CPI : L’ERREUR DU PASSE A CORRIGER

Jeudi 22.11.2018 : 10H15

CPI : L’ERREUR DU PASSE A CORRIGER

Cpi 1La libération de Jean Pierre Bemba Gombo par la Cour Pénale Internationale (CPI), continue jusqu’au jour d’aujourd’hui de faire couler d’encres et de salives au sein des populations centrafricaines, notamment les victimes des exactions commises par ces troupes entre 2001-2003 sur le territoire de la RCA. C’est la véritable  erreur du passé que les juges de la CPI doivent corriger pour redonner confiance à cette haute juridiction chargée de lutter contre l’impunité dans les Etats signataires de l’accord de Rome, créant et définissant les modalités de fonctionnement de cette Cour.

 Le transfert de Yékatom Alfred alias Rambo à la CPI  ne  rassure pas les victimes des exactions commises par ce dernier. « Je suis pessimiste  pour le transfert de Yékatom Alfred alias Rambo à la Cour Pénale Internationale. Il se pourrait que le même scénario de la libération de Jean Pierre Bemba Gombo puisse bel et bien se reproduire avec Rambo », a déploré Brigitte, une victime des exactions commises par Yékatom sur son fils qui était décidé en 2015.

Même si la CPI se mobilise pour  un fonds d’indemnisation au profit des victimes de Jean Pierre Bemba Gombo, cela ne les rassure plus. « La  meilleure solution est qu’il reste en prison et purge sa peine. Cela va nous soulager. Malheureusement, nous sommes frustrés du fait que Bemba a été libéré par la CPI. Et ça nous fait très mal quand nous nous souvenons des actes que ces éléments ont posés », a regretté une victime des éléments de Bemba en 2002 dans la ville de Boali.

En juin 2015, une loi organique a été créée par les autorités de transition, mettant en place la Cour Pénale Spéciale (CPS), une juridiction centrafricaine mixte, composée de juges nationaux et internationaux et chargée de poursuivre trois (3) catégories de crimes : crimes de guerre, crimes de génocide et crimes contre l’humanité. La CPS travaillera en synergie avec la CPI et les juridictions de droit commun. Et selon la règle de jeu, la CPI a primauté sur la CPS et la CPS prime également sur les juridictions de droit commun. C’est dire que la CPS peut se dessaisir au profit de la CPI et vice-versa. Il en est de même de la CPS avec les juridictions de droit commun, voire la CPI.

Pour ce faire, certains auteurs, co-auteurs ou complices des plus graves violations des Droits de l’Homme et du droit international humanitaire, commises sur le territoire de la RCA depuis la date du 1er janvier 2003, se verront être poursuivis devant la CPI pour être jugés. C’est dans ce contexte bien précis que Yekatom Alfred alias Rambo, un élément des Forces Armées Centrafricaines, chef de la Milice Anti-Balaka et député de la nation, arrêté le 29 octobre dernier, après avoir tiré en l’air et pointé un de ces collègues députés au cours de l’élection du nouveau président de l’Assemblée Nationale, fut par la suite transféré au siège de la CPI à La Haye au Pays-Bas, afin d’être jugé.

Selon des sources indépendantes, Yekatom Alfred est poursuivi devant la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais l’inquiétude des victimes de ce chef des milices Anti-Balaka, transféré à la CPI pour être jugé reste grande. « L’expérience de Jean Pierre Bemba Gombo, libéré par la CPI, démontre aujourd’hui que cette Cour  n’est plus crédible. J’aurais aimé à ce qu’il soit jugé par la CPS. Comme ça, nous pouvons mieux contrôler le reste des choses », a souhaité un avocat, représentant des victimes de la crise centrafricaine.

Il faut rappeler que la Cour pénale spéciale est désormais opérationnelle. Et ce, depuis le 22 octobre 2018, date à laquelle avait eu lieu la session inaugurale de ladite Cour. Mais en attendant le déroulement du procès de la CPS, la Cour Criminelle a jugé certains éléments des Séléka et milices Anti-Balaka, auteurs ou complices des graves crimes commis dans le pays. Autant dire que le rouleau compresseur de la justice (CPI, CPS et les juridictions de droit commun) est en marche pour traquer, arrêter, juger et condamner les auteurs, co-auteurs et complices de la souffrance du peuple centrafricain.

La CPI doit désormais faire preuve d’une justice véritablement  indépendante qui doit dire le droit, rien que le droit dans l’affaire Yekatom Alfred a

lias Rambo pour soulager ces nombreuses victimes qui souffrent.

 

Amedé NGUETE

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