LE POUVOIR POUR LE POUVOIR ET LES ATTRIBUTS DU...

Mardi 13 Mars 2018 : 10H34

LE POUVOIR POUR LE POUVOIR ET LES ATTRIBUTS DU POUVOIR : LES BESOINS DU PEUPLE AU PLACARD

Argent cfaLa vie d’un ministre, d’un député, d’un directeur général, est une véritable insolence, en comparaison à la vie d’un Centrafricain lambda. Le salaire, les avantages liés à la fonction, les grosses voitures qui coûtent excessivement chères, l’eau minérale, le budget de la nourriture du chien, des domestiques, tout cela pour un seul individu. Mais en plus, il y a les détournements, les vols sous toutes leurs formes, les gonflements des factures, le marchandage des marchés publics, les frais de mission exorbitants, bref les inégalités sociales sont criardes, cruelles et criminelles. La guerre de positionnement à l’Assemblée Nationale nous inspire. Les députés représentent-ils réellement le peuple ? Quel peuple ? Combien de députés peuvent-ils décrire l’état nutritionnel, sanitaire, socioéconomique, environnemental, le pouvoir d’achat des populations de leur circonscription avec exactitude ? Les ministres, les députés, les directeurs généraux et autres cadres assimilés sont des extraterrestres, inhumains, méchants, gloutons et sans état d’âme.

Ce que voient les yeux ne sont que des apparences, comme on le dit, « l’apparence est trompeuse ». Combien de ministres, de députés, sont allés de village en village pour connaître le vécu réel et quotidien de chaque Centrafricain ? Jusqu’à dix (10), voire quinze (15) ans, des enfants se promènent, dorment tout nus, manquant d’habits et de chaussures. Deux femmes se partagent un bout de pagne de fortune. Quand l’une sort pour aller au marigot, l’autre reste en tenue d’Adam et Eve dans la chambre, attendant que l’autre revienne du marigot. Et pourtant, elle vend des bananes. Un banguissois, les enfants gâtés de la République, est de passage en voiture. Il voit les bananes, s’arrête pour acheter. Il demande qui vend les bananes ? Une voix lui répond de l’intérieur de la case : « déposez l’argent et prenez les bananes, car je ne peux pas sortir ». Le bourgeois banguissois pousse la curiosité. Il se rapproche de la maison et demande, « s’il vous plait, pourquoi vous ne pouvez pas sortir ? » L’interlocutrice répond depuis sa chambre : « Ma sœur et moi, nous avons un seul bout de pagne. Ma sœur a porté ce pagne pour aller au marigot. Je suis toute nue. C’est pourquoi je ne peux sortir et rester dehors. Déposez seulement l’argent et prenez les bananes qui correspondent ». C’est en ce moment-là que le bourgeois banguissois réalise que certains Centrafricains vivent encore à l’âge primitif. Il verse des larmes et ne sait quoi faire devant une telle découverte. Il dépose dans l’assiette un billet de dix (10) mille francs et prend des bananes pour deux cents francs (200F) CFA seulement. Il a toutes  les peines du monde à regagner sa voiture pour poursuivre sa route.

D’autres cas de figure plus répandus transparaissent pour mettre en exergue la vraie culotte ou un seul pagne. Pour laver l’unique habit, il ou elle descend au marigot, lave et fait sécher, s’habille avant de regagner le village. Pire encore avec quoi ? Avec les feuilles du papayer. Imaginons un peu, quel peut être le régime alimentaire, sanitaire ? Peut-on parler de pouvoir d’achat ? Avoir cinquante francs (50F) CFA, relève d’un miracle surhumain durant toute l’année. Combien de députés parcourent-ils leurs circonscriptions jusque dans les villages les plus reculés ? Les cases solitaires sont des symptômes de ce que nous avons décrit plus haut : Possel, Ndjoukou, voire même à Bangui.

Les centres urbains cachent une réalité profonde, triste, inhumaine et dégradante. Même les ONG de défense des droits humains se comportent comme les politiques. Il y a des familles qui ne se nourrissent que de farine de gombo et des feuilles de manioc toute l’année, du 1er janvier au 31 décembre, juste l’eau et le sel constituent les condiments. Mêmes les chiens des ministres sont mieux lotis que des êtres humains.

L’inégalité sociale en RCA n’a pas de qualificatif. Le ministre a une voiture, sa femme aussi a une voiture, ses domestiques ont une voiture, ses chiens ont une voiture. Le ministre, le député, le DG ont, en plus des avantages en carburant, en argent sonnant et trébuchant, des frais de mission et la liste est longue. C’est le pouvoir pour le pouvoir et les attributs du pouvoir, tout pour une poignée d’individus. Les attentes réelles, les besoins de ce peuple démuni, misérable, sont rangés au placard. Faut-il en plus détourner, piller, gonfler les factures, imposer les dessous-de-table, trafiquer les passeports, vendre son âme au diable pour de l’argent, alors que la majorité vit sous le seuil de la pauvreté, de la misère ? Les tonnes de chaussures sont visibles sur les poubelles de la capitale. Et pourtant, durant toute la campagne électorale, aucune case, aussi loin soit-elle, n’est laissée à l’écart. Toutes les voix comptent, mais en retour, un député doit connaître le niveau de vie de sa population. D’autres Centrafricains, pour cacher leur laideur, pour ne pas porter atteinte à la pudeur, se retirent dans la brousse, construisent une case au coin de leur champ et y vivent. Les petits-enfants viennent en ville vendre des feuilles de manioc, des légumes pour acheter juste du sel. Ils s’isolent de l’évolution du monde.

Cela nous rappelle le phénomène du Tsunami Séléka, où certains combattants ne faisaient aucune différence entre l’écran d’un ordinateur et un poste téléviseur. Tous les ordinateurs ont été arrachés, croyant que tout était des postes téléviseurs. Les fonctionnaires et agents de l’Etat vont au bureau pour ne regarder que la télévision. Et ce, en plein 21ème siècle. Les ministres, les députés, les DG, les hauts cadres qui ne constituent qu’un groupuscule, doivent se rendre à l’évidence et être sobres quant à la répartition des richesses du pays. L’ère moderne doit atteindre tous les coins et recoins du pays, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Il y a des zones en RCA où la vue d’un véhicule reste un luxe, est-ce possible ? La gloutonnerie, l’égocentrisme, « le moi », doivent céder le pas à une solidarité « humanisante » et « modernisante »  des couches sociales les plus démunies, les plus misérables, les plus pauvres. Comment comprendre qu’un ministre, un député, puissent détourner des fonds, trafiquer des passeports, gonfler des factures, piocher dans les fonds des projets, exiger des dessous-de-table, des pots-de-vin. Cependant, le misérable centrafricain n’arrive pas à avoir 200 F CFA durant toute une année. Il faut réduire le train de vie des ministres, des députés, des directeurs généraux, des hauts cadres, pour redistribuer aux misérables. Certains avantages doivent être supprimés. Centrafric Matin donne raison au président rwandais, son Excellence Paul Kagame qui fait exécuter tous ceux qui détournent, gonflent les factures, se livrent aux trafics des passeports, malgré leurs salaires. Ce sont des criminels, des assassins économiques et financiers. Les trafics de passeports ont repris de plus bel et des noms, non des moindres, circulent dans cette sale besogne. Le Centrafricain veut vivre un million de fois au-dessus de ses moyens. Dans ce pays qui est le dernier de la planète, des gens se construisent des châteaux, alors qu’ils ne sont pas des hommes d’affaires. Ce qui se bâtit avec l’argent des détournements, de l’argent sale, porte la malédiction et la moindre crise, c’est la destruction. « Un bien mal acquis ne profite jamais ».

Sans ces misérables, c’est-à-dire ce peuple, il ne peut avoir de ministres, de députés, de hauts cadres, des fonctionnaires et agents de l’Etat. Une fois nommé ou élu, on tourne le dos au peuple, on l’ignore totalement. Ses besoins, ses attentes immédiates, sont jetés au placard. C’est la guerre des intérêts, la lutte de positionnement, chaque député ou ministre, ne pense qu’à lui-même, son ventre et sa poche. Personne ne sera en mesure de dire que durant sa mandature, le niveau social de sa circonscription est passé de tel à tel. Le peuple est la vache à lait des mandatures, un distributeur en or. Aucun député, à l’exception de feu président fondateur Barthélemy Boganda, n’a rendu des visites socio-anthropologiques à sa population. Le député Boganda parcourait tous les villages, les hameaux, les cases isolées, pour distribuer des tissus, des pagnes à ses compatriotes, pour remplacer les habits d’écorce et de feuilles que portaient jadis nos aïeux. Il faisait en même temps de l’éducation, de la sensibilisation, de la communication et donnait des informations à la fois politiques, économiques, sociales, culturelles et sportives pour l’émancipation de tous les noirs, notamment des Oubanguiens. Aucun député ne touche du doigt la réalité de la vie de ses électeurs. Le député peut-il manger ce que mangent ses électeurs, boire l’eau qu’ils boivent, dormir sur les nattes ? Il faut se replonger dans les racines profondes de la RCA pour secouer la misère et la pauvreté. L’exemple du Comité Militaire de Redressement National (CMNR) de feu président André Kolingba marque encore les esprits. En tenue militaire et rangers, les ministres résidents quittent à 06 heures du matin dans leur zone de juridiction et ensemble avec les cultivateurs, ils parcourent les groupements de champs de coton, de café, de maïs, de manioc, de riz, des céréales, de sésame, d’ignames, des bananes, de cacao, des palmiers à l’huile, de canne à sucre, et ce, jusqu’à 18 heures du soir. Le ministre passe d’une sous-préfecture à une autre, ce qui permettait au gouvernement d’apprécier le niveau de vie des populations. Ministres, députés et population ne font qu’une et même chose : le peuple centrafricain.

 

Julien BELA

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire