RAPPORT D’ENQUETES DE l’ONU :

Vendredi 21.07.2017 : 10H18

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu : Dernieres annees du regime de Bozize : conflits dans les prefectures de l’ouham, l’ouham-pende et la nana-gribizi

Préfecture de l’Ouham

A partir de 2009, le conflit dans la préfecture de l’Ouham s’intensifia, notamment en raison  de la présence de trois groupes armés qui ont commencé à s’affronter. Le triangle entre Markounda, Boguila et Paoua (préfectures de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé) et celui entre Kabo, Batangafo et Ouandago (préfectures de l’Ouham et de la Nana-Gribizi) étaient les bastions de l’APRD. Le FDPC, quant à lui, est resté actif dans son fief historique de Kabo, dans la préfecture de l’Ouham.

Vers 2008, un troisième mouvement de rébellion, le FPR, a rejoint le conflit dans cette même zone entre les préfectures de l’Ouham et de la Nana-Gribizi. La présence combinée de l’APRD, du FDPC et du FPR dans la même région eut pour effet de multiplier les attaques et les pillages d’acteurs humanitaires et d’engendrer des affrontements entre les rebelles centrafricains (APRD et FDPC) et tchadiens (FPR).

A la même période, à compter de 2009, les affrontements entre les éleveurs nomades armés  du Tchad et les milices et groupes rebelles centrafricains se sont poursuis, sans que l’État n’intervienne pour protéger la population. De nombreuses graves violations ont été commises dans ce contexte.

·  En février 2010, des rebelles de l’APRD ont tué 18 éleveurs nomades tchadiens, dont quatre mineurs, dans le village de Taley, près de Markounda.

·  Le 12 ou le 13 mars 2010, des rebelles de l’APRD ont abattu deux éleveurs nomades tchadiens lors de l’attaque d’un camp temporaire de bergers, près de Batangafo.

·  En représailles, entre le 14 et le 17 mars 2010, des éleveurs nomades tchadiens ont attaqué,  avec  l’aide  de  renforts,  les  habitants   de  Batangafo,  tuant   au   moins   17 personnes. De nombreuses autres ont été blessées et plusieurs villages entièrement brûlés, obligeant la population locale à s’enfuir. Les forces de sécurité centrafricaines ont été incapables de mettre fin à l’attaque et aux représailles.

D’autres incidents similaires ont eu lieu dans le courant de l’année 2010 et en 2011 dans les préfectures de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé. En juin 2010, des nomades tchadiens armés ont pillé et incendié des villages à Nana-Barya dans la préfecture de l’Ouham. En mai 2012, des meurtres ont été commis suite aux affrontements entre des éleveurs armés et les populations locales de Bongonon (Ouham) et de Bozoum (Ouham-Pendé). Les affrontements entre

groupes armés ont également fait de nombreuses victimes parmi la population civile comme en atteste l’exemple ci-après :

·  Le 26 décembre 2011, des rebelles du FDPC et du FPR se sont affrontés dans la  région  de  Kabo.  Deux   éléments   du   FPR   ont   été   tués.   En   représailles,   le  28 décembre 2011, plusieurs centaines d’éléments du FPR ont mené un raid sur la  ville de Kabo et ont attaqué des habitants au hasard. Un nombre indéterminé de civils ont perdu la vie et de nombreuses maisons ont été réduites en cendres. Les rebelles du FPR ont volé plusieurs centaines de têtes de bétail et d’autres biens aux habitants de la ville.

Les gouvernements centrafricain et tchadien ont initié un processus de cessation des hostilités armées en République centrafricaine et de rapatriement de plusieurs centaines de combattants tchadiens. Ce processus se clôtura par la signature d’un accord tripartite entre les deux gouvernements et le FPR en juin 2011. Le FPR ne respecta  cependant pas ses engagements, ce qui lui valut une  condamnation  du  Conseil  de  sécurité  des  Nations  Unies  en  décembre 2011 (Dans sa résolution 2031 du 21 décembre 2011 (S/RES/2031), le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est déclaré vivement préoccupé par le fait que le FPR « menace la paix et la sécurité dans le pays et la sous-région » et a condamné les violations des droits de l’homme commises par le FPR (préambule et par. 13).

En janvier 2012, les gouvernements centrafricain et tchadien convinrent alors de lancer une opération militaire conjointe pour déloger les éléments du FPR de leurs bases dans le nord de la République centrafricaine. Une opération militaire commune des armées tchadienne (ANT) et centrafricaine (FACA), répondant au nom de code Opération araignée, a ainsi été lancée du 23 janvier au 2 février 2012 en République centrafricaine. Plusieurs centaines de soldats d’infanterie tchadiens ont été déployés dans les préfectures de l’Ouham et de la Nana-Gribizi avec le renfort de l’armée de l’air tchadienne et la  collaboration des FACA. Des violations graves ont été commises durant cette opération.

·  Entre le 21 janvier et le 7 février 2012, les FACA ont tué au moins cinq civils à Bogama et Batangafo. D’autres ont vraisemblablement été abattus parce qu’ils portaient des turbans et étaient de ce fait suspectés d’appartenir au FPR (BINUCA, Rapport interne des missions d’établissements des faits concernant les viols et autres violations des droits de l’homme commises lors de l’opération militaire conjointe FACA-FANT contre le FRP, mars 2012).

·  Le 21 janvier 2012, à Batanfango, des éléments du FPR ont tenté de libérer de force des « épouses » du chef du FPR, Baba Laddé, qui avaient été arrêtées par la gendarmerie centrafricaine. Durant cette opération, des éléments du FPR ont enlevé sept femmes et un enfant. Pendant leurs dix jours de captivité, au moins trois d’entre elles, dont une âgée de 17 ans, ont été violées et forcées à travailler en tant que domestiques.

·  Le 28 janvier 2012, des soldats de l’ANT ont fait disparaître de force des personnes détenues à la gendarmerie de Kabo. Ils se sont introduits dans le centre de détention et ont capturé certains détenus, notamment un ancien rebelle du FPR qui, du fait de sa captivité, n’avait pas participé activement aux hostilités.

La présence de plusieurs groupes armés dans la zone de Kabo, de Batangafo et de Ouandago, dans le nord-ouest et le centre-nord de la République centrafricaine, a favorisé la prévalence des attaques contre les convois et le personnel humanitaires. Ces assauts, qui se sont poursuivis en octobre et novembre 2012, avaient souvent pour objectif le pillage des convois humanitaires ou la confiscation des véhicules des organisations humanitaires. Des cas de violences sexuelles et basées sur le genre commis par des éléments des groupes armés ont également été rapportés dans la région de Batangafo, dans la préfecture de l’Ouham.

 

Préfecture de l’Ouham-Pendé

A la suite du retrait de la Garde présidentielle du nord-ouest de la République centrafricaine à la mi-2007, et malgré la poursuite des négociations ayant conduit à la signature d’un Accord global de paix par l’APRD en juin 2008, l’activité des milices d’autodéfense communautaires armées s’est intensifiée dans la région. Une recrudescence des enrôlements, tant d’adultes que de mineurs, par ces milices a été noté à compter de 2008 (Rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés en République centrafricaine (S/2009/66), 3 février 2009. Voir également Département d’État des États-Unis, Country Reports on Human Rights Practices, 2009, qui note que ces comités d’autodéfense ont été créés pour combattre les groupes armés et bandits dans les régions où les FACA ou les gendarmes n’étaient pas présentes, jouant ainsi le rôle d’hommes de main du gouvernement).. Ce phénomène s’est poursuivi en 2009 et les années suivantes. Les milices d’autodéfense qui ont vu le jour à partir de 2009 étaient différentes des milices d’autodéfense communautaires qui s’étaient développées en 2005 pour combattre le grand banditisme dans la région après le coup d’État de Bozizé de 2003 et qui s’étaient alliées à l’APRD. Cette fois, elles étaient recrutées par les autorités locales et gouvernementales pour contrer l’APRD. L’implication de l’État dans la formation de ces  milices  joua un  rôle majeur,  puisqu’après  le renversement  du  Président  Bozizé  en mars 2013, nombre de ces milices ont été reconstituées pour former le noyau dur des anti- Balaka, qui ont lancé des attaques contre la Séléka et ont commis des pogroms meurtriers contre la population musulmane centrafricaine (OCHA/Humanitarian and Development Partnership Team, Bulletin 169, 10 au 24 mai 2011, qui rapporte qu’une mission conjointe des Nations Unies et d’ONG à Bavara, Bowe et Taley, dans la préfecture de l’Ouham- Pendé, a été informée le 13 mai 2011 de la création de ces milices, déjà connues à l’époque comme étant des anti-Balaka, depuis 2006 pour combattre les coupeurs de route et l’APRD).

À compter de la fin de l’année 2008, et encore plus à partir de 2009, le gouvernement centrafricain a soutenu la création des milices d’autodéfense communautaires, par l’intermédiaire des fonctionnaires des préfectures du nord-ouest (en particulier celle de l’Ouham-Pendé) et du gouvernement central, ce qui revint à armer la population civile. Dans la préfecture de l’Ouham-Pendé, le coordonnateur des milices a indiqué que ces groupes comptaient 2092 membres en 2009 – ce qui, dans certains villages, représentait 10 à 15 pour  cent de la population. L’implication de l’État dans la création de ces milices est avérée. Les autorités villageoises identifiaient les personnes aptes à rejoindre les milices et transmettaient leurs noms aux sous-préfets et à la police locale, voire aux Ministères de l’intérieur et de la défense à Bangui. De plus, dans l’Ouham-Pendé, l’adhésion à ces milices nécessitait l’autorisation du ministère de la Défense afin de séparer les mineurs de leurs rangs.

·  Fin 2008 et en 2009, les milices d’autodéfense du nord-ouest ont toutefois recruté un grand nombre d’enfants. Les équipes des Nations Unies présentes sur le terrain ont noté la présence d’enfants parmi ces milices et ont estimé qu’elles étaient composées d’un tiers de mineurs. De 2009 à 2012, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés a inclus les milices d’autodéfense soutenues par le gouvernement de la République centrafricaine dans ces rapports en tant que groupes ayant recruté ou utilisé des enfants dans des situations de lutte armée.

Après 2009, les organisations humanitaires ont continué à être victimes d’attaques, de d’enlèvements et d’extorsions de la part des groupes armés durant le conflit dans le nord- ouest de la République centrafricaine.

·  L’APRD a procédé à des enlèvements et a extorqué de l’argent aux organisations humanitaires présentes dans le nord-ouest de la  République  centrafricaine. Le 30 janvier 2011, des éléments de l’APRD ont enlevé deux travailleurs de MSF- Espagne, libérés 12 jours plus tard.

L’incapacité de l’État à exercer sa souveraineté pour maintenir l’ordre et le droit, lutter contre la criminalité et garantir le droit à la sécurité de la population s’est poursuivie après 2009. L’APRD a profité de ce vide institutionnel pour commettre de graves violations.

·  A partir de 2009, l’APRD a perpétré de graves violations à l’encontre de personnes accusées de sorcellerie. Ces dernières ont été arrêtées, emprisonnées, torturées, jugées dans des simulacres de procès et, dans certains cas, exécutées par l’APRD. En mai et en octobre 2010, ainsi qu’en novembre 2011, dans la préfecture de l’Ouham-Pendé et d’autres régions du nord de la République centrafricaine, des éléments de l’APRD ont torturé un nombre indéterminé de personnes, y compris des femmes soupçonnées de sorcellerie, et ont  exécuté des suspects  « reconnus coupables » de sorcellerie par  des « tribunaux » créés par l’APRD.

·  Du 4 au 5 mars 2009, suite à un conflit entre ces milices d’autodéfense communautaires et l’APRD dans la sous-préfecture de Ngaoundaye, l’APRD s’en prit de manière indiscriminée à la population civile de Bézéré et Bordoul dans la préfecture de l’Ouham-Pendé. Outre les pertes humaines parmi l’APRD et les milices d’autodéfense, plus de 75 habitations ont été incendiées et environ 1 000 personnes déplacées. Ces personnes n’ont pu regagner leur domicile que neuf mois plus tard. Des éléments de l’APRD ont également commis des atrocités, souvent dans le cadre de différends privés ou de règlements de comptes. Le 24 avril 2009, un rebelle de l’APRD a ainsi tué le chef local de l’Association centrafricaine des éleveurs bovins à Paoua dans la préfecture de l’Ouham-Pendé.

En 2010 et 2011, les organisations humanitaires ont continué à révéler l’ampleur du problème des violences sexuelles commises dans le nord-ouest de la République centrafricaine, et notamment dans la préfecture de l’Ouham-Pendé. Les cas rapportés faisaient état de viols de femmes, d’hommes et d’enfants et de viols collectifs. Leurs auteurs étaient des éléments de l’APRD, des FACA et de groupes armés non identifiés. Quelques victimes ont pu engager des poursuites à leur encontre. Dans certains cas, des « médiations » traditionnelles ont permis  aux auteurs d’éviter un procès. Dans d’autres cas, comme dans les régions contrôlées par l’APRD,  les  rebelles  appliquaient  leur  propre  justice,  comme  la  bastonnade  de   certains auteurs présumés.

 

 

Le Centre Nord et le Nord-Est

 

Préfecture de la Nana-Gribizi

 

L’APRD continua à maintenir une présence et un contrôle importants dans la région de Kaga- Bandoro. Au même moment, suivant l’arrestation de Général FPR Baba Laddé, le 3 octobre 2009 ( En Octobre 2009, le gouvernement de la République centrafricaine a déclaré Baba Laddé persona non grata par le gouvernement centrafricain. Le 3 octobre, il fut arrêté en raison d’affrontements entre la milice tchadienne, le FPR et les forces armées tchadiennes dans la ville frontalière de Sido, dans le nord du pays et déporté au Tchad.), ses partisans ont alors menacé de lancer un djihad contre le gouvernement centrafricain et la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (MICOPAX) en guise de représailles, accusant la MICOPAX d’avoir aidé à l’arrestation du chef du FPR.

Dans ce contexte d’insécurité, l’APRD a commis des exactions à l’encontre de la population civile. Par exemple, elle a tué et torturé des civils accusés de sorcellerie par la population locale.

·  Le 20 juin 2009, près de Kaga-Bandoro, des éléments de l’APRD ont torturé un homme accusé de sorcellerie par son neveu. Sous la torture, l’homme a nommé deux autres individus qui l’auraient aidé à ensorceler son neveu. Ils ont été arrêtés et battus  à mort.

·  En avril 2010, près de Kaga-Bandoro, des éléments de l’APRD ont appréhendé et torturé un homme accusé de pratiquer la sorcellerie. Ils l’ont attaché à un arbre, frappé et amputé de deux orteils pour l’obliger à avouer. Après ses aveux, il s’échappa ; sa mère fut alors arrêtée et torturée.

·  En mail 2010, près de Kaga-Bandoro, des éléments de l’APRD ont intercepté un homme accusé de sorcellerie. L’homme ayant réussi à s’enfuir, les éléments de l’APRD ont arrêté sa mère, l’ont dénudé, frappé et l’ont obligé à payer une amende de 100 000 francs CFA avant de la relâcher.

Opération araignée fut menée dans le nord-ouest et le centre-nord de la République Centrafricaine. Dans le centre-nord, elle fut déployée dans les régions de Ouandago et de Gondava (préfecture de la Nana-Gribizi).

Suite à une attaque conjointe des positions du FPR le  24 janvier 2012,  environ  22 000 personnes ont été déplacées et des violations ont été commises à l’encontre de la population civile par toutes les parties. La ville de Kabo, dans la préfecture de l’Ouham, a également été gravement endommagée. Des soldats tchadiens ont tué 12 civils soupçonnés d’appartenir au FPR. Des éléments des FACA, de l’ANT ou du FPR ont fait subir des violences sexuelles à 29 femmes et 4 filles. Les FACA ont en outre arrêté arbitrairement une cinquantaine d’hommes (il n’a pas été établi clairement s’il s’agissait de combattants ou de civils) et blessé au moins 40 civils.

 

(Suite au prochain numéro)

 

Minusca

 

 

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