LIBREVILLE : ENTRE AMNISTIE ET JUSTICE,

Mardi 25.07.2017 : 09H15

LIBREVILLE : ENTRE AMNISTIE ET JUSTICE, LA CRISE CENTRAFRICAINE EN CHANDELLE PAR LE TCHAD

Idris deby 1Basculera, basculera pas, les partisans de l’amnistie repartent à l’assaut de Libreville. Deby, président du Tchad et de la CEEAC à l’époque, a fait débarquer Djotodia et sa horde de criminels patentés. Malgré la bonne volonté des  nouvelles autorités, la paix a du plomb dans l’aile. Les négociations se suivent et se ressemblent, rien ne bouge d’un iota. Les groupes armés étaient tous représentés au Forum National de Bangui. Les Consultations  Populaires à la Base, socle dudit Forum, ont mis en exergue les vœux du peuple centrafricain sur l’ensemble du territoire national. Il faut rendre justice aux victimes innocentes, d’où l’impunité zéro. Le Forum National de Bangui a clairement retenu la justice, notamment la Cour Pénale Spéciale (CPS), comme passage obligé vers la réconciliation nationale. Cela a été consigné noir sur blanc dans les recommandations et résolutions fortes. Les groupes armés étaient tous présents et n’ont jamais contesté le principe de la justice. Les nouvelles autorités légitimes n’ont fait que formaliser ces recommandations. La CPS est aujourd’hui une réalité, a prêté serment et attend de mettre la main à la pâte dès le mois d’octobre 2017, dans deux (2) mois.

C’est alors que le Tchad présente les danger que représente la Justice aux groupes armés, afin qu’ils réclament l’amnistie. Le Tchad a une dette morale et politique envers l’ex-séléka. Pour y parvenir, le Tchad a besoin d’un support. L’Union Africaine, spécialisée dans le soutien aux causes tordues, est acquise à sa cause. Il n’y a rien à attendre du sommet de Libreville, sinon la consécration de l’amnistie et de l’impunité. Fort du soutien du Tchad auquel sont adossés les groupes armés, les leaders narguent le gouvernement d’aller les chercher dans leur Bunker. Et le Tchad se donne cette mission nébuleuse de venir les désarmer, une formalité établie à l’avance. Les nouvelles autorités légitimes sont en position de faiblesse. Leur résistance à vouloir traduire le vœu cher du peuple centrafricain dans les faits, à savoir l’« impunité zéro », repose sur du sable. Les Etats-Unis, l’Union Européenne, la France, partisans de la Justice, se contentent des déclarations d’intentions qui n’émeuvent pas les groupes armés outre mesure. Les partisans de l’amnistie sont plus forts et tirent les ficelles des groupes armés. Le Tchad met le pied sur l’accélérateur des tueries et les groupes armés s’exécutent. Le Tchad fait la pluie et le beau temps en Centrafrique pour payer sa dette morale et politique vis-à-vis des ex-séléka.

La Minusca a une posture si ambiguë que le Tchad s’en moque pratiquement. L’armée tchadienne seule serait nettement supérieure à la Minusca et toute son armada de guerre.  La CPS repose essentiellement sur les épaules de la Minusca comme force, pour traquer les  grands criminels qui hantent le pays. La CPS est comme un lion qui n’a ni dents, ni griffes et donc inoffensif. Les groupes armés aussi ne voient pas en la Minusca une force qui puisse les inquiéter. La CPS est donc une fausse couche, un mort-né. A cela s’ajoute la duplicité d’une classe politique versatile. Du forum National de Bangui, à laquelle a participé toute la classe politique sauf le KNK, les uns et les autres renient les recommandations comme Pierre a renié à trois (3) reprises Jésus-Christ avant que le coq ne chante ou avant que la CPS ne voit le jour. Les députés ne murmurent que du bout des lèvres. Or, l’amnistie relève de la compétence du pouvoir législatif. Au lieu de prendre des « initiatives » sans tête ni queue, les élus du peuple auraient dû battre le fer pendant qu’il est chaud, rouge. Personne ne veut prendre ses responsabilités historiques face au spectre de l’amnistie qui plane sur le pays.

La Société civile, autant que l’Exécutif, doivent se résoudre au fait accompli. Car tout est mis en œuvre pour que l’Union Africaine (UA) impose cette pilule très amère à avaler. L’impunité est donc en phase de triompher de la CPS puisqu’elle n’a pas la force nécessaire pour traquer les criminels. Et pourtant, il faut bien que la crise s’arrête quelque part et maintenant. Une paix réelle dans la douleur de l’impunité, vaut mieux que les tueries, les massacres, les carnages au quotidien. S’accrocher à la justice qui n’a aucun moyen de contraindre les criminels est plus que suicidaire. Il faut bien que Touadéra sauve les quelques années de son mandat. L’hypocrisie de la classe politique est telle que les supputations vont bon train pour les coups d’Etat, les déstabilisations, les peaux de bananes, les virgules dans le dos, et que savons-nous encore.

Personne ne veut prendre ses responsabilités patriotiques, mais profite du climat délétère pour tordre le cou à la démocratie chèrement acquise par le peuple centrafricain sous les feux des bombardements nourris des groupes armés. Être centrafricain s’apparente à une malédiction originelle dans ce pays que feu président Boganda nous a légué. Les Centrafricains regardent sans voir, écoutent sans entendre, respirent sans sentir, mangent sans distinguer le goût. A cela s’ajoute un gouvernement à moitié amorphe, incompétent, dépourvu d’initiatives, de créativité, d’innovations et d’esprit inventif. Presque la moitié tourne les pouces à ne rien faire et tout porte à croire que ces dix ou onze ministres n’ont aucun expert ou cadre dans leur département. Aucun mécanisme qui permette d’évaluer la feuille de route de ces ministres. Dans l’ombre de ceux qui se battent, ceux qui bossent, ceux qui s’arrachent les cheveux pour leur pays, se dissimulent les bras cassés. Un département ministériel est comme une équipe de football, quand elle perd, soit ont dissout la fédération, soit on change l’entraineur, soit on doit chambouler toute l’équipe et avoir du sang neuf et repartir sur des bases saines, solides, avec l’espoir d’atteindre les objectifs assignés. Certains entraineurs démissionnent à la fin d’un match parce que le résultat est catastrophique et humiliant pour le pays. On ne garde pas une équipe qui perd continuellement.

La rupture comme boussole n’apparaît nulle part, depuis la Primature et dans certains départements ministériels. La médiocratie est de mise. Sankara, comme Paul Kagamé, sont autant de sources d’inspiration pour être le fils de son temps et de sa vision.

 

Julien BELA

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