LA COUR PENALE SPECIALE A DU PAIN ..

Mercredi 12.07.2017 : 10H35

LA  COUR PENALE SPECIALE A DU PAIN SUR LA PLANCHE : QUI PROCEDERA A L’ARRESTATION DES AUTEURS DE LA CRISE ?

Les juges de la Cour Pénale Spéciale (CPS), une fois nommés, doivent obligatoirement prêter serment pour rendre définitivement  opérationnelle la Cour. C’est désormais chose faite. Les magistrats de la CPS ont prêté serment il y a de cela quelques semaines. Nous osons croire que les auteurs des plus graves violations du droit international humanitaire et des Droits de l’Homme vont bientôt répondre de leurs actes criminels devant la justice. Malheureusement, tel ne semble pas être le cas au regard de la situation que nous traversons.

Les Nations-Unies viennent de rendre public le premier rapport sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en République Centrafricaine pendant la période de 2003 à 2015. Qu’à cela ne tienne, l’ONG américaine de Défense des Droits de l’Homme, Human Right Watch vient de publier un rapport  important sur le Centrafrique concernant les crimes commis par les groupes armés entre 2014 et avril de cette année. Ces deux (02) rapports bien détaillés peuvent valablement permettre aux juges de la CPS de déclencher la procédure pénale proprement dite contre les présumés auteurs des exactions commises sur la population civile centrafricaine. Au cas où le procureur de la CPS estimerait que des charges sont suffisantes et susceptibles d’engager des poursuites judiciaires, qui procédera finalement à l’arrestation des présumés auteurs ? C’est la question cruciale que pose le centrafricain lambda de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud.

L’Etat centrafricain est privé de son instrument de souveraineté, notamment son armée nationale depuis le renversement du pouvoir de Bangui par l’ex-coalition Séléka le 24 mars 2013. La police, la gendarmerie et les Forces Armées Centrafricaines (FACA) n’existent que de nom. L’embargo, cette demande exigée par les autorités de la transition, est devenu depuis lors l’épée de Damoclès, suspendue sur la tête des forces de sécurité intérieure. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, avec la complicité de la France a taillé sur mesure les différentes résolutions selon son bon vouloir, en verrouillant l’opérationnalisation et le redéploiement de l’armée nationale. Le conseil de sécurité ne fait que pondre des résolutions sans tenir compte des réalités sur le terrain.

Selon les responsables de l’ONU, « la Minusca dispose d’un mandat robuste, conformément à la résolution 2301 du conseil de sécurité ». Cela signifie que la Minusca peut valablement utiliser la force contre les groupes armés récalcitrants afin de mettre un terme à la souffrance de la population civile. Force est malheureusement de constater  que ce « mandat robuste » est une formule fabriquée de toutes pièces pour endormir la conscience du peuple centrafricain.

De Bria à Zémio, en passant par Bangassou, Mobaye, Zangba, des têtes tombent et continuent de tomber en présence des casques bleus toujours omniprésents sur les lieux du drame. Où est donc passé le « mandat robuste » de la Minusca ? La ville de Damara a servi de « pièce de théâtre » avec la démonstration aérienne entre la Sangaris et les casques bleus, prouvant la « montée en puissance » de la Minusca. Mais tout compte fait, cela ne transparaît nulle part dans le vécu des Centrafricains.

Des voix se lèvent partout, exigeant l’arrestation immédiate et sans condition des auteurs de crimes commis sur la population. Mais le seul prétexte est que « la Minusca est une force d’interposition et non  combattante ». Pourquoi les Nations Unies bloquent la réhabilitation des FACA et disent en même temps que la Minusca n’est pas une force combattante ? « Il n’y a pas une solution militaire à la crise. Je dirais qu’il y a une solution judiciaire », a déclaré en substance l’ambassadeur de France Christian Bader, lors de la cérémonie de clôture de l’atelier de formation des journalistes et attachés de presse qui s’est déroulé du 04 au 07 juillet à l’Alliance Française de Bangui. Tout le monde est d’accord sur ce point. La Cour Pénale Spéciale est déjà là et se met en place progressivement. Mais les partisans de l’amnistie sont nombreux et tirent les ficelles de tout côté pour obtenir ce qu’ils veulent. Ils ne faiblissent pas dans les tueries, les massacres et autres exactions sur la population civile dans l’arrière-pays. Dans ce cas de figure, faut-il les laisser faire en continuant de massacrer la population ? Les groupes armés se croient tout permis et au dessus de la loi, parce qu’ils disposent d’une armada impressionnante de guerre qui leur permet d’agir comme bon leur semble et d’imposer toujours leur volonté à qui veut les entendre. Et tant qu’ils ne sont pas inquiétés, ils vont continuer leur sale boulot au su et au vu de tout le monde, y compris la communauté internationale.

Autant d’exemples sont là pour nous édifier. Dialogues sur dialogues, foras sur foras, accords sur accords pour la cessation immédiate des hostilités. Où en sommes-nous avec tout cela ? Récemment à Rome, les représentants des treize (13) groupes armés ont signé l’accord de Sant’ Egidio pour le cessez-le-feu immédiat. Qu’en est-il du respect de cet engagement ? A l’allure où vont les choses, la souffrance du peuple centrafricain est loin de voir le bout du tunnel. Le gouvernement, ne disposant pas de son armée nationale, assiste sans réagir aux massacres des groupes armés. La Minusca de son côté, se réclamant d’une force d’interposition et non combattante,  croise les bras et observe les crimes horribles. Qui pourrait procéder un jour à l’arrestation des auteurs de crimes pour mettre un terme à la souffrance de la population ? La Cour Pénale Spéciale a vraiment du pain sur la planche.

 

Bénistant MBALLA

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