« MALGRE LA PRESENCE DE LA MINUSCA, LA POPULATION EST...

Mardi 07.02.2017 : 09H44

« MALGRE LA PRESENCE DE LA MINUSCA, LA POPULATION EST TOUJOURS EN QUETE DE SECURITE », DIXIT MARIE-THERESE KEITA  BOCOUM : LA CRISE CENTRAFRICAINE EST OUBLIEE

 

« Ces développements positifs contrastent avec la situation sur le terrain qui a connu une augmentation des violations des Droits de l’Homme depuis septembre 2016, dont des exécutions extrajudiciaires, des cas de tortures, des violences sexuelles, des enlèvements y compris d’enfants et de femmes, et des destructions de biens. Entre septembre et décembre 2016, la division des Droits de l’Homme de la Minusca a documenté 573 cas de violations et abus des Droits de l’Homme à l’encontre de 894 victimes », tel est le tableau macabre décrit par l’experte indépendante Marie-Thérèse Kéita-Bocoum quant à la sécurité en RCA, ce 03 février 2017.

La RCA est toujours en crise et elle est très loin de sortir de l’auberge. Cependant, un constat s’impose, la Communauté internationale semble avoir tourné le dos à la crise centrafricaine. Bangui connait une accalmie, certes, mais ce n’est pas la RCA. Le G8 a fondu comme du beurre au soleil, le médiateur dans la crise centrafricaine a disparu, et ce sont les groupes armés, le FPRC et le MPC qui mènent le bal. Touadéra n’a pas une armée à sa disposition, mais en plus l’embargo a été reconduit pour un an. La RCA est abandonnée à son triste sort, à telle enseigne que la population ne sait plus à quel saint se vouer. Faut-il qu’elle se résigne à mourir au vu et au su de la Communauté internationale ? « Malgré la présence de la Minusca, la population est toujours en quête de sécurité », a affirmé Marie-Thérèse Kéita-Bocom. Et il ne se passe pas un seul jour sans qu’on ne parle d’affrontements à Bocaranga, à Bakala, Ippy, à Ngakobo, où la population civile que la Minusca prétend protéger, se fait massacrer. Touadéra peut-il opérer un miracle ? Faut-il faire appel à d’autres forces militaires étrangères pour venir éteindre le feu ?

M-T. Kéita-Bocom s’est contentée de dresser un tableau sinistre de la sécurité en RCA. Nous nous attendions à ce qu’elle fasse des suggestions, des propositions de solutions à la situation qui prévaut en RCA.

La crise est banalisée par le G8 qui, par son silence, devient complice des massacres. Les affrontements entre le FRPC, le MPC et l’UPC ont fait plusieurs morts, plusieurs blessés, dans la quasi indifférence de ce même G8, où allons-nous ? Il est de plus en plus question de l’axe angolais pour tenter de résoudre la crise, signe que la CEMAC, la CEEAC et le G8 ont lamentablement échoué. Et pourtant la démonstration de force de la CEDEAO dans la crise électorale gambienne, aurait pu galvaniser le règlement de la crise centrafricaine, l’unique fleuron de la démocratie en Afrique centrale. Le peuple centrafricain qui a consenti un énorme sacrifice pour le retour à l’ordre constitutionnel, n’a pu bénéficier d’un bonus. Tous ceux qui ont entonné l’hymne du retour à l’ordre constitutionnel se sont éclipsés. Alors qu’ils n’ignorent pas la marge de manœuvre des nouvelles autorités. La RCA est devenue la vache à lait de la Minusca qui n’a de prouesse que d’amonceler des statistiques macabres, remplir du papier. La Minusca ne fait que documenter sans traiter le mal à la racine. Le malheur des Centrafricains fait le bonheur des autres et la crise centrafricaine est désormais un fonds de commerce extrêmement juteux, véritable restaurant de Ali Baba.

« Ligne rouge », « ville sans armes de Bambari », « mise en garde », « montée en puissance », autant de slogans minuscalisés pendant que les massacres, les destructions, les violences sexuelles, les enlèvements d’enfants et de femmes vont bon train. L’autorité de l’Etat est totalement absente dans certaines localités, alors que la Minusca est présente. La Minusca est experte en documentations macabres mais pauvre en action incisive pour arrêter les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Il revient donc aux Africains de se réveiller pour arrêter ce bain de sang qui n’a que trop duré, à l’exemple de l’acte de bravoure de la CEDEAO en Gambie. La CEMAC est engluée dans des crises économiques dues à la chute du prix du pétrole, aggravées par des acrobaties électorales apocalyptiques. La RCA est désormais reléguée aux oubliettes. Même la réhabilitation des Forces Armées Centrafricaines (FACA) a du plomb dans l’aile. Et pourtant, l’Angola, le Soudan du Nord se sont proposés d’apporter leur concours à la formation des FACA. L’immobilisme semble avoir pris le dessus, alors que les tueries se poursuivent.   

Comment les nouvelles autorités vont mettre en branle le « plan de relèvement du pays » ? Les deux-tiers (2/3) du pays sont à la limite libres. Cependant, le tiers (1/3) est sous le feu des bombardements du FPRC et du MPC, sous le regard complaisant de la Minusca, du G8, de la CEMAC, de la CEEAC, de l’Union Africaine, de l’Union Européenne, des Etats-Unis, de la Chine, et bien d’autres partenaires. Les Centrafricains ne méritent-ils pas d’être soutenus et libérés du joug des groupes armés ? Faut-il relever une partie du pays et abandonner une autre partie sous la coupe des bandes armées ? La géométrie de la crise centrafricaine est si variable, si  complexe, si obscure, qu’on se perd en conjecture, pendant que la Communauté internationale bénit la rage de tuer et de détruire des bandits armés en RCA.

 

Julien BELA

 

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