LES ANTI-BALAKA MOKOM MENACENT DE REPRENDRE LES HOSTILITES :

Lundi 28.08.2017 : 10H10

LES ANTI-BALAKA MOKOM MENACENT DE REPRENDRE LES HOSTILITES : UN GENOCIDE EN GESTATION EN RCA ?

Anti balaka 06La crise centrafricaine, sans nous voiler la face, est loin de voir le bout du tunnel. Si un calme précaire règne à Bangui la capitale et ses environs, certaines de nos villes de l’arrière-pays sont occupées par des groupes armés au sein desquels des mercenaires tchadiens, soudanais, nigériens, et nous passons, poussent comme des champignons dans la forêt de l’Amazonie. Ils sèment la terreur et la désolation parmi les populations civiles innocentes. Chaque jour qui passe amène son lot de malheurs. Des Centrafricains sont tués, massacrés, abattus comme des bœufs à l’abattoir par ces hommes en armes. Les cas de tortures, de disparitions forcées, de traitements inhumains et dégradants sont quasi-quotidiens dans les préfectures sous les bottes des combattants non conventionnels. Les rescapés vivent dans la brousse comme des animaux et leurs conditions de vie se dégradent de jour en jour car ne bénéficiant d’aucune assistance humanitaire. Les femmes accouchent dans des conditions déplorables loin des centres de santé. Les enfants ne vont plus à l’école. Les déplacés s’entassent dans les sites comme les sardines dans les boîtes de conserve. Le nombre de réfugiés s’accroît à un rythme exponentiel.

Toutes ces violences sur les populations civiles se déroulent sous la barbe même des Casques Bleus de la Minusca, dits soldats de la paix. Certains contingents sont accusés à tort ou à raison d’être de connivence avec les groupes armés. Quand les Centrafricains sont massacrés, torturés, égorgés, mutilés, ils assistent sans réagir. Ils n’interviennent qu’en sapeurs-pompiers après l’incendie. Et pourtant, leur principale mission est et demeure la protection des populations civiles sans défense qui errent d’un endroit à un autre à la recherche d’un abri sûr. A part la ville de Bambari qui serait sécurisée par ces soldats onusiens, dans les autres localités de la RCA, les populations sont abandonnées à leur triste sort. En l’absence du déploiement des Forces de Défense et de Sécurité dans l’arrière-pays, les groupes armés agissent comme bon leur semble.

C’est dans cette situation chaotique, alarmante, triste que les Anti-Balaka de Mokom menacent de reprendre les hostilités. Ils demandent à la Minusca, de prendre ses responsabilités conformément au droit humanitaire international. C’est une façon de dire clairement à la Minusca qu’elle est passive, inactive, inattentive aux exactions qui sont commises sur les populations dans l’arrière-pays.

Cette menace des Anti-Balaka, version Mokom doit être prise au sérieux par les responsables onusiens et les autorités centrafricaines. Les affres, les évènements douloureux, macabres qui se sont déroulés lors des attaques des positions de la coalition Séléka le 05 décembre 2013 à Bangui, sont encore présents dans la mémoire des Centrafricains, surtout les Banguissois. A cette date, les tueries avaient débordé le vase. Les corps sans vie jonchaient les grands artères de Bangui. Les massacres, les violences inouïes perpétrées tant par les combattants Séléka qu’Anti-Balaka avaient gagné certaines villes du pays. Nous citons entre autres Bambari, Kaga-Bandoro, Bossangoa, Boda, Mbrés. Des milliers et des milliers de Centrafricains ont perdu leur vie.

Aujourd’hui, ce sont les autodéfenses qui montent en puissance. Ils ne sont nullement des Anti-Balaka comme pensent les responsables de la Minusca. Ce sont des gens qui, après avoir perdu leurs parents et leurs biens suite aux exactions des mercenaires tchadiens, soudanais, nigériens et autres, se sont constitués pour se défendre. Et la Minusca les assimile aux Anti-Balaka. C’est faux et archi-faux, cette illusion. Le danger qui pourrait arriver, c’est que ces autodéfenses peuvent bel et bien faire alliance aux Anti-Balaka version Mokom. Imaginez ce qui pourrait advenir d’une probable alliance.

Nous assisterons sans nul doute à un génocide d’une rare cruauté qui ne dira pas  son nom. Les populations civiles seront pourchassées, traquées jusque dans leur dernier retranchement comme font aujourd’hui les combattants de l’UPC dans les préfectures de la Basse-Kotto et une partie du Mbomou et du Haut-Mbomou. Les non musulmans seront exterminés par les combattants Séléka et leurs acolytes, de l’autre, les musulmans seront pris pour cible par les Anti-Balaka, les autodéfenses. Et ce sera un génocide pire que celui du Rwanda qui a eu lieu en 1994.

Les Casques Bleus de la Minusca, comme nous les connaissons, ne s’interposeront pas entre les groupes armés, exactement comme ce qui s’était passé au Rwanda et quelque part dans le monde. Ils vont certainement se retrancher dans leur base, se contenter de filmer les images et de documenter les massacres. Ils est temps que Parfait Onanga-Anyanga et d’autres responsables militaires de la Minusca prennent des mesures et mettent en place des dispositifs sécuritaires pour éviter que le sang des Centrafricains ne coule encore à flot. Si les Anti-Balaka, version Mokom menacent de reprendre les armes, c’est qu’ils estiment pour leur part que les Casques Bleus de la Minusca n’appliquent pas leur mandat et ne sont pas neutres et impartiaux dans la crise. Et ça, les Centrafricains en savent quelque chose.

De grâce, nous exhortons les Anti-Balaka version Mokom à la retenue. Car l’usage de la force ne résout pas un différend. Il faut toujours passer par le dialogue, unique voie pour la résolution d’un conflit. Ils doivent comprendre que les Centrafricains ont beaucoup perdu leur vie depuis le 05 décembre 2013, à ce jour. Nous comprenons leur souci, mais il faut donner la chance aux pourparlers. Car, au cas où ils reprendront les armes, ce sera un génocide.

Il est question du DDRR : c’est une logique de armes contre un métier. Pourquoi les Anti-Balaka ne veulent pas restituer les armes selon les principes consignés dans le DDRR ? Les Centrafricains aspirent à la paix. La restitution des armes permet de consolider la paix. Difficile donc de comprendre les propos incendiaires de Mokom.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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