres de Grimari, dont la population est majoritairement composée de musulmans.

●  Les 12 et 13 avril 2014, des éléments ex-Séléka/UPC, soutenus par des Peuls armés, ont tué plusieurs civils à Ouagambe, à 22 kilomètres de Grimari.

●  Le 14 mai 2014, des éléments anti-Balaka ont tué quatre Peuls et en ont poignardé un autre à Awatché.

●  De mai 2014 à février 2015, des milices anti-Balaka ont attaqué la ville de Lihoto au moins à neuf reprises. Au cours de ces assauts, les anti-Balaka ont exécuté au moins  11 civils et en ont blessé cinq. Au moins 63 maisons et la mosquée ont été incendiées au cours d’une attaque lancée le 26 novembre, alors que la Sangaris était présente dans le village.

●  Le 2 juin 2014, des éléments ex-Séléka/UPC ont attaqué les villages de Bakala et de Saboyombo, ainsi que les sites miniers de Louba, où ils ont tué 50 civils et violé une fillette de 11 ans. Le groupe armé a jeté les corps des victimes dans la rivière proche.

●  Le 9 juin 2014, des éléments ex-Séléka, associés à des hommes armés de l’ethnie peule, ont attaqué le village à majorité chrétienne de Liwa, proche de Bambari, tuant 10 villageois et incendiant 169 maisons.

●  Le 23 juin 2014, en représailles à l’attaque du 9 juin 2014 perpétrée à Liwa, un groupe de personnes armées, identifiées comme étant des anti-Balaka, ont attaqué Ardondjobdi, un village peul, et ont tué 20 habitants, y compris des femmes et des enfants.

●  Le 23 juin  2014,  un  groupe  d’une  cinquantaine  d’éléments  anti-Balaka  ont  tué  18 civils peuls, dont une femme et trois enfants, aux alentours de Bambari. Les anti- Balaka ont mutilé plusieurs cadavres de leurs victimes.

●  Le 25 juin 2014, à Bambari, des éléments anti-Balaka ont tué un jeune civil et ont  violé trois femmes, dont une fille de 13 ans. Le jeune homme a été tué à coups de couteaux et de machettes alors qu’il tentait de fuir. Les femmes ont été violées collectivement par trois hommes du groupe. Enfin, des objets précieux ont été dérobés de la maison.

●  Le 7 juillet 2014, des éléments ex-Séléka ont attaqué la paroisse de Saint-Joseph à Bambari, où des milliers  de personnes  avaient  trouvé refuge,  et  ont  tué au moins  27 personnes, dont 20 enfants, et blessé quatre autres civils.

●  Le 8 septembre 2014, trois éléments armés ex-Séléka ont assiégé l’église évangélique du village de Ngakobo et ont tué par balles neuf personnes, dont le pasteur. Les assaillants ont dépouillé les fidèles de tous leurs effets personnels.

●  Le 22 septembre 2014, des éléments ex-Séléka ont abattu par balles le maire de Ngakobo.

Le conflit dans la préfecture de la Ouaka a également été marqué par des affrontements entre les éleveurs peuls armés et d'autres communautés. Les Peuls armés ont réagi aux meurtres de membres de leur groupe ethnique (souvent accusés d'association avec les ex-Séléka) en commettant des attaques meurtrières contre d'autres communautés.

●  A la fin du mois de septembre 2014, des éléments armés anti-Balaka ont tué six Peuls musulmans de la même famille, dont deux enfants et une femme du campement de Djimbété, près de Bambari. Après l’attaque, la population civile du camp a fui dans la brousse et est revenue le lendemain pour enterrer les morts.

●  Fin septembre ou début octobre 2014, en représailles, des Peuls armés ont tué 30 civils non-musulmans à Liwa, à une vingtaine de kilomètres de Bambari.

●  En octobre 2014, à Bambari, des éléments anti-Balaka ont lancé plusieurs attaques contre des civils, notamment peuls, causant des dizaines de morts parmi les civils et des centaines de familles déplacées.

●  Le 1er octobre 2014, des éléments ex-Séléka/UPC et d’autres musulmans/peuls armés, ont attaqué le camp des déplacés près de la base de la MINUSCA à Bambari, où ils  ont tué trois civils et blessé plusieurs autres. Cette attaque a été menée en représailles au meurtre d’un marchand musulman qui aurait été assassiné le 29 septembre 2014 par des milices anti-Balaka dans un village à proximité.

●  Le 4 octobre 2014, des éléments ex-Séléka/UPC ont tué par balles un civil qu’ils soupçonnaient d’être un informateur des anti-Balaka parce qu’il décrivait à un proche, par téléphone, la situation sécuritaire à Bambari.

●  En octobre 2014, dans la localité de Batobadja, des Peuls armés ont exécuté 21 civils, dont au moins dix femmes et un garçon. Ils ont également blessé au moins 11 civils, dont trois femmes, deux garçons et une fille.

●  Le 8 octobre 2014, des éléments armés anti-Balaka ont tué sept musulmans dans une embuscade à Ndassima, près de Bambari. es anti-Balaka croyaient qu’il s’agissait d’éléments de l’ex-Séléka/UPC.

●  Le 14 octobre 2014, des éléments anti-Balaka ont enlevé un homme qu’ils pensaient être de confession musulmane et l’ont amené à Zouhougou, à 11 kilomètres de Lihoto sur l’axe de Bambari, où il a été exécuté extrajudiciairement. Son corps aurait été jeté dans une latrine.

●  Le 15 octobre 2014, des éléments ex-Séléka/UPC ont tué trois civils à Bambari, dont une femme et deux enfants, soupçonnés d’être des sympathisants des anti-Balaka.

●  Le même jour, des éléments ex-Séléka/UPC ont tué deux jeunes hommes civils à Kouango. Les victimes étaient soupçonnées par les assaillants d’être des anti-Balaka ou des sympathisants.

●  Le 18 octobre 2014, des éléments ex-Séléka/UPC ont tué deux civils à Bangao soupçonnés d’être des anti-Balaka ou des sympathisants.

●  Du 20 au 25 octobre 2014, lors d’assauts sur Bakala, Tchimanguéré, Matchika, Yamalé et Bagoa, dans les environs de Bambari, des Peuls armés ont tué au moins 30 civils qu’ils considéraient comme associés aux anti-Balaka. Ils ont  également blessé de nombreux villageois.

●  À  la  suite  de  ces   attaques,  la  plupart   des  civils  de  la  région   ont   fui  en   République démocratique du Congo.

●  Du 6 octobre au 21 novembre 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué au moins six villages  de  l’axe  Pendé-Gbima-Dagba,  dont certains à plusieurs reprises. Au moins 36 personnes identifiées ont été tuées pendant ces assauts (dont sept femmes et cinq enfants), des éleveurs peuls et fermiers non-musulmans, et un nombre indéterminé d’autres blessées. D’autres civils ont été contraints de transporter les butins des pillages dans les fiefs anti- Balaka. Chaque attaque a provoqué un déplacement de la population, vers Kouango, mais aussi Gbima, qui abrite le principal marché de la région. Les violences ont culminé avec l’attaque de quatre villages, y compris celui de Gbima, le 21 novembre 2014.

●  Le 6 octobre 2014, des anti-Balaka ont attaqué Toko Ippy, pillé et incendié 21 maisons. Le chef du village de Mbalango a été tué pendant cette attaque.

●  Le 28 octobre 2014, des anti-Balaka se sont affrontés avec des éleveurs armés restés à Toko Ippy. Un éleveur de 40 ans a été tué.

●  La LRA, active principalement dans la partie orientale de la République centrafricaine, a néanmoins attaqué la ville d’Ippy deux fois en 2014. Ses éléments y ont enlevé des enfants et les ont violés.

●  En octobre 2014, dans le village de Dalanga, près d’Ippy, un groupe d’une douzaine d’éléments armés de la LRA a enlevé une femme âgée d’environ 20 ans, son fiancé, ainsi que deux hommes et une fille. Les hommes ont été relâchés deux jours plus tard ; la fille est restée captive d’une autre unité de la LRA à la scission du groupe initial. Elle est restée détenue pendant cinq mois, contrainte de cuisiner pour la LRA et de porter de lourdes charges (eaux, articles pillés). Elle a été violée à plusieurs  reprises par un commandant de la LRA âgé de 30 ans, qui se la « réserva » pour lui-même et menaça de tuer quiconque d’autre qui abuserait sexuellement d’elle. Le 13 décembre 2015, la femme, enceinte, a réussi à s’évader.

●  En octobre 2014, des éléments de la LRA ont enlevé  au moins trois enfants à Ippy.

 

A partir du mois de novembre 2014, des anti-Balaka et des éléments ex-Séléka ont continué à s’affronter pour le contrôle de la région et ont, de ce fait, commis de graves exactions à l’encontre de la population civile. Les groupes armés ont également attaqué des travailleurs humanitaires et pillé leurs entrepôts.

●  Le 10 novembre 2014, des éléments ex-Séléka/UPC ont attaqué les villages de Bolo I et II. Quelque 10 civils ont été tués, dont trois femmes âgées brûlées vives dans leurs maisons.

●  Le 13 novembre 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué Bolo II, y ont pillé et incendié 20 maisons.

●  Le 18 novembre 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué et pillé de nombreux convois humanitaires transportant des médicaments et des articles humanitaires de première nécessité sur l’axe Bambari-Grimari, privant ainsi la population civile de l’aide humanitaire qui lui était destinée.

●  Le 21 novembre 2014, des éléments anti-Balaka ont attaqué Gbima, Mbalango, Finikodro et Ndagba, où ils ont pillé et incendié toutes les maisons. À Gbima, où l’assaut  semble avoir commencé vers 5h de matin,   les anti-Balaka ont tué 22 personnes, dont un « chef de groupe », un éleveur peul et 18 membres de sa famille (proche et élargie), dont cinq enfants âgés de un à dix ans, et quatre femmes. Trois autres femmes non-musulmanes ont été exécutées dans leur maison. La plupart des maisons ont été pillées et incendiées et le bétail volé.

●  Le 21 novembre 2014, des éléments anti-Balaka ont tué quatre hommes, dont trois personnes apparentées au « chef de groupe » de Kolo et ont incendié la plupart des maisons à Mbalango. Le même jour, à Finikodro, les anti-Balaka ont tué un homme dans leur fuite vers Kolo et ont mis le feu à une partie du village. À Ndagba, les anti- Balaka ont brûlé plusieurs maisons. Des éléments anti-Balaka ont aussi entaillé à la machette les chevilles du propriétaire d’une pirogue car ils voulaient traverser la  rivière Ouaka.

●  Le 22 novembre 2014, à Gbima, des éléments anti-Balaka ont tué six hommes, deux femmes et six enfants.

●  Le 26 novembre 2014, à Bambari, des éléments anti-Balaka ont enlevé une femme et ses deux enfants, que l’on n’a jamais revus.

●  Du 12 au 14 novembre 2014, des hommes armés peuls ont attaqué la localité de Pendé, tuant sept personnes, dont quatre enfants.

●  En décembre 2014, des Peuls armés et des éléments anti-Balaka se sont affrontés à Kouango. Les combats se sont soldés par dix morts parmi les civils dans les villages  de Rembé Kouzou, Gofro et Umba. Environ 20 000 civils ont fui en République démocratique du Congo.

●  Le 3 décembre 2014, à Bambari, des Peuls armés soupçonnés d’être affiliés à des éléments ex-Séléka/UPC ont tué 13 civils et en ont blessé 33 autres au moins, dans le contexte de représailles pour le meurtre d’un musulman commis par des anti-Balaka. Trente-trois maisons ont été incendiées lors de cette attaque.

●  Le 12 décembre 2014, des éléments anti-Balaka ont enlevé l’épouse et deux enfants d’un chef de village près de Lihoto ; ils ont été relâchés au terme de deux mois de captivité.

●  Les 5 et 6 janvier 2015, des éléments ex-Séléka/UPC ont exécuté par balles sept civils, dont un bébé de six mois et un enfant de 13 ans, dans les environs du village de Ngakobo.

●  Le 11 mars 2015, à Bambari, des éléments ex-Séléka/UPC ont accusé deux hommes d’être affiliés aux anti-Balaka. Ils les ont capturés et les ont soumis à des traitements cruels et inhumains. Ils ont été détenus nus pendant la totalité de leur détention, jusqu’au 20 mars 2015, les coudes étroitement liés derrière le dos. Ils et ont été fouettés portaient des traces de brûlures de cigarette sur leur corps.

●  Durant la soirée du 15 mars 2015, sept éléments anti-Balaka ont enlevé et tué un infirmier du centre de santé du camp pour personnes déplacées « Sangaris », près de Bambari. Les auteurs lui ont tiré dessus, puis lui ont tranché la gorge.

 

(Suite au prochain numéro)

 

Minusca

 

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