VOLS DE BETAIL, CONVOITISE ET PREDATION DES R...

Jeudi 22.08.2019 / 09H45

VOLS DE BETAIL, CONVOITISE ET PREDATION DES RESSOURCES NATURELLES, RECHERCHE DES POSTES DE RESPONSABILITE : CAUSES DE LA PERSISTANCE DE LA CRISE

La crise centrafricaine, enclenchée par la coalition Séléka en décembre 2012 pour la marginalisation de la région Nord, a ouvert le boulevard aux voleurs, aux prédateurs des ressources naturelles, aux profito-situationnistes de tout bord. Chacun cherche son intérêt personnel au détriment de l’intérêt général. Ce qui fait que la crise perdure.

Vols de bétail

Les vols de bétail sont érigés en mode d’enrichissement rapide tant par les Séléka que les Anti-Balaka, ainsi que certains jeunes armés. Presque sur toute l’étendue du territoire national, cette pratique est devenue monnaie courante.

Au tout début de la crise, ce sont les Séléka qui se sont lancés dans le vol des bœufs des éleveurs, prétextant qu’ils les protègent. Ce ne sont pas Ali Daras, Mahamat Alkhatim, Bi Souleymane alias Sidiki, qui nous démentiront. De la préfecture de la Basse-Kotto à l’Ouham-Péndé en passant par la Ouaka, la Haute-Kotto, la Nana-Gribizi, l’Ouham…, ces combattants Séléka ont dépouillé les éleveurs centrafricains de tous leurs troupeaux de bœufs, afin de les vendre pour s’acheter des armes et munitions.

L’avènement des Anti-Balaka en décembre 2013 a envenimé la situation. Les quelques rares peuhls éleveurs qui tentaient de fuir avec les rescapés de leurs bœufs ont été  attaqué par les Anti-Balaka. Ces derniers n’ont pas hésité un seul instant à les dépouiller de tout, sauf rien. Certains ont été assassinés ; d’autres ont pris leurs jambes au cou pour se refugier dans les pays limitrophes de la RCA. Avec l’accalmie qui prévaut sur l’ensemble du pays, bon nombre d’entre eux sont revenus au bercail. Mais ils sont constamment pris à partie par des hommes armés assimilés aux Anti-Balaka et aux Séléka. Leurs bœufs sont volés à longueur de journée.

Face à ce vol de bétail, les éleveurs peuhls armés s’organisent et s’en prennent aux populations civiles dans certains villages, tout en incendiant les maisons en représailles au vol de leurs bœufs. Le massacre dans les villages Lémouna, Koundjili, Djomdjom et Bohong est la parfaite illustration, à en croire les peuhls armés de Sidiki Abass. La semaine dernière, des jeunes armés en provenance de Gambo ont attaqué la commune d’élevage de Pombolo dans le seul but de voler des bœufs. Comment voulez-vous que la crise s’estompe ?

Convoitise et prédation des ressources naturelles du pays        

Tellement que la RCA est riche en ressources naturelles, minières, elle est convoitée par certaines puissances de ce monde qui ne cherchent qu’à piller les diamants, or, et tant d’autres ressources. Ces puissances activent le feu, manipulent les groupes armés à s’en prendre aux paisibles civils. Pendant ce temps, nos richesses, exploitées illégalement, prennent le chemin des pays européens, asiatiques, américains, et nous en passons.

Les Séléka et Anti-Balaka, véritables prédateurs de ces ressources naturelles et minières, occupent les régions du pays les unes après les autres. N’oubliez pas surtout que ces localités contrôlées sont riches en ressources naturelles et minières. Profitant de la non présence des autorités déconcentrées de l’Etat dans ces villes occupées, ils les exploitent à outrance. Diamants, ors, ivoires, bois, sont exportés frauduleusement par ces hommes en armes vers d’autres pays. L’argent découlant des ventes de ces produits leur permet de se doter en armes et munitions. Se croyant forts aujourd’hui, ils ne veulent déposer les armes, de peur de perdre le contrôle de ces richesses. Dans ce cas de piètre figure, la crise centrafricaine n’est-elle pas loin de voir le bout du tunnel ?

Recherche des postes de responsabilité

De la coalition Séléka de Michel Djotodia qui a renversé le général président François Bozizé Yangouvonda, nous en sommes aujourd’hui à plus de dix (10) branches dissidentes. Il en est de même des Anti-Balaka de Patrice Edouard Ngaïssona qui se trouve à la Cour Pénale Internationale (CPI) à La Haye au Pays-Bas. Et tous les leaders des différents groupes armés qui pullulent en Centrafrique n’ont qu’un seul objectif : être nommés à des postes de responsabilité.

Vous êtes sans ignorer que bon nombre de ces leaders siègent au gouvernement Ngrébada. D’autres sont nommés à la Primature, à la Présidence de la République et dans certaines institutions étatiques comme conseillers spéciaux, conseillers, chargés de mission, et que savons-nous encore. Heureux d’être hissés sur la lune, le calme revient peu à peu en Centrafrique. Ils roulent maintenant des voitures luxueuses et sont logés dans des villas ou hôtels. Les mécontents, c’est-à-dire, ceux qui n’ont pas bénéficié des retombées de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR) en RCA, s’organisent à l’heure actuelle pour former des alliances afin de réclamer leur part du gâteau. Le ministre de Modernisation de l’Administration et de l’Innovation du Service Public, sieur Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine qui a refusé de prendre son poste, est parmi ceux-là dans la Vakaga, précisément à Am-Dafock.

Donc, sans nous voiler la face, voilà les causes profondes de la persistance de la crise en République Centrafricaine. Si les autorités centrafricaines, la communauté internationale qui soutient mordicus l’APPR, parviennent à mettre fin aux vols de bétail, à la convoitise et prédation des ressources du pays et à la création des groupes armés dans le but de trouver des postes de responsabilité dans l’administration centrafricaine, la crise prendra fin d’un moment à l’autre. Car, en laissant libre cours à ces malfrats, ces criminels, ces hors-la-loi, ces bandits de grand chemin, ils pensent détenir le titre foncier de la RCA tout en faisant perdurer la crise.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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