RAPPORT D’ENQUETES DE l’ONU :

Vendredi 28.07.2017 : 09H28

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu :

La prise de contrOle du pays par la Seleka : les prefectures de la nana-gribizi, kemo ET ouaka (Suite et fin)

Préfecture de la Basse-Kotto

 

Début janvier 2013, la Séléka a envahi le village de Satéma peu après le départ des FACA de la région. Ses éléments ont enlevé et blessé une femme et pillé les habitations de nombreux villageois, ainsi que des institutions publiques et de l’Église catholique.

Fin janvier 2013, des éléments de la Séléka ont attaqué la mission catholique d’Alindao et pillé les résidences des prêtres. Ils leur ont dérobé des véhicules et de l’argent et les ont roués de coups.

Fin janvier 2013, et par la suite aux environs du 7 février 2013, la Séléka a pris d’assaut la ville de Mobaye. Ses éléments ont tué au moins cinq civils, violé systématiquement en bandes de nombreuses femmes, y compris des femmes enceintes, et filles, torturé et enlevé des civils, détruit et pillé de nombreuses habitations. Deux jeunes filles âgées de 11 et 12 ans ont été violées devant chez elles par 10 éléments Séléka. Ils ont également saccagé l’église catholique de Mobaye, volé les soutanes des prêtres et bu le vin de messe. Ils ont pillé l’hôpital, la pharmacie, le poste de police, la gendarmerie, le tribunal de la ville, les organisations humanitaires, dont la Croix- Rouge, ainsi que les résidences principales du médecin, du préfet et du sous-préfet. Les éléments de la Séléka ont ensuite attaqué la mission catholique en représailles aux signalements par les prêtres des atrocités commises par le groupe armé dans la région. Suite à ces attaques, la population civile chrétienne, estimée à 18 000 personnes, a franchi le fleuve Oubangui pour fuir massivement en République démocratique du Congo.

Le 7 février 2013, la Séléka a attaqué la ville de Mobaye et enrôlé des enfants à Mobaye et dans les villages voisins, dont Sango et Mbougou. Ses éléments ont également recruté des filles. Après avoir été intégrées dans le groupe armé, de nombreuses filles et femmes ont été mariées de force à des hommes de la Séléka et violées.

En janvier et février 2013, des éléments de la Séléka ont édifié de nombreuses barricades dans les environs de Mobaye pour taxer illégalement les civils.

De janvier à mars 2013, des Séléka ont violé collectivement au moins 12 femmes et jeunes filles dans le village de Satéma. Le 28 février 2013, la Séléka a de nouveau attaqué le village de Satéma. Ses éléments ont pillé l’hôpital (emportant des médicaments et des archives), ainsi que la gendarmerie, dont ils ont détruit toutes les archives. La population a franchi le fleuve de l’Oubangui pour fuir en République démocratique du Congo. Plusieurs enfants se sont noyés pendant la traverse.

En mars 2013, des éléments de la Séléka ont attaqué le village de Zamba, violé et frappé une femme et pillé de nombreuses habitations.

Les attaques des Séléka dans cette région ont occasionné des importants déplacements de population vers la République démocratique du Congo.

 

Préfecture de l’Ombella-M’Poko

 

Le 13 mars 2013, des éléments de la Séléka ont ligoté et battu à mort au moins une personne dans le village de Vangué, près de Damara. Ils ont en outre maltraité et torturé de nombreux autres civils.

Les 22 et 23 mars 2013, la Séléka a utilisé des enfants au combat et comme boucliers humains durant la bataille de Damara contre les soldats sud-africains. Le Gouvernement sud-africain avait envoyé des troupes en République centrafricaine  dans le cadre d’un accord bilatéral avec le gouvernement de Bozizé. Ces troupes avaient été déployées à Damara, dernière ville stratégique avant Bangui, afin de sécuriser la capitale. Pendant la bataille, les éléments de la Séléka ont tué 13 soldats sud-africains.

 

Minusca

 

 

 

 

RAPPORT D’ENQUETES DE l’onu : CHAPITRE IV - 24 MARS 2013 – 31 DÉCEMBRE 2015 : UNE NOUVELLE SPIRALE DE VIOLENCE : LA NAISSANCE D’« ANTI-BALAKA » ET LEURS 02 PREMIERES ATTAQUES SIMULTANEES SUR BANGUI ET BOSSANGOA

 

L’arrivée violente au pouvoir de la Séléka a plongé la République centrafricaine dans une nouvelle crise sécuritaire, politique, humanitaire et des droits de l’homme. La population civile paya le plus lourd tribut, victimes de violations à grande échelle, dont des exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, tortures, violences sexuelles et basées sur le genre et d’autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants, arrestations arbitraires, détentions illégales, destructions d’habitations et de biens, et pillages. La Séléka a également recruté des milliers d’enfants dans ses rangs. Après la chute de Bangui, des centaines de corps non-identifiés ont été retrouvés dans différents quartiers de la capitale.

Après le départ du pays de François Bozizé, Michel Djotodia, haut dirigeant de la Séléka, s’autoproclama Président le 24 mars 2013 et reconduit Nicolas Tiangaye au poste de Premier Ministre. La Constitution fut suspendue et l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle et le Gouvernement d’union nationale dissouts. Un Conseil national de transition, comprenant 135 membres, fut institué, en tant que nouveau corps législatif.

Le 25 mars 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies et l’Union africaine ont condamné la prise de pouvoir inconstitutionnelle par la Séléka. L’Union africaine a suspendu la République centrafricaine de l’organisation et annoncé des sanctions ciblées visant sept hauts dirigeants de la Séléka : Michel Djotodia, Mohamed Moussa Dhaffane, Christophe Gazam Betty, Amalas Amias Aroune, André Ruingi Le Gaillard, Noureddine Adam et Éric Massi.

De nombreux partis de l’opposition et des organisations de la société civile ont contesté la légitimité du Conseil national de transition, en raison du manque de transparence dans sa mise en place et son manque de représentativité politique. Le 13 juin 2013, un nouveau Gouvernement d’union nationale fut mis en place, composé de 34 membres. Il comprenait neuf ministres issus de la Séléka, huit de l’ancienne opposition au Président renversé,  François Bozizé, et un proche de ce dernier. Les 16 portefeuilles restants ont été attribués à des représentants de la société civile et à des petits partis politiques. Michel Djotodia a  assumé le poste de Ministre de la défense et de Président du Conseil national de transition (le parlement provisoire). Le 18 août 2013, il fut officiellement investi à la fonction de chef d’État.

Le nouveau régime s’est caractérisé par un effondrement complet de l’ordre public et par des violations massives des droits de l’homme, au point que, le 15 mai 2013, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la République centrafricaine, Margaret Aderinsola  Vogt, déclara au Conseil de sécurité   que le pays avait sombré dans « l’anarchie ». Les efforts déployés, les mois suivants, pour cantonner et désarmer les combattants de la Séléka en maraude sont restés vains et l’insécurité a continué à régner dans le pays. Des tensions ont commencé à surgir entre les différentes factions Séléka, donnant lieu parfois à des affrontements violents.

L’effondrement de l’ordre public a également engendré une augmentation des activités criminelles transfrontalières, du trafic d’armes légères, de l’exploitation minière illégale, de la contrebande de minerais précieux et du braconnage. Parallèlement, la LRA a étendu son emprise à de nouvelles régions dans la préfecture du Haut-Mbomou.

A partir de juin 2013, les partisans de Bozizé et d’autres opposants à la Séléka ont commencé à se rencontrer en dehors de la République centrafricaine pour planifier le renversement du régime de Djotodia. Ce groupe comprenait des responsables politiques et d’anciens membres des forces de sécurité. L’ancien Président François Bozizé aurait assisté à au moins deux réunions et se serait rendu dans d’autres pays africains à la recherche de soutiens. Ces réunions  ont  abouti  à  la  formation  de  groupes  d’autodéfense  semi-autonomes,  bientôt appelées « anti-Balaka » –  « anti-machette »  – en langue Sango.

Sous la pression internationale, qui l’exhortait à mettre un terme aux nombreuses violations commises par la Séléka, Michel Djotodia tenta de réformer les forces de sécurité, mais ces mesures étaient trop timorées pour avoir un impact notable sur la conduite des combattants ou sur leur bilan - de  plus  en  plus  dramatique - en  matière  de  droits  de  l’homme. Le 13 septembre 2013, Michel Djotodia a décidé de dissoudre la Séléka, acte symbolique  puisque la Séléka a continué d’exister. A partir de cette date, le terme ex-Séléka a été utilisé pour décrire les anciens éléments de la Séléka, ce qui est aussi le cas dans ce rapport.

En septembre 2013, les anti-Balaka ont lancé des offensives dans les régions occidentale et centrale du pays dans le but de chasser la Séléka. Les attaques ont rapidement pris une tournure sectaire, les anti-Balaka visant les musulmans et tous ceux liés ou perçus comme entretenant un lien avec la Séléka. La Séléka a continué quant à elle de prendre pour cible principalement les non-musulmans. Les tentatives de médiation et les appels lancés par des chefs religieux n’ont eu que peu ou, dans la plupart des cas, pas d’impact sur le conflit.

Le 10 octobre 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2121, renforçant et étendant le mandat du BINUCA. A cette période, plus de 100 000 déplacés non- musulmans avaient trouvé refuge  aux  abords de l’aéroport  international  de Bangui, environ 1,5 million de civils – soit un tiers de la population du pays – avaient été chassés de leur   foyer alors que des centaines de personnes avaient été tuées.

Le 5 décembre 2013, désireux d’endiguer la crise humanitaire et des droits de l’homme, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2127 autorisant l’élargissement et le renforcement du mandat de la MICOPAX et sa transformation en une force dirigée par l’Union africaine, la MISCA. La MISCA a été soutenue par un corps expéditionnaire français, l’«Opération Sangaris », qui avait pour mandat de rétablir l’ordre public et de protéger la population civile. La MISCA n’ayant pu mener entièrement sa mission, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé moins d’une année plus tard, le 10 avril 2014, de la remplacer par la MINUSCA, qui fut mise en place en septembre 2014. Par une autre résolution, le Conseil de sécurité des Nations Unies a créé une commission d’enquête internationale chargée d’enquêter sur les violations et les abus des droits de l’homme et du droit international humanitaire perpétrés par toutes les parties au conflit depuis le 1er  janvier 2013.

Le 5 décembre 2013, les anti-Balaka ont lancé deux attaques simultanées sur Bossangoa et Bangui. Dans la capitale, les éléments ex-Séléka ont riposté et fini par contraindre les assaillants à battre en retraite après des échanges de tirs prolongés. Les jours suivants, les fouilles à domiciles et les exécutions se sont généralisées dans plusieurs quartiers de Bangui. Les musulmans ont ciblé les chrétiens et les chrétiens, les musulmans, tandis que le pays sombrait dans le chaos. Globalement, on a estimé qu’à Bangui un millier de personnes auraient été tuées et 214 000 déplacées entre le 5 et le 6 décembre 2013 (Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine (S/2013/787), 31 décembre 2013, par. 2 ; Mission de surveillance du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en République centrafricaine, 14 janvier 2014, p. 3 ; Amnesty International a estimé que la Séléka seule a tué près d’un millier d’hommes non-musulmans au cours des deux journées qui ont suivi l’attaque des anti-Balaka à Bangui le 5 décembre : AI, « Aucun de nous n‘est en sécurité » : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité en République centrafricaine, 19 décembre 2013.)

Dans ce contexte, des violences sexuelles et basées sur le genre furent commises à grande échelle.

En décembre 2013, dans une tentative d’endiguer les violences, la Force Sangaris et la MISCA se sont efforcées de cantonner et de désarmer les combattants dans les rues de Bangui, en particulier les ex-Séléka. Profitant du désarmement des ex-Séléka, les éléments anti-Balaka ont continué à s’en prendre tant aux ex-Séléka qu’aux membres de la communauté civile musulmane. Nombre de musulmans ont été déplacés ou ont fui vers les pays voisins, notamment au Tchad et au Cameroun. Des attaques et des ripostes similaires par les deux groupes armés se sont répandues dans tout le pays.

Sous  la  pression  des  attaques  des  anti-Balaka  et  au  terme  d’un  sommet  des  dirigeants d’Afrique centrale tenu dans la capitale tchadienne, Ndjamena, Michel Djotodia démissionna le 10 janvier 2014. Le 20 janvier 2014, le Conseil national de transition choisi Catherine Samba-Panza pour lui succéder à la présidence de la transition. Son gouvernement était  chargé de stabiliser le pays et d’organiser des élections.

Après le changement de gouvernement, la majeure partie des 7 000 éléments ex-Séléka qui, depuis décembre 2013, s’étaient regroupés dans des sites de cantonnement à Bangui ont quitté ces sites, se retirant vers le nord. A mesure que les éléments ex-Séléka se retiraient, les anti- Balaka ont commis de plus en plus d’attaques et de violations des droits de l’homme, à Bangui et dans l’ouest du pays, à l’encontre des membres de la communauté musulmane ou d’autres personnes soupçonnées d’être des partisans des ex-Séléka. Les anti-Balaka ont perpétrés des exécutions et assassinats ciblés de civils non-armés, des lynchages en public et, parfois, des mutilations de corps de victimes, des violences sexuelles, des pillages et des destructions de biens.

Au fur et à mesure que la violence se propageait, de plus en plus de civils se sont impliqués dans les attaques contre les musulmans et la violence collective a atteint des niveaux sans précédent. Des   individus se réclamant des anti-Balaka   ont parlé publiquement « d’opérations de nettoyage » et des chefs anti-Balaka ont tenu parfois des discours d’incitation à la haine et à la violence envers les musulmans et d’autres groupes perçus comme ennemis à la télévision et à la radio.

( Suite au prochain numéro)

MINUSCA

 

 

 

 

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