MOBAYE : GUERRE CIVILE EN GESTATION

Lundi 18/09/2017 : 10H08

MOBAYE : GUERRE CIVILE EN GESTATION ET DIFFICILES CONDITIONS DE VIE DES REFUGIES AU CONGO DEMOCRATIQUE

Les deplacesMobaye, chef-lieu de la préfecture de la Basse-Kotto n’existe que de nom aujourd’hui. Abandonnée par les autorités du pays, cette ville est aujourd’hui, sous la coupe réglée des combattants de l’UPC de Ali Daras et les autodéfenses qui font de leur mieux pour résister aux foudres de ces derniers. La localité est totalement coupée de reste du pays comme certaines villes. Les hommes de l’UPC qui ont élu domicile dans cette localité,  règnent en maîtres absolus des lieux et sèment la terreur et la désolation au sein de quelques habitants qui y sont restés.

« Dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 septembre 2017, des combattants Séléka lourdement armés ont attaqué l’une des bases des éléments d’autodéfenses à la périphérie de la ville. Après avoir mis en débandade leurs ennemis jurés, ils ont trouvé dans leur base un cahier dans lequel figurent les noms des personnes qui donnent de l’argent aux autodéfenses. Ayant pris connaissance de celui-ci, les Séléka se sont mis à incendier des quartiers tels Gbamangui et Tékata. Les toitures des maisons en tôles dont celle du député de Mobaye 2, ont été enlevées. Ces actes barbares, ces destructions massives se poursuivent allègrement aujourd’hui sous la barbe des Casques Bleus mauritaniens de la Minusca qui assistent sans réagir. Il n’y a pas eu mort d’hommes car les occupants des quartiers précités se sont réfugiés au Congo Démocratique. Je ne sais pas si ces destructions s’étendront dans les jours à venir à d’autres quartiers », a témoigné un habitant de Mobaye sous couvert d’anonymat.

Nous osons espérer cette fois-ci que les députés de Mobaye 1, 2 et 3 réagiront car la toiture de la maison de l’un des leurs n’est plus aujourd’hui. Et ce qui est arrivé à celui-ci peut probablement se propager à d’autres, ce que nous ne souhaitons pas. Les nouvelles autorités du pays issues des élections de 2015-2016 doivent comprendre que la situation sécuritaire qui prévaut dans l’arrière-pays est très grave et inquiétante. Les groupes armés s’attaquent non seulement aux populations civiles sans défense mais aussi aux personnalités et à leurs biens. L’exemple palpable est celui de la maison du député de Mobaye 2. La crise enclenchée par l’ex-coalition Séléka n’épargne personne. Mais curieusement, on assiste toujours à un statu quo, un silence de cimetière de la part des dirigeants du pays. Les groupes armés en profitent pour mater les populations civiles. Comme les autorités restent bouche bée devant les exactions de tout genre de ces criminels patentés, la Minusca de son côté croise les bras à Mobaye et ne daigne intervenir pour sauver des vies humaines en danger. C’est vraiment regrettable.

En outre, une guerre civile, pour ne pas dire ethnique est en gestation à Mobaye. Nos compatriotes qui ont intégré le rang des Séléka et ceux qui sont dans la milice Anti-Balaka communément appelés autodéfenses dans cette ville, se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. Les uns tuent les parents des autres et vice versa, tout juste parce que tel individu fait partie de tel groupe armé. Leurs frères et sœurs qui ne sont ni de près, ni de loin impliqués dans un groupe armé quelconque, sont pris pour cible et d’autres sont systématiquement abattus sans aucune forme de procès. Une habitante de la commune de Mbélima a été prise en otage par les autodéfenses parce que son mari est entré dans la Séléka. Ses ravisseurs réclament des rançons (munitions) avant toute sa libération et ils ont juré de tuer son époux. Les cas sont nombreux et nous ne pouvons les énumérer tous. Tous ceux qui sont du côté des Séléka ou cohabitent avec eux sont soupçonnés par les éléments d’autodéfense d’appartenir à ce groupe armé. C’est aussi le même son de cloche dans l’autre groupe rebelle. Les gens qui vivaient en harmonie sont devenus des ennemis. Un individu ne peut rendre visite à son frère dans l’autre camp. Ce dernier est arrêté et exécuté. Se déplacer d’un lieu à un autre, est un véritable calvaire. Les combattants de l’UPC maltraitent, tuent, pillent, volent, incendient des maisons. Idem pour les autodéfenses assimilés aux Anti-Balaka. Les quelques rares habitants qui sont restés dans la ville de Mobaye et dans les villages environnants, surtout dans la brousse, ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Les exactions fusent de partout et n’épargnent personne.

De l’autre côté de la rive, précisément en République Démocratique du Congo (RDC), les réfugiés centrafricains broient du noir. Leurs conditions de vie ne sont plus aux beaux fixes. Elles se dégradent de jour en jour. Si les anciens réfugiés s’en sortent peut-être bien, par contre les nouveaux se débrouillent seuls pour trouver de quoi à mettre sous les dents. Un réfugié centrafricain joint au téléphone depuis Mobayi-Mbongo en RDC témoigne, « c’est depuis trois (3) mois que je me suis réfugié ici avec toute ma famille. Je n’ai reçu aucune aide. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) n’a rien fait pour nous, encore moins le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Nous sommes abandonnés à notre triste sort, alors que d’autres compatriotes continuent d’affluer vers la RDC. Quel serait notre situation dans les mois à venir ? Ces agences des Nations Unies n’existent-elles pas en RDC ? Si tel en est le cas, nous allons mourir tous de faim. Les autorités de Bangui doivent tout mettre en œuvre pour que les hostilités cessent et que nous regagnions nos villages respectifs. Nous souffrons atrocement ».

Ce témoignage est accablant et triste. Comment se fait-il que des gens qui ont tout perdu et qui se sont réfugiés en RDC ne peuvent-ils pas recevoir des aides, des secours d’urgence ? Cette situation dépasse l’entendement humain. Ces Centrafricains ne sont-ils pas des êtres humains créés à l’image de Dieu comme les autres réfugiés sous d’autres cieux qui bénéficient des aides des agences des Nations Unies ? Qu’est-ce que les Centrafricains ont fait pour mériter un tel châtiment, un tel sort ? Doivent-ils attendre le retour de Jésus-Christ pour retrouver la paix et la sécurité ? Est-ce l’armée céleste qui les libérera sous les bottes de ces seigneurs de guerre ? Autant de questions qui nous laissent perplexes et doivent donner matière à réflexion aux agences des Nations Unies installés en RDC et aux dirigeants actuels de la RCA.

A vrai dire, et sans nous voiler la face, la vie que mènent nos compatriotes à Mobaye et ceux qui sont réfugiés en RDC est misérable. Les députés de cette localité et l’Exécutif doivent agir vite pour ne pas que le pire arrive. Il est déjà là, mais il faut faire quelque chose pour réduire la nuisance des groupes armés et redonner espoir à ces compatriotes. Les agences des Nations Unies installées en RDC doivent à leur tour voler au secours des réfugiés centrafricains, sans oublier certaines ONG humanitaires. A Mobaye, chef-lieu de la préfecture de la Basse-Kotto, la situation sécuritaire est très tendue. Le gouvernement Sarandji 2 a l’obligation d’intervenir, sinon…

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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