LA RCA ET LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES :

Jeudi 06 Avril 2017 : 09H09

LA RCA ET LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES : NECESSITE IMPERIEUSE DE SUPPRIMER L’EXPLOITATION FORESTIERE

MarocLa température a augmenté de 4 degrés Celsius. La chaleur est caniculaire en Centrafrique. Les autorités centrafricaines étaient présentes à la COP 22 à Marrakech au Maroc. Même si les autorités centrafricaines sont dans des maisons climatisées, des voitures climatisées, des bureaux climatisés, il n’en demeure pas qu’ils resteront éternellement dans ce cercle. Le sort de 5 millions de Centrafricains qui suffoquent sous l’effet de la chaleur, est d’autant plus préoccupant. La RCA abrite une portion du massif forestier de l’Afrique Centrale. C’est le poumon gauche de la planète après l’Amazonie au Brésil. Non seulement le bois est exporté sous forme de grume et que la RCA perd la valeur ajoutée, mais cette exportation n’a pas d’impact réel sur les finances publiques.

A la COP 22, nous avons entendu les autorités centrafricaines mettre en avant la politique du reboisement. C’est une bonne chose. Faut-il reboiser et déboiser en même temps ? N’est-ce pas un cercle vicieux ? Un cercle infernal ? De Marrakech à Casablanca, de Fez à Agadir, enfin Dakhla au Maroc, il y a un vaste désert à perte de vue que nos frères marocains, à grand coup de la sueur, tentent de dompter pour y tirer leur substance. A Dakhla et à certains endroits, on peut parler de « terre morte » et pourtant, on y construit, il y a l’eau au robinet en plein désert en permanence, l’électricité à volonté. Les touffes d’herbes qui subsistent donnent l’impression d’être tristes. Les autorités centrafricaines ont vu le vrai désert, aride comme la tête d’un chauve, une étendue de sable, avec des dunes à perte de vue. La décision aurait été automatique d’arrêter l’exploitation forestière, de s’orienter vers une autre chose.

La forêt dense que la RCA abrite est un véritable terrain de recherche scientifique, de la pharmacopée, réservoir de la faune. Le recul de la forêt est perceptible depuis Bangui jusqu’à Bossongo. Ce recul est terrifiant et nous sommes surpris que les autorités centrafricaines n’y prêtent guère toute l’attention voulue. Le bois centrafricain par surface et non à l’unité, ce qui constitue un bradage pur et simple. La RCA perd des ressources vitales qui sont vendues à vil prix. Pire encore, les sociétés forestières ne respectent nullement leur cahier des charges. Nous assistons à une exploitation criminelle, seuls les énormes bénéfices comptent. C’est une exploitation sauvage, incontrôlée, pure destruction de la forêt, un patrimoine universel. Les grumiers détruisent nos routes par leurs poids. Les méfaits de l’exploitation forestière sont énormes. Et si la faune qui y vit, dépose plainte contre les autorités centrafricaines, pour destruction de leur habitation, notamment l’environnement des pygmées. Sur une plage à Dakhla au Maroc, une pancarte porte cette inscription : « Moi, crabe, je suis ici, ne marchez pas sur mon toit ». Les crabes vivent dans de petits trous creusés dans le sable.

La RCA a une belle opportunité à travers le « FONDS VERT », de l’argent liquide qui va compenser la suppression de l’exploitation forestière. La RCA va vendre l’oxygène produit par l’industrie que constitue la forêt à l’humanité toute entière. La RCA aura de l’argent frais pour investir dans d’autres secteurs, notamment les écoles, les hôpitaux, l’agriculture, l’énergie et l’eau potable. Si la RCA n’arrête pas l’exploitation forestière, l’érosion accrue est une autre facette de la même médaille, contribuant à l’appauvrissement des sols. La Savane avance à grands pas et après elle, c’est le désert qui s’installe. Qui peut accepter de voir le désert s’installer dans son pays ? De Casablanca, en passant par la Libye, la Tunisie, l’Algérie et l’Egypte, c’est à peine qu’on pouvait croire que des êtres humains vivent dans ces contrées si arides, si sombres, si hostiles à toute vie humaine. C’est le désert du Sahara et il faut le survoler en avion pour s’en rendre compte. Le désert est une agressivité silencieuse et passive de la nature contre l’existence humaine. C’est de la terre véritablement morte, stérile et 06 hectares de terre cultivable sont dévorés par le désert chaque année. Le quotidien Centrafric Matin donne l’alerte pour que les autorités centrafricaines se réveillent de leur sommeil suicidaire, pour ne pas jouer aux pompiers après l’incendie.

Nous n’avons pas encore vu Birao, mais nous estimons que le désert dit déjà bonjour aux Centrafricains. N’oublions pas que la déforestation de la RCA a un impact sur l’eau. La RCA est un réservoir d’eau et à l’allure où va la déforestation, nous allons subir le même sort que le Lac Tchad. Les pays qui vivent avec le désert ont des défis énormes à relever : l’eau, la terre, l’aménagement du sol, la sécheresse accrue, la chaleur. Il pleut pratiquement une ou deux fois dans l’année, ce qui accélère la dégradation du sol d’un côté et de l’autre, l’érosion monstrueuse. Il faut s’attendre dans les prochaines décennies à la guerre des terres et ensuite de l’eau. Des îles et des îlots habités vont disparaître sous la mer et les océans. Où iront les populations ? Il va falloir les relocaliser quelque part sur la terre ferme ou leur construire des bateaux-maisons. Le MAROC VERT est une stratégie politique qui prend en compte tous ces différents défis : l’eau, la terre, la sécheresse, les exploitations agricoles, l’aménagement du sol, l’assurance et réassurance agricoles aux paysans, les financements agricoles, afin de parer aux effets pervers du changement climatique. Les autorités centrafricaines doivent impérativement s’imprégner de l’expérience, du savoir-faire marocain, à travers la stratégie du « MAROC VERT ». Préservons par tous les moyens, notre massif forestier, c’est une industrie multiservice pour les générations futures et l’humanité entière.

 

Julien BELA

 

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