LE KM 5 AU BORD DE L’EXPLOSION

Mercredi 27 Juin 2018 : 09H51

LE KM 5 AU BORD DE L’EXPLOSION

KoudoukouLe Km 5, jadis poumon économique de la ville de Bangui, pourquoi pas de la République centrafricaine, n’est que l’ombre de lui-même. Depuis la prise de pouvoir par l’ex-coalition Séléka de Michel Djotodia Am Non Droko,  le 24 mars 2013 jusqu’à ce jour, rien ne va plus dans cette dernière enclave musulmane de la capitale Bangui. La naissance des groupes d’autodéfenses dans cette partie de la capitale, en lieu et place des combattants Séléka, continue de faire couler beaucoup d’encres et de salives. Les chefs de ces criminels, ces bandits de grand chemin, ces hors la loi, bref ces drogués, rendent la vie difficile à leurs concitoyens vivant dans le 3ème arrondissement de la ville de Bangui et une partie des 5ème  et 6ème arrondissements.

Après la dernière attaque de la paroisse Notre Dame de Fatima, le 1er mai 2018, lors de la célébration eucharistique où plusieurs fidèles de la Fraternité Saint Joseph y ont pris part, attaque au cours de laquelle l’abbé Toungoumalé Baba Albert avait trouvé la mort, le marché du Km 5 est paralysé. Les barricades érigées sur l’avenue CEMAC au niveau du quartier Fatima sont venues aggraver la situation. Les clients qui empruntaient cette avenue pour venir s’approvisionner en marchandises au Km 5, avaient décidé unilatéralement de ne plus se déplacer dans ce lieu sinistre de peur d’être attaqués par les hommes de Minery Matar Djamous, alias Force et tant d’autres qui y pullulent. Même après la levée de ces barricades, il n’y a pas assez d’acheteurs au marché Km 5 qui grouillait de monde dans les temps passés. Du coup, les commerçants dudit marché éprouvent de sérieuses difficultés à écouler leurs produits. Aujourd’hui, nos compatriotes musulmans commerçants du Km 5 ne sont pas sur la même longueur d’onde avec ces criminels sans foi ni loi, à cause de leurs marchandises qui pourrissent dans les dépôts, faute de preneurs.

En outre, l’assassinat d’une militaire centrafricaine, issue du Front Patriotique pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC), formée récemment dans le cadre du DDRR-pilote, a envenimé l’atmosphère sécuritaire très électrique qui existait auparavant. Depuis lors, des luttes internes ont refait surface. Chaque jour qui passe amène son lot de malheurs. Des disparitions forcées, des tortures, des intimidations, des tueries, bref des actes barbares sont signalés au Km 5. Au courant de la période du ramadan, des informations qui nous parvenaient faisaient état d’un probable affrontement entre les groupes d’autodéfenses du Km 5 et l’ethnie de la militaire tuée par ces criminels à la fin de ce jeûne. Pas plus tard la semaine dernière, une compatriote vivant au Km 5 a exprimé ses craintes par rapport aux tensions palpables qui prévalent au Km 5. Pour elle, après l’assassinat odieux de cette militaire, rien ne va plus au Km 5. Les membres de l’ethnie de cette dernière ont juré sur monts et océans d’en découdre avec ces criminels pour venger leur sœur.

N’est-ce pas dans ce contexte que l’Iman Kobine Layama a demandé au gouvernement de tout mettre en œuvre pour arrêter Minery Matar Djamous, alias Force afin de répondre de ses actes devant la justice ? Car, sans nous voiler la face, ce dernier et ses éléments sont réputés dans les actes barbares de tout genre sur les paisibles commerçants du Km 5 et tous ceux qui y résident. Sur les lèvres de nos compatriotes dans cette enclave musulmane, c’est toujours le nom de Force qui revient à tout moment dans les conversations. A cause de lui, certains petits commerçants centrafricains qui s’approvisionnaient au Km 5 ne veulent plus y mettre pieds de peur de tomber dans le filet de ses hommes. N’oublions pas que beaucoup de compatriotes y ont perdu leurs vies et continuent d’en perdre jusqu’à ce jour. C’est pour cette raison que bon nombre d’entre eux ont tourné le dos au marché du Km 5, en attendant que la situation sécuritaire se normalise.  Mais pour quand ?  Car aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon. Les drogués persistent et signent dans leurs sales besognes sur les populations civiles en général et les commerçants en particulier.

Au Km 5, se déplacer d’un camp à un autre est synonyme d’attirer la foudre des uns et des autres. Mêmes les Imams qui étaient très respectés par les fidèles musulmans ne le sont plus aujourd’hui devant ces hommes en armes qui règnent en maîtres absolus des lieux. La liberté d’aller et venir est restreinte par les soi-disant autodéfenses qui prennent les populations de tout un arrondissement en otage. A cause d’eux, les chrétiens et les musulmans qui vivaient en parfaite harmonie se subdivisent comme des ténias. Le dialogue prôné par le président de la République, Professeur Faustin Archange Touadéra, est perçu pour eux comme une insulte. Seules leurs armes qu’ils prennent pour le bout de leur nombril sont nécessaires. La paix, ce n’est pas leur problème. La violence, c’est leur jeu préféré.

Par rapport à ces tensions, le Km 5 est au bord de l’explosion. Un jour, ces drogués et leurs complices seront traqués jusqu’à dans leur dernier retranchement par ceux qu’ils martyrisent. Les tensions qui surgissent de part et d’autre au sein des communautés vivant au Km 5 à cause de l’assassinat odieux, crapuleux de l’une des FACA issue du FPRC et appartenant à l’ethnie de l’ex-président de la transition Michel Djotodia, sont des signes précurseurs d’un embrasement dans cette enclave musulmane. Le gouvernement et la Minusca doivent être vigilants sur ce qui se passe actuellement au Km 5 afin d’éviter un bain de sang.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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