LES NON-DITS DE LA CRISE CENTRAFRICAINE : L’AMNISTIE GENERALE

Mercredi 15 Fév 2017 : 07H1O

LES NON-DITS DE LA CRISE CENTRAFRICAINE : L’AMNISTIE GENERALE EST AUSSI

UNE EVENTUALITE DE SORTIE DE CRISE

Touadera 9

La RCA n’a pas de choix quant aux hypothèses de sortie de crise. Luanda, Vatican et Union Africaine, un regain d’intérêt pour une résolution définitive de la crise. Toutes les options sont possibles, si l’on veut une paix totale et définitive. Les FARC en Colombie ont fait la guerre pendant plus de cinquante ans. Les victimes sont nombreuses, dont des députés exécutés. Il en est de même pour l’Angola, l’Afrique du Sud et l’apartheid, le Soudan, le Tchad, le Libéria, la Sierra Léone et tant d’autres pays. La RCA n’est pas le seul pays à avoir connu une crise aussi sanguinaire que destructrice. L’impunité est une chose certes, mais la paix en est une autre. Pour avoir la paix, il faut des concessions parfois difficiles à avaler. C’est un passage obligé pour obtenir cette paix si nécessaire, si vitale, si délicieuse.

Sans la paix, il ne peut y avoir de développement dans le pays. Les ONG internationales des Droits de l’Homme s’accrochent à l’impunité. Mais elles ne proposent jamais d’alternatives. Le cas de la RCA est d’autant plus singulier, car elle a perdu tous ses instruments de souveraineté, à savoir l’Armée, la Gendarmerie et la Police. A l’allure où va la réhabilitation des FACA, il faut environ dix (10) ans pour reconstituer une armée républicaine digne de ce nom. Cependant, la misère, la pauvreté sont au-dessous du seuil humain. La RCA est au fond du gouffre, au plus profond, au point d’apparaître comme un trou noir. Il faut mettre en place une structure à l’exemple de l’Afrique du Sud, « Vérité et Réconciliation », pour que chaque acteur exorcise les démons du mal en lui et que le peuple réconcilié avec lui-même, reparte sur un bon pied, sur de nouvelles bases. Combien de croque-morts, de criminels patentés, d’assassins sont sous les verrous depuis que les ONG internationales des Droits de l’Homme récitent la litanie de l’impunité ? Il ne faut pas se faire d’illusion, la paix est plus précieuse que tout dans le monde.

Depuis novembre 2012, date d’entrée en éruption de l’ex-coalition Séléka jusqu’à ce jour, qui peut donner un chiffre exact des victimes ? Tous les groupes armés ont battu tous les records de cruauté, d’horreur, de négation totale de la personne humaine. La dernière session de la Cour Criminelle a libéré tous les criminels qui sont pourtant les pires excréments de l’enfer, de l’horreur, mais hélas, leurs dossiers étaient vides. Il n’y a pas eu une documentation sérieuse de la part des officiers de Police Judiciaire. La Justice, vue sous cette angle, peut accoucher d’une souris au grand dam des victimes. Tous les criminels sont aujourd’hui à l’air libre. Même les fugitifs n’ont jamais été traqués. Mieux vaut une Amnistie générale qu’une parodie de justice. Beaucoup de nos magistrats privilégient la corde ethnique pour protéger leur clan. Et les magistrats de ce genre, issus des régimes précédents, sont encore nombreux dans l’appareil judicaire de la RCA.

Les négociations avec les groupes armés, c’est pour aboutir à un compromis, à une entente, à un Accord acceptable par tous. Le programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) n’est que la phase finale. Les nouvelles autorités (Exécutif et législatif) doivent mûrir la réflexion, l’approfondir, peser le pour  et le contre. Il est question de la survie d’un peuple et de la paix. Tous les criminels, à tous les niveaux de la hiérarchie des groupes armés, ne seront jamais atteints. Les juges, autrement dit les magistrats du siège, sont des Centrafricains. C’est un saut dans l’inconnu avec la CPS, si l’on s’en tient à la prestation des magistrats centrafricains. Et donc, la crise centrafricaine ayant traîné, l’Union Africaine, Luanda et Vatican doivent nécessairement arracher la paix. Pour cela, chaque camp doit se faire violence, faire des concessions, afin d’aboutir. Car la paix, dit-on, n’a pas de prix.

Toutes les voies sont à explorer, afin de parer à toutes éventualités. Avec les groupes armés, il ne faut pas négocier pour négocier, il faut négocier pour parvenir à quelque chose. Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais hélas, il faut avaler la couleuvre. Aucun camp ne doit être figé, si l’on veut donner une chance à la paix. La RCA n’est ni le premier, ni le dernier pays de la planète dans ce cas de figure. Nelson Mandela est l’exemple type à suivre, tant en Afrique que dans le monde entier. Prisonnier pendant plus de vingt six ans sous l’apartheid, Nelson Mandela libéré devient président démocratiquement élu de l’Afrique du Sud. Les blancs sont toujours là et cohabitent avec les noirs plus nombreux, y compris les vestiges de l’apartheid qui surviennent encore. Le fossé entre blanc et noir n’est pas totalement comblé. Une seule chose compte, Mandela s’est placé au-dessus de la mêlée, pour diriger un pays sous la toute puissance de la race blanche. Mandela a vieilli en prison. Peter Botha, son pire ennemi, est toujours en vie, y compris les idéologues de l’apartheid. Mandela a tout simplement effacé le tableau pour réécrire une nouvelle histoire de l’Afrique du Sud, dite « LA NATION ARC-EN-CIEL ». La RCA gagnera encore en crédibilité.

 

Julien BELA

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