LE FPRC ET L’UPC ONT DONNE LE TON,

Mardi 17.10.2017 : 10H18

LE FPRC ET L’UPC ONT DONNE LE TON, LES AUTRES DOIVENT SUIVRE : LA PAIX, RIEN QUE LA PAIX

La Colombie nous offre un exemple de processus de paix récent et en cours entre le gouvernement et les groupes armés. Après plus de cinquante ans de guerre dans le maquis, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), se sont engagées à faire la paix. Les négociations ont duré une dizaine d’années. Aujourd’hui les FARC se transforment en parti politique, les combattants déposent les armes et rentrent dans la vie civile. Les armes s’effacent au profit du combat politique pour la conquête du pouvoir par la voie démocratique. Les autres rébellions en Colombie ont emboîté les pas aux FARC. Les colombiens sont soulagés et peuvent vaquer librement à leurs activités.

En Centrafrique, le FPRC a pris sur lui d’initier un accord. Le premier signataire est Ali Darassa, son principal ennemi. En toute chose, l’unanimité est difficile à obtenir. L’essentiel est qu’il y ait une brèche quelque part. Car la paix est un processus. Comme l’affirmait un observateur de la vie sécuritaire en Centrafrique, « la guerre est comme une maladie, elle arrive très vite, mais la guérison est très lente, laborieuse, mais elle avance ». Le scepticisme exprimé par les Centrafricains est, somme toute légitime. Plusieurs accords ont été signés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Le chemin de la paix est jonché d’embûches, mais il faut aller au-delà et croire que la paix est bien possible. L’Accord entre le FPRC et l’UPC, les deux groupes les plus cruels, mentionne au passage la levée des barrières sur les routes nationales, ce qui implique la libre circulation des personnes et des biens dans les régions occupées par ces deux groupes armés.

Selon certaines informations, les Anti-Balaka basés à Bambari auraient signé cet accord. C’est un geste assez significatif sur la voie de la recherche de la paix. Les groupes armés sont constitués d’êtres humains, de chair, d’os et de sang comme les autres. Ils sont épuisés par une vie bestiale dans le maquis. Eux aussi aspirent à une vie de famille, à une vie décente, normale en tant que Citoyen de la cité. Ils sont aussi conscients de la souffrance qu’ils imposent à leurs compatriotes. Les enfants, population totalement innocente, paient un lourd tribut dans cette crise. Les parents fuient avec leurs enfants, les nouveaux nés, les femmes enceintes, dans la brousse comme des animaux sauvages. Les écoles sont détruites ou fermées, cela relève du crime contre l’humanité. L’analphabétisme fait un grand bond en avant, devenant un frein à tout effort de développement. « L’ignorance est pire que la mort », dit-on.

Les hôpitaux ne sont pas du reste. La dignité humaine est foulée aux pieds par les groupes armés. Pire encore, les ONG Humanitaires Internationales et nationales qui tentent de sauver les meubles, ne sont guère épargnées, assassinats du personnel, braquages et pillages sont le lot au quotidien en Centrafrique, dans les zones contrôlées par les rébellions. Et pourtant, ce sont ces mêmes ONG Humanitaires Internationales qui collectent les blessés après les affrontements, les soignent et une fois guéris, regagnent leurs groupes respectifs, sans discrimination. Les rebelles en Centrafrique n’ont aucune éthique, tuer pour tuer, détruire pour détruire. Or, beaucoup de combattants sont des pères de familles et ont des parents qui ont droit à la vie. Faut-il encore que la crise ait des objectifs précis à atteindre. Ce n’est malheureusement pas le cas dans cette crise larvée qui déchire le pays.

Bozizé et Djotodia ne pourront pas ressusciter des milliers et des milliers de personnes tuées. Ils n’ont pas de baguette magique pour transformer le pays. Bozizé a fait dix ans au pouvoir, quel est le résultat ? Tribalisme outrancier de l’administration publique, de l’armée nationale, pillage et complicité de pillage des ressources du pays. A la fin des dix ans, c’est le néant. Djotodia au pouvoir, a été incapable de discipliner ses hommes. Le pays a été transformé en une boucherie humaine. Il faut avoir l’humilité de reconnaître ses limites, son échec et faire son mea culpa.

Le FPRC, l’UPC à titre d’exemple, sont des noms de formations politiques. Les groupes armés, à un moment donné, ont annoncé leurs intentions de se transformer en partis politiques. Comment comprendre que le langage des armes continue de dominer la scène politique ? Les FARC sont devenues un parti politique. Elles ne reculeront pas pour faire autre chose, soit reprendre les armes. En devenant un parti politique, il faut convaincre la population et se soumettre à l’épreuve des urnes. Le peuple seul est souverain et juge. Les groupes armés doivent s’armer de courage pour reconquérir  le cœur de la population. Soit se fondre dans la vie civile en abandonnant la lutte politique, car vous seriez conscients de votre impopularité. « Qui veut aller loin, doit ménager sa monture », dit-on. Bozizé et Djotodia ne sont pas les premiers à perdre le pouvoir en Centrafrique. Le cas du président Dacko est édifiant. Il est revenu une seconde fois aux affaires de l’Etat parce qu’il n’a pas renié son peuple. Il a été démocratiquement élu en 1981, avant de démissionner. Bozizé quant à lui, a planifié la somalisation du pays, alors que ses parents, ses enfants, son clan y vivent encore. Peut-on cracher dans la main qui a fait de vous un chef d’Etat ? Les Centrafricains aspirent à la paix, rien que la paix, absolument la paix.

Julien BELA

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