TENSIONS PERSISTANTES A BANGASSOU,

Mardi 01.08.2017 : 10H47

TENSIONS PERSISTANTES A BANGASSOU, BATANGAFO ET AUTRES,

CRISE HUMANITAIRE AIGUE : SITUATION DANGEREUSE DE LA RCA

Le regain de violences ne faiblit pas en RCA. Il s’accentue de jour en jour. Les jours passent et se ressemblent. Des tensions persistantes sont observées sur une bonne partie du territoire national. De Batangafo à Bangassou en passant par Zémio, Mobaye, Alindao, Mingala, pour ne citer que ces quelques villes, la situation sécuritaire qui y prévaut est très catastrophique. Quant aux conditions de vie des habitants, n’en parlons pas. La situation humanitaire se dégrade considérablement. Et l’on s’interroge en ces termes : la situation de la RCA n’est-elle pas dangereuse ?

Depuis le week-end dernier, des affrontements entre les combattants du MPC de Mahamat Alkhatim et les Anti-Balaka à Batangafo ont repris de plus belle. Ces affrontements sont intervenus à cause du vol d’un taxi-moto par les Séléka d’une part, et les Anti-Balaka d’autre part. Les deux (2) motos ayant été restituées par les deux (2) protagonistes, les combattants Anti-Balaka se sont permis le luxe de voler encore une moto des Séléka, ce qui a mis le feu aux poudres. Des combats d’une rare cruauté ont éclaté entre les deux (2) groupes armés qui se regardent depuis quelques temps en chiens de faïence. On dénombre deux (2) morts dans chaque camp. Des civils ont perdu leur vie dans ces heurts. Difficile de donner un bilan exact car dans la journée dominicale du 30 juillet 2017, les affrontements se sont poursuivis. D’après un témoin présent dans la ville, « nous avons pu enterrer quelques cadavres. Mais compte tenu de la reprise des combats entre ces belligérants, il nous est très difficile de poursuivre l’enterrement. Des corps sans vie jonchent le sol et sont à la merci des animaux. Des dizaines et des dizaines de maisons sont incendiées. De nombreux blessés sont enregistrés à l’hôpital de Batangafo.

Des Casques Bleus de la Minusca tentent de ramener la sécurité dans la localité. Certains habitants ont fui dans la brousse. D’autres ont regagné le site des déplacés et leurs conditions de vie se détériorent davantage ».

A Bangassou, la tension est encore vive et perceptible malgré le déploiement d’une force spéciale de la Minusca. La vie reprend timidement. Certains habitants de cette localité continuent toujours de traverser la rivière Mbomou pour se refugier en République Démocratique du Congo. Les uns ont trouvé refuge dans la brousse et ne sont guère épargnés par les maladies et les bêtes sauvages, surtout que Bangassou est une zone forestière. Les élèves des classes de CM2, de 3ème et de terminale s’impatientent et ne savent pas quand ils composeront les épreuves du concours d’entrée en 6ème, du CEF1, du BC et du baccalauréat. Les conditions sanitaires de la population de Bangassou ne sont plus aux beaux fixes. Les humanitaires qui s’occupaient d’eux, leurs locaux ont été pillés, vandalisés lors des derniers événements douloureux qui sont survenus dans la localité où les éléments d’autodéfense assimilés aux Anti-Balaka ont tué trois (3) Casques Bleus du contingent marocain.

Dans toute la préfecture de la Basse-Kotto, c’est le désarroi, les lamentations, les cris de détresse, les pleurs qui sont entendus. Les combattants de l’UPC qui ont été déportés avec leur chef Ali Daras dans cette partie du pays, sèment la terreur et la désolation au sein de la population civile. Certains jeunes qui se sont constitués en autodéfense pour protéger leurs villages contre les envahisseurs, c’est-à-dire les peuls de Ali Daras, donnent aussi du fil à retordre à leurs concitoyens. Des maisons continuent d’être brulées. Tout au long de l’axe Mobaye-Kongbo, des villageois ne sont plus visibles et presque toutes leurs maisons ont été détruites par les hommes de l’UPC. Ils se sont cachés dans la brousse et mènent une vie en dessous du seuil animal. D’autres continuent d’affluer vers la RDC.

S’agissant des autres régions du pays sous l’hégémonie des mercenaires tchadiens, soudanais, nigériens et autres, les zones diamantifères et aurifères sont pris pour cible. Ces mercenaires provoquent des tensions pour exploiter les richesses du pays à leur profit. Ils sont aujourd’hui les maîtres incontestables et incontestés des villes sous leurs bottes.

Et ceux qui paient le plus lourd tribut de cette crise sont les populations civiles. Elles n’ont pratiquement plus accès aux soins de santé. Les humanitaires qui leur portaient secours sont aussi attaqués par ces hors-la-loi, ces va-t-en guerre, ces malfrats, ces bandits de grand chemin. Tout porte à croire aujourd’hui que personne n’est mise à l’abri du danger. La crise a pris une autre tournure et la situation de la RCA est très dangereuse et catastrophique.

Il est temps pour les responsables onusiens et leurs poulains, ainsi que le gouvernement centrafricain de se jeter à l’eau pour sauver la RCA qui se noie à l’heure actuelle. Les leaders des partis politiques, de la société civile, sans oublier toute la population centrafricaine doivent aussi conjuguer leurs efforts pour sortir la RCA du fond de gouffre. La paix, c’est l’affaire de tous et non seulement des soldats de la paix et de l’Exécutif. Pour ce faire, la MINUSCA doit se mettre résolument au travail et non d’être toujours de connivence avec certains groupes armés, surtout les combattants Séléka de l’UPC, du MPC et du FPRC de Nourredine Adam et d’Abdoulaye Hissène. Le gouvernement doit aussi doter les militaires du BIT3 qui sont déjà formés et entrainés par l’EUTM car on nous fait comprendre aujourd’hui que rien ne s’oppose au réarmement des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Les yeux du peuple centrafricain sont désormais tournés vers la Minusca et le gouvernement.

Si le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix qui séjourne actuellement en Centrafrique a qualifié la situation de la RCA de très dangereuse, c’est qu’il y a anguille sous roche et que le pays va mal. Il faut agir vite pour décrisper la situation.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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