OCRB-CENTRE VILLE : KEVIN-FREDERICK IGNALOKA , CAPORAL DE LA ..

Lundi 28.08.2017 : 10H46

 OCRB-CENTRE VILLE : KEVIN-FREDERICK IGNALOKA , CAPORAL DE LA GARDE REPUBLICAINE, TORTURE, MENOTTE ET MIS EN GEOLE PENDANT 48 HEURES

Monsieur Kevin-Frederick Ignaloka est militaire de son état. Il est dans l’armée centrafricaine depuis neuf (9) ans. Après les évènements malheureux qui ont secoué le pays, il a repris correctement son travail de Garde Républicaine à la Maison d’Arrêt Central de Ngaragba. Le mardi 22 Août 2017, aux environs de 20 heures, alors qu’il se rendait à la pharmacie,  car son enfant étant malade, il a été arrêté par les policiers de l’OCRB en patrouille où il a passé 48 heures en geôle.

Ce matin du vendredi 25 août, en face de la BSIC, à 08 heures 15 minutes, nous avons retrouvé ce sous-officier Kevin-Frederick qui nous donne sa version des faits.

« Dans la nuit du mardi 22 août 2017 à 20 heures 28 minutes, sur ma moto, je traversais le pont Langbashi (Sapéké). Subitement, j’ai entendu un coup sifflet, c’était le véhicule de patrouille de l’OCRB (Office Centrafricain de Répression du Banditisme) qui venait de la rue qui va vers la Minusca. Je me suis arrêté pour savoir ce qu'ils veulent. Premièrement, je les ai salués en disant, « ACTION ». Les deux (2) agents descendus d’avance s’approchaient de moi. Ils m’ont répondu, « qu’est ce qui prouve que tu es militaire ? ». Je leur ai donné ma carte militaire. L’un est allé la montrer au chef de bord, l’autre est resté à côté de moi. Et ceux qui sont restés au bord du véhicule sont descendus à leur tour et viennent tous vers moi. Celui qui était resté à côté de moi, m’a demandé d’arrêter le moteur et de descendre de la moto. J’ai exécuté. Le deuxième groupe qui descendait du véhicule, a ordonné d’embarquer ma moto. Je leur ai dit, « Action, c’est moi ». Je me suis présenté encore. Ils m’ont répondu, « Est-ce qu’il y a encore des FACA à Bangui ? ». Ils m’ont ordonné de leur donner la clé de la moto, j’ai refusé car ma carte militaire est sous l’appréciation de leur chef. Automatiquement, j’ai reçu un coup de boxe au figure. « Je vous ai donné ma carte militaire, et tu oses porter la main sur moi ? », dis-je. Après, il m’a donné le deuxième coup. J’ai répliqué immédiatement. Les quatre (4) autres agents se sont abattus sur moi. Ils ont commencé à me frapper et ont fini par me mettre les menottes en présence de leur chef de bord qui est descendu pour s’acquérir de la situation. Ils m’ont embarqué et m’ont amené à la direction de l’OCRB.

Arrivée là-bas, ils m’ont descendu du véhicule, toujours menotté, et ne cessent de me frapper partout tout en m’amenant à un commandant. Je lui ai expliqué exactement les faits. A la fin, je lui ai posé la question de savoir, « y a-t-il un autre motif que ce qui s’est passé ? ». En réplique, il a dit, « vous les FACA, vous avez l’habitude de faire la tête ». A ce mot, le chef de bord qui m’a amené, est allé prendre une matraque et m’a donné trois (3) coups. Je suis toujours en menotte, sans force. Le Commandant en poste ordonne qu’on me mette en geôle.

Je leur ai demandé le téléphone afin que je donne ma position à ma famille, ils m’ont dit, « est-ce que les FACA ont mis un téléphone ici ». Malgré que je leur ait supplié que ma fillette est gravement malade, je me rendais seulement à la pharmacie et que j’ai fermé la porte sur elle, ils ont toujours refusé. Comme ils ont un véhicule, je leur ai proposé qu’on amène le médicament à l’enfant et qu’on revienne ensemble. Tout ce qu’ils trouvent à me dire est : « cela ne nous concerne pas ».

En arrivant à l’entrée du geôle, je pensais qu’il allait enlever les menottes, alors, il m’a raclé, me dit de me relever et entrer dans la geôle pour lui prouver que je suis vraiment FACA. Je lui ai demandé s’il est capable de répondre à la justice pout ces actes ? Voici sa réponse :« ça n’engage que toi ». De là, je suis resté menotté de 21 heures 45 minutes jusqu’au lendemain matin à 07 heures 30 minutes. C’est pendant leur relève qu’il m’a enlevé les menottes.

C’était bizarre, puisque j’aillais acheter les médicaments pour mon enfant qui était malade. Ma femme s’inquiétait car je partais en moto. Toute la famille était paniquée. On me cherchait partout, aux hôpitaux, voire même à la morgue. J’ai passé deux jours à l’OCRB sans que mes parents le sachent. Ma sœur s’est rendue à la radio pour faire le communiqué, c’était là qu’elle a reçu l’appel d’un détenu libéré qui a accepté de me rendre ce service pour signaler aux parents que je suis arrêté à l’OCRB. 

En écoutant les autres détenus, deux (2) autres FACA qui m’ont précédé, ont aussi subi les tortures. Mais, je dois saisir le Procureur pour les conduites à tenir ».

Propos recueillis par

Benjamin-Hervé LANGOSSENGUE

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