LES FACTEURS DECLENCHEURS DES CRISES MILITARO-P...

Lundi 20/08/2018 : 09H09

LES FACTEURS DECLENCHEURS DES CRISES MILITARO-POLITIQUES A REPETITON EN RCA

Dacko a bozizeAprès son accession à l’indépendance le 13 août 1960 sous le régime de feu président David Dacko, la République centrafricaine est confrontée à de nombreuses crises militaro-politiques à répétition. Dans le monde entier, on reconnaît ce pays à travers les coups d’Etat, les mutineries et récemment les rébellions qui poussent comme des champignons dans la forêt de la Lobaye. Beaucoup de Centrafricains ignorent les causes de ces crises militaro-politiques dont ils subissent les conséquences. D’après nos investigations, elles se résument ainsi :

L’ingérence des pays étrangers dans les affaires intérieures centrafricaines

Certains pays limitrophes de la RCA, tels le Tchad et le Soudan ont participé activement dans les différentes crises. Les mercenaires tchadiens et soudanais ont joué et continuent de jouer un rôle important dans la déstabilisation de notre cher et beau pays, la RCA. Sous le régime Patassé, les militaires tchadiens étaient déployés dans notre pays dans les années 90. Les Centrafricains présents à l’époque ont été témoins oculaires des barbaries de ces militaires sur les populations civiles, surtout celles au Sud-ouest de Bangui.

En 2003, le général François Bozizé Yangovonda a recruté ces mercenaires pour venir renverser le régime Patassé le 15 mars 2003. Fin 2012, la coalition Séléka a vu le jour. Les mercenaires tchadiens et soudanais qui ont soutenu Bozizé à prendre le pouvoir, se sont retournés contre leur recruteur. C’est ainsi que le 24 mars 2013, après une offensive foudroyante, menée par ces mercenaires et les combattants Séléka, majoritairement musulmans, le pouvoir de Bangui est tombé entre leurs mains. En ce temps-là, les musulmans de Centrafrique ont cru le moment venu de les libérer de la domination des non musulmans, d’où le début des hostilités qui se poursuivent  de nos jours.

En outre, certains Centrafricains font référence au fait que les intérêts des occidentaux, surtout de la France, ne convergent pas avec les intérêts nationaux. Raison pour laquelle, l’ancienne puissance colonisatrice de la RCA n’est jamais loin derrière les mutineries, les coups d’Etat, les rébellions pour reprendre les propos du député français André Chassaigne. Enfin, certains hommes politiques centrafricains sont manipulés et continuent d’être manipulés par des mains étrangères.

Les pratiques discriminatoires généralisées

Dans presque toutes les localités de la RCA, les Centrafricains ont unanimement qualifié ces pratiques en termes de « manque de confiance » entre les citoyens, et entre ces derniers et les autorités, de « népotisme » et de « tribalisme », érigés en mode de gestion des affaires publiques, sous tous les régimes politiques qui se sont succédé au pouvoir : David Dacko, Jean Bedel Bokassa, André Kolingba, Ange Félix Patassé, François Bozizé et les deux (2) récents régimes transitionnels. Il y a aussi les pratiques discriminatoires dans l’intégration dans la fonction publique qui se poursuivent allègrement de nos jours. L’abandon de certaines régions au détriment des autres a contribué significativement au développement de la pauvreté.

Nos compatriotes musulmans estiment pour leur part qu’ils sont victimes de discrimination par la justice, la police et la gendarmerie. A cela, ils ont ajouté la non-implication des femmes et des jeunes dans le processus de prise de décision qui est aussi une politique discriminatoire.

L’enclavement interne et externe

D’une manière générale, les Centrafricains ont fustigé le modèle d’aménagement et de découpage administratif du territoire hérité de la colonisation. A les entendre, ce modèle est resté moins intégrateur en ce qui concerne l’aménagement du territoire et la politique de développement urbain. D’où nécessité d’une nouvelle structuration du territoire national en conformité avec les besoins fonctionnels d’une société centrafricaine respectueuse des principes de la décentralisation, de la régionalisation, de la démocratie participative et d’épanouissement économique et social des populations locales. Cette politique se justifie par une pluralité d’opportunités qu’offre ce modèle de structuration de l’Etat et de la gouvernance.

Le non-respect de l’application des accords

La population centrafricaine du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, a estimé que plusieurs dialogues, fora et débats ont été organisés à l’intérieur et à l’extérieur du pays dans le but d’apaiser les tensions socioéconomiques et militaro-politiques entre les pouvoirs en place et l’opposition (politique et armée), de restaurer un climat social et la gestion apaisée des affaires publiques par l’impulsion des réformes politiques et institutionnelles. Malheureusement, tous ces dialogues organisés ça et là sont restés sans suite à cause du non-respect des accords, ce qui constitue un obstacle majeur au retour de la paix et l’une des raisons de la récurrence des crises militaro-politiques.

Aujourd’hui, les Centrafricains ne cachent pas leurs inquiétudes relatives à la sincérité des résolutions qui sortiront du dialogue initié par le panel de facilitation de l’Union Africaine et des mécanismes de leur mise en œuvre au terme des travaux et débats. Ces méfiances se justifient du fait que plusieurs accords ont été signés entre les groupes armés et le gouvernement. Tous les accords ont accouché d’une souris et les mêmes faits produisent les mêmes effets. Ainsi va la République centrafricaine de feu président fondateur Barthélemy Boganda !

Les différentes causes des crises militaro-politiques à répétition étant brossé brièvement, il est urgent et capital que les autorités du pays fassent ce qui leur revient de droit et que les Centrafricains agissent de la même manière. Certains pays limitrophes de la RCA, ainsi que l’ancienne puissance colonisatrice doivent s’abstenir de toutes ingérences dans les affaires intérieures du pays.

Les Centrafricains ont perdu leurs vies dans ces crises et veulent tourner la page sombre de l’histoire. Il faut les aider et non les enfoncer encore dans la misère, la pauvreté. Que cessent les manipulations des groupes armés et de certains leaders politiques par les puissances de ce monde afin de déstabiliser la RCA et de maintenir son peuple dans la souffrance ordurière !

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

 

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