UNE TENTATIVE D’ARRESTATION D’UN CHEF

Ven. 22 Sept. 2017 : 09H51

UNE TENTATIVE D’ARRESTATION D’UN CHEF ANTI-BALAKA A BOUAR PAR LES FACA TOURNE AUX AFFRONTEMENTS 

Anti balaka 7La crise centrafricaine enclenchée par l’ex-coalition Séléka n’a-t-elle pas pris une autre tournure ? Il ne fait aucun doute. De la crise politique, on est passé à la crise confessionnelle, ethnique, et que savons-nous encore. Depuis plusieurs mois, des affrontements intergroupes armés sont devenus monnaie courante en République centrafricaine. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, certains groupes armés se regardent en chiens de faïence. Les branches dissidentes de l’ex-Séléka ne sont plus sur la même longueur d’ondes. A Bria, Ippy, Balaka, Bamabari, Alindao, pour ne citer que ces quelques villes, des affrontements très meurtriers ont opposé le FPRC à l’UPC et autres. Dans certaines régions du pays, ce sont les Séléka et les Anti-Balaka (autodéfenses) qui se livrent à une guerre sans merci. Tous ces heurts, ces combats fratricides n’ont qu’un seul objectif : contrôler les zones minières et diamantifères de la RCA pour exploiter frauduleusement les richesses du sous-sol et se payer des armes.

A Bouar, chef-lieu de la préfecture de la Nana-Mambéré, c’est un autre son de cloche. Ce sont les éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) qui s’affrontent avec les Anti-Balaka. Une première depuis que la crise a été enclenchée par l’ex-coalition Séléka. D’après les habitants de cette ville, c’est la tentative d’arrestation d’un chef Anti-Balaka qui a mis le feu aux poudres. Dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 septembre 2017, nos compatriotes Anti-Balaka et les FACA se sont violemment affrontés. Malheureusement, à l’heure où nous mettons cet article sous presse, aucun bilan n’est encore disponible. Y a-t-il eu des pertes en vies humaines, des blessés dans les deux (2) camps ? Qui a pris le dessus ? Difficile de le savoir.

Nous savons pertinemment que ces affrontements ont été rudes. C’est la raison pour laquelle les ministres de la Défense Nationale, de l’Intérieur chargé de la Sécurité Publique et celui de l’Elevage et de la Santé Animale, respectivement Marie-Noëlle Koyara, général de Brigade Henri Wanzet Linguissara, Yérima Youssoufa Mandjo ont fait le déplacement de Bouar. C’est une bonne initiative. C’est ce que le peuple centrafricain attend des autorités du pays. Les ministres concernés doivent se rendre sur place pour s’enquérir de la situation et y apporter des solutions idoines et durables. Force est malheureusement de constater que les membres du gouvernement Sarandji 1 étaient cloués dans leur bureau. Pour eux, la RCA ne se résumait qu’à la ville de Bangui et ses environs immédiats. Ce qui se passait dans le reste du pays, ne le concernait nullement. Des groupes armés s’affrontent, les maisons sont incendiées, les édifices publics et privés détruits, les Centrafricains meurent comme des mouches, cette situation ne les émouvait pas.

Nous pensons aujourd’hui qu’après les descentes de ces ministres à Bouar, la situation sécuritaire tendue qui prévalait entre les FACA et les Anti-Balaka, redeviendra à la normale. Nos concitoyens à Bouar vont vaquer normalement à leurs occupations quotidiennes. Et le ministre de l’Intérieur chargé de la Sécurité Publique, général de brigade Henri Wanzet Linguissara n’est pas passé par quatre chemins pour dire clairement aux belligérants qu’ils sont des frères. Les FACA, la gendarmerie, la police sont basées à Bouar. En principe, ce sont les populations civiles qui doivent travailler main dans la main avec ces Forces de Défense et de Sécurité intérieure (FDS). Quand il y a quelque chose qui se passe dans l’ombre, il revient à ces Anti-Balaka qui sont des civils d’informer ces forces régulières. Le fait de s’attaquer aux FACA est un crime. Il est puni par la loi centrafricaine.

Donc, il est inadmissible et intolérable que les Anti-Balaka s’en prennent violemment aux FACA et vice versa. Aujourd’hui, la RCA est envahie par des mercenaires tchadiens, soudanais, nigériens, maliens, mauritaniens, la liste n’est pas exhaustive. Ce sont ces mercenaires de tout bord qui donnent du fil à retordre aux populations centrafricaines. Si les filles et fils de ce pays tiennent le même langage, adoptent des attitudes uniques face à ces envahisseurs, nous ne serions pas là. Nous aurions déjà tourné le dos à cette crise larvée qui perdure et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Sous d’autres cieux, des individus se mobilisent autour de leurs autorités légitimes pour bouter hors de leur territoire des hors-la-loi, des criminels, des assassins patentés. En Centrafrique, nous préférons nous nous entretuer, nous nous entredéchirer pour des intérêts égoïstes et partisans. Et en agissant ainsi, nous livrons notre pays et nos compatriotes aux mercenaires. Observez ce qui se déroule dans l’arrière-pays. C’est vraiment triste. Une bonne partie du territoire est sous la coupe réglée des mercenaires de tout bord, grâce à la complicité, à la main noire de certains compatriotes malintentionnés. Nous parlons ici des assoiffés de pouvoir, des profito-situationnistes qui agissent dans l’ombre pour faire perdurer la crise. Ce n’est pas bon. Nous détruisons notre pays sans le savoir. Et que sera l’avenir de nos enfants ?

Les affrontements qui ont eu lieu à Bouar entre les FACA et les Anti-Balaka ne sont-ils pas téléguidés par des mains invisibles ? Si tel en est le cas, nous demandons aux commanditaires de cesser ces pratiques honteuses qui ne les honorent pas. Peut-on demander au gouvernement de redéployer les éléments des FACA à l’intérieur du pays et en même temps s’en prendre à eux ? Ne sommes-nous pas entrain de nous ridiculiser devant la Communauté internationale ? Que cessent ces affrontements entre les FACA et les Anti-Balaka d’une part, et entre les groupes armés d’autre part, pour donner la chance à nos compatriotes de vivre en paix sur la terre de leurs ancêtres.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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