MAHAMAT ALKHATIM S’OPPOSE ...

Vendredi 08.09.2017 : 10H22

MAHAMAT ALKHATIM S’OPPOSE FAROUCHEMENT A LA NOMINATION

DES PREFETS PAR LE GOUVERNEMENT CENTRAFRICAIN

Alkhatim 4Selon une source locale digne et concordante de foi, Mahamat Alkhatim, leader du Mouvement Patriotique Centrafricain (MPC) a déclaré, « la ville de Kaga-Bandoro est ma zone de juridiction. C’est moi qui commande dans cette ville. Le gouvernement devrait me consulter d’abord avant de prendre une telle décision. Pourquoi les autorités centrafricaines ont agi autrement  pour nommer un préfet dans ma ville ? Je verrais où il va travailler ». S’agit-il d’une déclaration de guerre à l’endroit de l’opinion nationale et internationale qui conjuguent des efforts pour restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays ? Difficile de le dire.

Un atelier de trois (03) jours organisé par le gouvernement centrafricain avec l’appui de la Minusca et du PNUD visant à adopter la stratégie du redéploiement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays se déroule en ce moment au Palais de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) à Bangui. Cet atelier intervient quelques semaines après la nomination des préfets dans les seize (16) préfectures de la République Centrafricaine par les autorités du pays. C’est en ce moment précis que Mahamat Alkhatim a fait une  telle déclaration. La ville de Kaga-Bandoro constitue-t-elle une  nouvelle République où Alkhatim en est le gouverneur ? Pour quel motif les autorités légitimes du pays devraient-elles obligatoirement consulter un chef rebelle avant de prendre une décision ? Autant d’interrogations qui dépassent tout entendement humain.

Depuis que Mahamat Alkhatim et ses éléments règnent en maître absolu dans cette région du pays, qu’est-ce qu’ils ont fait concrètement pour garantir la sécurité de la population et favoriser la paix, le vivre ensemble, la cohésion sociale et la réconciliation au sein des communautés ? Mahamat Alkhatim a une mémoire très courte. A-t-il oublié si vite les crimes commis à la mi-septembre 2016 par ces éléments sur les paisibles populations civiles de Kaga-Bandoro ? Un tel propos s’apparente à une pure déclaration de guerre à l’endroit du peuple centrafricain du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest qui n’aspire qu’à la paix, la sécurité et la libre circulation sur toute l’étendue du territoire national.

Aucun leader des groupes armés n’a le pouvoir de prendre une décision en lieu et place des autorités centrafricaines démocratiquement élues par le peuple. De Kaga-Bandoro, Bouca, Batangafo, Bocaranga, Ngaoundaï, Koui, en passant par Bambari, Bria, Mobaye, Alindao Bangassou, Zangba, Zemio et la liste est non exhaustive, les groupes armés contrôlent les régions du pays qu’ils considèrent comme leur « nouvelle République ». Ils prennent des décisions, collectent des impôts et taxes, pillent et exploitent frauduleusement les ressources naturelles du pays, sèment la terreur et la désolation au sein de la population civile.

Quatorze (14) des seize (16) préfectures du pays échappent au contrôle du pouvoir central. En dehors de Bangui la capitale, ce sont les groupes armés qui font leur propre loi. Les Com-Zones des régions nomment leurs éléments à des postes civils et militaires. Et tout porte à croire que la République Centrafricaine est un « Etat bicéphale » où le pouvoir est partagé entre les autorités démocratiquement élues par le peuple et les leaders des groupes armés. Nous prenons à témoin l’opinion internationale de la souffrance des populations civiles à l’intérieur du pays qui ne peuvent circuler en toute quiétude et vaquer librement à leurs occupations quotidiennes à cause de l’attitude belliqueuse des leaders des groupes armés et leurs éléments.

La ville de Kaga-Bandoro est devenue aujourd’hui déserte à cause des crimes commis par Mahamat Alkhatim et ses éléments sur la population civile. Et jusqu’au moment où nous mettons cet article sous presse, les actes de banditisme sont enregistrés à longueur de journée dans cette ville. La population vit terrer sur le site des déplacés et mène une vie exécrable. Les activités socio-économiques, culturelles, éducatives et sportives restent toujours paralysées dans la localité. L’autorité de l’Etat n’y existe que de nom. Ce  sont les hommes de Mahamat Alkhatim et de Nourredine Adam qui dirigent et contrôlent tout. Faut-il les laisser continuer de prendre toute la population civile en otage ? Non !

Le redéploiement de toute l’administration centrafricaine sur l’ensemble du territoire permettra de favoriser le retour de la sécurité, de la paix, de la cohésion sociale, et du vivre ensemble, ainsi que de l’unité nationale entre les différentes couches de la société. Et cette restauration de l’autorité de l’Etat doit se faire avec la réhabilitation et l’opérationnalisation effective de toutes les forces de défense et de sécurité intérieures (policiers, gendarmes et Forces Armées Centrafricaines) pour assurer la protection des institutions de l’Etat et la vie de la population. Aucun fonctionnaire ou agent de l’Etat ne peut se hasarder à aller risquer sa vie dans une préfecture où des milices lourdement armées jusqu’aux dents ont toujours la gâchette facile sur tout ce qui bouge.

Plusieurs fonctionnaires et agents de l’Etat affectés dans l’arrière-pays ne peuvent plus aller prendre leur poste à cause de l’insécurité grandissante dans les régions du pays. Qui va les protéger avec leur famille en cas d’une attaque des bandits armés ? Nous avons encore en mémoire ce triste souvenir des événements douloureux de Kaga-Bandoro où certains fonctionnaires de l’Etat et des travailleurs humanitaires ont perdu leur vie. La Minusca était bien présente quand les éléments de Alkhatim tuaient et brûlaient des personnes enfermées dans leur maison. Et l’enquête ouverte pour faire toute la lumière sur ces graves violations du droit international humanitaire et des Droits de l’Homme attend peut-être le retour de Jésus-Christ pour être close.

Nous savons que le processus « pré-DDR » est une opération qui consiste à identifier, cantonner et prendre en charge les groupes armés. Mais la réalité montre que ce processus semble concerné uniquement les ex–combattants de Bangui et non ceux des provinces. Dans les villes comme Bria, Bangassou, Mobaye, Alindao, Kaga-Bandoro, Bocaranga…, les milices sont libres de leurs mouvements et écument à petit feu la population centrafricaine qui ne sait plus à quel saint se vouer pour se protéger. A l’exception de quelques leaders des groupes armés adhérés au programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) et qui contrôlent leurs éléments sur le terrain, beaucoup ne jouent pas un franc jeu vis-à-vis de leurs engagements pour faire la paix.

C’est le cas de Mahamat Alkhatim, Nourredine Adam, Abdoulaye Hissen, Aroun Gaye, Ali Darassa, Sidiki du côté de la Séléka et les Anti-Balaka de Maxime Mokom. Ce sont leurs éléments qui continuent de prendre en otage le peuple centrafricain à l’intérieur du pays. Alors qu’ils se sont adhérés au programme DDRR et ont également des représentants au sein du Comité Consultatif et de Suivi. Ils traînent à longueur de journée la crise centrafricaine. De Sant ’Egidio à Rome avec la signature de l’accord politique de cessez-le-feu immédiat des hostilités, en passant par Libreville  au Gabon avec l’adoption de la feuille de route, aucune solution palpable de sortie de crise ne se pointe à l’horizon. La violence a plutôt doublé d’intensité et est devenue monnaie courante avec le risque d’embrasement généralisé de tout le pays. Pauvre Simplice Mathieu Sarandji qui a du pain sur la planche pour résoudre les milles et une (1001) équations des groupes armés. Dommage !

 Bénistant MBALLA

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