FRANçOIS BOZIZE, SOUTENU PAR L’ARMEE TCHADIENNE...

Lundi 03.07.2017 : 09H25

FRANçOIS BOZIZE, SOUTENU PAR L’ARMEE TCHADIENNE A ACCOUCHE LA SELEKA EN 2002 QUI DEVIENT SON PROPRE ENNEMI ET  LE CHASSE DU POUVOIR EN 2013

Général d’armée à l’époque, François Bozizé s’est rebellé contre le régime de feu président Ange Félix Patassé. Il a pris ses jambes au coup avec quelques éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) pour se réfugier au Tchad. Durant leur passage, il a recruté de jeunes centrafricains sans emploi qui étaient devenus automatiquement des combattants rebelles. Il a repris le même scénario au Tchad en enrôlant d’anciens combattants et certains jeunes désœuvrés, en échange de promesses d’importantes récompenses financières individuelles. Le général Bozizé et ses alliés appelaient ces combattants « libérateurs » ou « patriotes ». Selon le rapport d’enquêtes de l’ONU, ce terme « libérateurs » était utilisé pour se référer aux soldats et mercenaires qui ont aidé Bozizé dans sa rébellion.

Le Tchad s’est fortement impliqué dans la rébellion de Bozizé. Le rapport d’enquêtes de l’ONU a précisé que le gouvernement Tchadien a également fourni un appui logistique, notamment des uniformes, des armes, des munitions et véhicules aux rebelles de Bozizé. Avant de s’emparer du pouvoir de Bangui le 15 mars 2003, les rebelles de Bozizé ont pris le contrôle des régions du Centre et du Nord-Ouest comme Markounda, Ouham, Kemo, Nana-Gribizi, voire Ombélla-Mpoko et commettaient des exactions (tueries, viols, pillages à grande échelle…). Le 16 avril 2003, c’est-à dire un (01) mois, après avoir renversé le président Patassé du pouvoir, le gouvernement Tchadien a déployé des soldats à Bangui pour soutenir Bozizé. Bien que ces « libérateurs » soient connus pour avoir commis de nombreuses exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des actes de tortures et des viols sur un très grand nombre de civils, certains d’entre eux, parmi lesquels des soldats tchadiens ont intégré les forces de sécurité nationales, notamment les Forces Armées Centrafricaines (FACA). L’impunité était généralisée au sein des forces de sécurité et particulièrement parmi les gardes présidentiels et plusieurs anciens rebelles, devenus lieutenants.

Ceux qui n’ont pas intégré les forces de sécurité ne furent pas correctement démobilisés. En Avril 2004, Bozizé leur fit verser un paiement en espèce avant de les faire escorter de Bangui à la frontière Centrafricano-Tchadienne où ils commirent des exactions sur la population civile. C’est à partir de cette période que l’inaptitude de Bozizé à contrôler les « ex-libérateurs » s’est traduite par une dégradation de la sécurité dans tout le pays. Des groupes rebelles commençaient à voir le jour dans certaines régions du pays, notamment au Nord et au Sud, créant le climat de la psychose au sein de la population civile. Le climat sécuritaire du pays s’est empiré avec la naissance du mouvement de la coalition Séléka dans la région de Ndélé. Ce mouvement de la Séléka était constitué d’anciens combattants rebelles Tchadiens qui ont soutenu le président Bozizé à renverser le régime de feu Ange-Félix Patassé, le 15 mars 2003.

A partir du 10 Décembre 2012, date à laquelle la  coalition Séléka est entrée en action, le pays était devenu de plus en plus ingouvernable. Les ex combattants Séléka déclenchaient les hostilités en occupant plusieurs préfectures du pays, mettant les forces loyalistes en débandade. Voyant que le danger était imminent, les forces de la MISCA ont tracé une « ligne rouge » à Damara, ville située à 75 kilomètres de la capitale Bangui pour empêcher l’avancée des rebelles. Pour sauver le fauteuil de Bozizé, une rencontre a été organisée par les chefs d’Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) à Libreville au Gabon, avec la participation du pouvoir, de l’opposition démocratique et des représentants des ex Séléka. Un accord a été signé à la fin entre les parties prenantes pour garantir la paix. De retour au pays, Bozizé voulait rouler les chefs d’Etats de la CEEAC dans la farine, en comptant sur le soutien du président Tchadien Idriss Deby pour le sauver de la situation. Immédiatement, la « ligne rouge » était devenue « ligne verte », permettant à la coalition Séléka, soutenue par un renfort de militaires Tchadiens, de rentrer à Bangui le 24 mars 2013 et chasser François Bozizé du pouvoir.

Michel Djotodia s’est autoproclamé président de la République, mais n’arrivait pas à contrôler tous ces éléments. Les mercenaires Tchadiens, Soudanais, Nigériens régnaient en maître absolu, en pillant, tuant, incendiant comme bon leur semble. Chacun faisait à sa tête. D’où, la contre offensive des milices Anti-Balaka le 05 Décembre 2013, conduisant progressivement toute la nation dans la barbarie du jamais vue et connue.

Toujours, selon le rapport d’enquêtes de l’ONU, Bozizé a fait des promesses d’importantes récompenses financières individuelles aux anciens combattants et jeunes désœuvrés Tchadiens recrutés. Mais après avoir conquis le pouvoir, il n’a pas respecté ses engagements. Ce sont ces « ex libérateurs » Tchadiens de Bozizé qui étaient revenus le chasser du pouvoir, parce qu’ils se disaient être marginalisés. Aujourd’hui, ils sont entrain de se récompenser eux-mêmes en pillant et exploitant frauduleusement les ressources naturelles du pays. C’est le cas de Nourredine Adam, Abdoulaye Hissen, Mahamat Alkhatim, Ali Darassa, et la liste est non exhaustive.

L’ex coalition Séléka n’est pas le fruit du hasard. C’est François Bozizé qui a accouché cette rébellion depuis fort longtemps. De feu président fondateur Barthélémy Boganda au régime du défunt président André Kolingba, la RCA disposait d’une armée nationale, républicaine et capable de défendre le peuple et les institutions de la République. Mais les deux (02) derniers régimes, ceux de Patassé et Bozizé étaient à l’origine de la destruction de notre armée. Le clanisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme…sont les maux qui ont ruiné l’armée centrafricaine. Pire encore, François Bozizé et ses fils clamaient haut et fort qu’ils étaient des officiers. Hélas, des drôles d’officiers qui ne comptaient que sur les militaires des autres pays pour les protéger. L’armée centrafricaine a été trahie par Bozizé et ses fils qui avaient recruté des mercenaires étrangers au sein de nos forces de sécurité nationale. Ces mercenaires étrangers sont devenus aujourd’hui forts, parce qu’ils avaient maitrisent le terrain depuis fort longtemps. Pourquoi Bozizé a-t-il créé encore une autre rébellion (le mouvement Anti-Balaka) pour détruire la Séléka qu’il a lui-même accouchée ?

Nous y reviendrons dans nos prochaines parutions.

Bénistant MBALLA

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