LES CAUSES PROFONDES DES CRISES MILITARO-P...

Jeudi 16.08.2018 : 10H02

LES CAUSES PROFONDES DES CRISES MILITARO-POLITIQUES RECURRENTES EN RCA APRES SON INDEPENDANCE EN 1960

Djoto boz kony babaladdeAprès l’accession de la République Centrafricaine à l’indépendance le 13 août 1960, le pays de feu président fondateur Barthélémy Boganda vit au ralenti. La RCA fait un (01) pas en avant, cent (100) pas en arrière. Tous les pays francophones qui ont accédé à l’indépendance dans les années 60 sont nettement en avance sur la RCA dans tous les domaines : éducatif, sanitaire, économique, culturel, artistiques, sportif… La pauvreté, la misère absolue, le chômage endémique gagnent chaque jour la population centrafricaine. Et pourtant, la RCA regorge de diverses ressources naturelles et du sous-sol. Nous citons entre autres le diamant, l’or, l’uranium de Bakouma, le pétrole de Boromata, le ciment, le fer, le bois. Ces richesses auraient dû contribuer au développement socio-économique du pays. Mais hélas, tel ne semble pas être le cas.

Les Centrafricains broient du noir, vivent en dessous du seuil animal. Tous les régimes qui se sont succédé à la magistrature suprême de l’Etat, n’ont rien apporté du nouveau dans le vécu du peuple centrafricain. Et pour causes, les crises militaro-politiques récurrentes qui ont ébranlé le fondement de la RCA depuis plusieurs décennies dont les principales raisons sont :

 

L’absence de dialogue inclusif

L’une des principales causes des crises militaro-politiques à répétition en République centrafricaine est l’absence de dialogue permanent à tous les niveaux, entre les hommes politiques, les gouvernants et les gouvernés, et aussi entre les populations. Cette absence de dialogue va même au-delà des frontières. Toutes les couches sociales ne communiquent pas entre elles. C’est un statu quo. Même s’il y a quelque fois dialogue, les recommandations assorties ne sont jamais respectées et appliquées à la lettre. D’où résurgence de crises récurrentes parce que certains Centrafricains estiment pour leur part qu’ils sont marginalisés.

Pour un retour définitif de la paix, il faut une réconciliation sincère à tous les niveaux, une franche collaboration entre la RCA et les pays frontaliers (Tchad en tête, Cameroun, Soudan, Congo-Brazzaville et Congo-Démocratique), entre les Centrafricains eux-mêmes (chrétiens et musulmans) et entre les hommes politiques dont beaucoup se regardent en chiens de faïence.

 

Dysfonctionnement du système judiciaire

En RCA, la justice ne fonctionne pas correctement. Chaque jour qui passe, les Centrafricains déplorent la lenteur de l’administration judiciaire qu’ils estiment corrompue. Une majeure partie de victimes restent pessimistes quant à ce qui concerne le sort réservé par la justice à leurs bourreaux. De tout temps, la justice centrafricaine n’a jamais inquiété les responsables des graves crimes perpétrés contre les paisibles citoyens.

Aujourd’hui, les victimes des crises ne savent pas si justice leur sera rendue un jour. En outre, la population centrafricaine est très préoccupée par l’effort à consentir par le gouvernement pour rendre efficace le système judiciaire centrafricain car l’on constate qu’il est corrompu jusqu’aux os. La justice du plus fort prime sur le faible. Ceux qui ont les moyens financiers ou les parents à la police, à la gendarmerie et dans les instances judiciaires gagnent les procès. Comment voulez-vous que la justice populaire ne monte en puissance ?

Les autorités en charge de la justice doivent savoir à l’heure actuelle que bon nombre de Centrafricains ne manquent pas d’exprimer leur doute, quant à l’efficacité de l’appareil judiciaire, du fait que, plusieurs fois, les victimes ont été abandonnées à leur triste sort. Nous citons comme exemples les victimes des mutineries, des coups d’Etat, des Banyamuléngés, des libérateurs, de la LRA de Joseph Kony, de Baba Laddé. Donc, les décisions judiciaires mal rendues ont été à l’origine de certaines crises dont celle de la nébuleuse coalition Séléka que nous subissons.

 

Manque de cohésion sociale

La dégradation de la cohésion sociale dans le pays due au népotisme, au clanisme, au tribalisme et à la marginalisation de certaines régions au profit d’autres a contribué significativement aux crises. De nombreux compatriotes estiment qu’ils sont lésés par les différents régimes. Raison pour laquelle ils ont pris les armes pour revendiquer leurs droits. L’instrumentalisation des couches vulnérables par les hommes politiques est aussi l’une des causes de la dégradation de la cohésion sociale. En sus de cela, les soutiens multiformes apportés par la communauté musulmane aux éléments de la coalition Séléka pendant, après et à l’heure actuelle, ont accentué la dégradation de la cohésion sociale. C’est pourquoi, dans certaines régions du pays sous contrôle des branches dissidentes de la Séléka, le courant ne passe pas entre certains compatriotes musulmans et chrétiens.

Le retour définitif de la paix est subordonné à la cohésion sociale entre les Centrafricains de tous bords, sans distinction d’ethnie, de clan, d’appartenance politique et de confession religieuse.

 

Les responsabilités dans la dernière crise

Pour la plupart des Centrafricains, les responsables de l’actuelle crise sont les hommes politiques. D’autres pensent que la responsabilité incombe aux deux (2) anciens chefs d’Etat, François Bozizé Yangouvonda et Michel Djotodia Am Non Droko. Certains estiment que cette crise a été montée de toutes pièces par l’extérieur et que les Centrafricains n’ont fait que subir les conséquences de ces interférences étrangères. Il est important que les Centrafricains d’où ils se trouvent, prennent conscience du rôle qu’ils ont joué durant cette crise. Car chacun de nous a participé d’une manière ou d’une autre à la destruction de notre cher et beau pays, la RCA.

 

Déficit de perspectives pour les jeunes

L’incivisme caractérise la jeunesse centrafricaine. La consommation abusive des stupéfiants par les jeunes et surtout le taux élevé de déperdition scolaire ne leur laissent aucune perspective pour le futur. C’est ainsi que, chaque fois qu’une crise éclate, ces jeunes sont les premiers à être manipulés. Tout ceci provient d’une baisse constante du niveau de formation dans le système éducatif. En cause, nous citons l’absence de l’enseignement de l’instruction civique dans les programmes d’enseignement ; le manque de structures de formation professionnelle comme stratégie de lutte contre le chômage et la délinquance ; le manque d’efficacité dans les services d’orientation scolaire et universitaire pour une meilleure capitalisation et spécialisation des ressources humaines, sans oublier le nombre pléthorique des maîtres-parents recrutés pour suppléer le déficit en personnel enseignant.

Tous les maux auxquels font face la jeunesse centrafricaine constituent les causes profondes des crises en RCA. Il est temps que le gouvernement y trouve des solutions idoines pour ne pas que les erreurs du passé se reproduisent. (Suite au prochain numéro)

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

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