RAPPORT D’ENQUETES DE L'ONU...

Lundi 31.07.2017 : 10H32

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu :DECEMBRE 2013 – MARS 2014  : D’une maniere generale, la Republique centrafricaine s’est divisee en 02 : les anti-balaka (Sud et l’Ouest) et EX-seleka ( Nord et Est)

Entre décembre 2013 et mars 2014, les anti-Balaka ont attaqué des civils dans les villages d'où les ex-Séléka s’étaient retirés dans le sud et l’ouest de la République centrafricaine. Ils ont chassé et exécuté des membres de la population musulmane, y compris ceux qui fuyaient. Parfois, ils s’en sont pris exclusivement aux hommes, dont des mineurs. Durant cette période, des centaines de musulmans ont perdu la vie et des centaines de milliers ont été déplacés de force. L’impact de ces vagues de violence sur les enfants, qui représentaient 50 pour cent des déplacés, a été dramatique. Ils ont été aspirés dans cette spirale de violence et de représailles, victimes de graves violations des droits de l’homme, notamment sous la forme de violences sexuelles et basées sur le genre, en particulier à l’égard des filles. En décembre 2013, on estimait à 6 000 le nombre d’enfants enrôlés dans des groupes armés en République centrafricaine.

La plupart des anciens membres des forces de sécurité étant en fuite ou ayant rejoint des groupes armés, le Gouvernement de transition n’exerçait plus aucun contrôle sur le pays. L’État était absent de la majeure partie du pays - à l’exception de Bangui. D’une manière générale, la République centrafricaine s’est divisée en deux : le Sud et l’Ouest étant pour l’essentiel aux mains des anti-Balaka, tandis que le Nord et l’Est sont restés occupés par les éléments ex-Séléka.

Face à la détérioration de la situation sécuritaire, les pays étrangers ont organisé l’évacuation de leurs ressortissants. Plusieurs milliers de musulmans, y compris des centrafricains, ont été évacués chaque semaine par avion, taxi et camion. Un grand nombre de personnes évacuées n’avaient jamais vécu en dehors de la République centrafricaine. L’Armée nationale tchadienne a ouvert un site de transit à Bangui, tandis que des unités de l’armée tchadienne lourdement armées ont escorté des convois de musulmans faisant route de Bangui et de  l’ouest en direction du Tchad. Certains convois ont été attaqués par des anti-Balaka et/ou leurs sympathisants, avec pour conséquence des morts et des blessés. À certaines occasions, des troupes tchadiennes ont fait un usage disproportionné de la force létale et tué des civils non-armés suspectés de vouloir attaquer les convois.

En décembre 2013, quelque 235 067 personnes avaient trouvé refuge  dans les pays  voisins. Le nombre de déplacés internes est passé de 602 000 en décembre 2013 à 825 000 en janvier 2014. En novembre 2014, le nombre de réfugiés s’élevait à 423 296, dont la plupart au Cameroun et au Tchad, et d’autres en République du Congo et en République démocratique  du Congo. Face à cette situation les acteurs humanitaires ont été confrontés au dilemme de soit  encourager les  résidents  centrafricains  à rester dans  leur communauté  -  où  leurs  vies étaient en danger - ou les aider à fuir et, ce faisant, contribuer au nettoyage ethnique souhaité par les anti-Balaka.

En avril 2014, les acteurs humanitaires ont facilité la réinstallation de 1 352 déplacés internes, musulmans pour la plupart, de Bangui à Bambari, Kabo et Moyenne-Sido dans le nord du pays. Bien qu’escortés par des forces internationales, les convois ont été fréquemment  attaqués et des personnes ont été tuées. En août 2014, la majorité de la population musulmane du pays était déplacée ou avait fui la République centrafricaine. Des dizaines de milliers de personnes étaient piégées dans  des  enclaves situées dans les  régions occidentales et centrales du pays, attaquées à maintes reprises par les anti-Balaka. En raison du risque d’attaques mortelles des anti-Balaka si elles quittaient les enclaves, ces communautés ont souvent été privées d’accès à la nourriture, à l’eau, au système de santé et aux biens de première nécessité.

Les organismes, fonds et programmes des Nations Unies, ainsi que la MISCA et les soldats  de maintien de la paix français de Sangaris ont soutenu les évacuations organisées fin 2013 et début 2014, aidant des milliers de musulmans à trouver refuge, y compris au Cameroun. Le  27 avril  2014,   des   organismes   des   Nations   Unies   ont   participé   à   l’évacuation   de  1 300 musulmans du quartier PK 12 à Bangui, sous la protection des soldats de maintien de la paix de l’Union africaine. A mi-chemin, durant le voyage de trois jours vers le nord du pays, des éléments anti-Balaka ont attaqué le convoi, tué deux musulmans et fait plusieurs blessés. Les autorités de la République centrafricaine ont réagi vivement à cet incident, soulignant ne pas avoir approuvé l’évacuation. A partir de ce moment, les autorités centrafricaines se sont opposées à  toute évacuation de citoyens centrafricains vers les pays limitrophes sous l’égide d’organisations internationales, faisant valoir qu’elles ne voulaient plus de départ de musulmans du pays de peur d’être perçues comme favorisant une opération de nettoyage ethnique. Par la suite, dans certains cas comme à Yaloké, les soldats du maintien de la paix des Nations Unies et de l’Union africaine ont empêché par la force des musulmans de fuir leurs enclaves. Le 1er avril 2015, le Secrétaire général des Nations Unies a déclaré que les actions des autorités pour empêcher les relocalisations constituaient des violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire, des principes juridiquement contraignants relatifs au déplacement interne et du droit centrafricain.

Bien que dans les mois qui ont suivi, la situation dans certains quartiers de Bangui s’est améliorée, les communautés musulmanes qui n’avaient pas fui, sont cependant restées largement confinées dans des enclaves, essentiellement dans le quartier PK5, un quartier a toujours été habité par des musulmans. Encerclés par des éléments anti-Balaka, ceux-ci ont  été régulièrement attaqués par les anti-Balaka à l’arme à feu et à la grenade. Les anti-Balaka ont également bloqué tout accès aux denrées alimentaires et aux fournitures médicales.

Dans le reste du pays, la situation sécuritaire générale est restée très précaire. Les violations graves, répandues et systématiques du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire international se sont poursuivies sans répit et à grande échelle, dans un climat d’impunité totale. Ces violations comprenaient des déplacements forcés de populations civiles, des violations du droit à la vie, à la liberté de circulation, à la sécurité et à l’intégrité physique, des traitements cruels, inhumains et dégradants, le recrutement et l’utilisation d’enfants comme combattants, des attaques visant des établissements scolaires et hospitaliers, des enlèvements et le refus d’accès à l’aide humanitaire, ainsi que la destruction de biens. Le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République centrafricaine a établi que 3 003 civils avaient été tués par diverses factions entre décembre 2013 et octobre 2014.

Tous les belligérants ont commis des violences sexuelles et basées sur le genre à l’encontre de femmes et de filles, voire d’hommes et de garçons, qu’il s’agisse de viols, de viols collectifs, de mariages forcés ou d’esclavage sexuel. Le Groupe d’experts sur la République centrafricaine a recensé, parmi les victimes d’agressions sexuelles commises entre décembre 2013 et juillet 2014, 651 femmes, 107 filles de moins de 16 ans, cinq hommes et quatre garçons. En outre, des personnes accusées de pratiquer la sorcellerie – essentiellement des femmes et des filles –ont été exécutées ou victimes de traitements cruels, inhumains ou dégradants, en toute impunité.

Soucieuses de trouver un consensus national pour endiguer la violence, les autorités gouvernementales, soutenues par la communauté internationale, ont organisé le Forum national de Bangui sur la réconciliation nationale, qui s’est tenu du 4 au 11 mai 2015. L’événement a rassemblé environ 600 représentants de la sphère politique et d’organisations de la société civile, dont environ 120 femmes. Parmi les thèmes abordés figuraient ceux de la paix et la sécurité, la gouvernance, la justice et la réconciliation, de même que le développement social et économique. À l’approche de la clôture des travaux du Forum de Bangui,  le  10 mai,  neuf  groupes  armés  ont  signé  un  accord  portant  sur  les  principes de désarmement, de démobilisation, de réintégration et de rapatriement (DDRR) des combattants.

Le Forum de Bangui n’a toutefois pas réussi à réinstaurer la paix. Au contraire, les mois de septembre et d’octobre 2015 ont été le théâtre de regains de violence – en particulier  à  Bangui et à Bambari. Le meurtre d’un musulman le 26 septembre a donné lieu à des affrontements intercommunautaires entre des éléments des groupes armés anti-Balaka et ex- Séléka. En dépit de cette nouvelle flambée de violence, un referendum constitutionnel a été organisé le 13 décembre, tandis que des élections législatives et présidentielles se sont tenues en décembre 2015, ainsi qu’en février et en mars 2016.

( Suite au prochain numéro)

MINUSCA

 

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