LA MINUSCA SUR SES ERGOTS CONTRE...

Vendredi 28 juillet 2017 : 08H40

LA MINUSCA SUR SES ERGOTS CONTRE LES AUTODEFENSES DE BANGASSOU. ET LES AUTRES GROUPES ARMES ?

Minusca 10La ville de Bangassou, située au Sud-est du pays, à plus de 700 kilomètres de Bangui, qui était en marge de la crise, avait sombré début mai dans une spirale de violences sans précédent. Les éléments d’autodéfense assimilés aux Anti-Balaka avaient attaqué le quartier Tokoyo, majoritairement musulman et s’en sont pris aux Casques Bleus de la Minusca. Des centaines de civils avaient perdu leur vie et leurs maisons incendiées. Ces compatriotes musulmans se sont réfugiés aujourd’hui au Petit Séminaire Saint Louis de Bangassou. Des Casques Bleus marocains, pris à partie par les autodéfenses, avaient péri dans ces affrontements.

Dans la journée du dimanche 23 juillet 2017, un Casque Bleu marocain a trouvé la mort dans une embuscade tendue par ces malfrats. Le mardi 25 juillet, deux (2) autres Casques Bleus marocains ont été encore tués par les éléments d’Autodéfense, ce qui porte à huit (8) le nombre de marocains tués depuis que la crise a éclaté à Bangassou. Face à cette situation alarmante où des soldats de la paix sont pris pour cible, la Minusca a décidé unilatéralement de déloger les autodéfenses de la ville de Bangassou pour permettre aux populations civiles de circuler librement. L’une des raisons évoquées par la Minusca est que les autodéfenses veulent exterminer la communauté musulmane. Mythe ou réalité ? Dieu seul le sait.

Déloger les autodéfenses de la ville de Bangassou, c’est une très bonne initiative. Car, si nos mémoires sont bonnes, ces hommes en armes ne s’en prennent pas non seulement à la communauté musulmane mais aussi à la communauté chrétienne. Parmi des victimes enregistrées lors d’attaque de Bangassou et de la base militaire des Casques Bleus de la localité, des musulmans et non musulmans ont trouvé la mort. Donc, il s’avère indispensable que la ville de Bangassou soit libérée pour que les deux communautés qui vivaient en harmonie, en symbiose, puissent retrouver leur quiétude d’antan.

Mais avant d’envisager de telles opérations, les Forces spéciales de la Minusca qui sont entrain d’être déployées à Bangassou, doivent s’entourer de toutes les garanties nécessaires pour éviter le bain de sang. Car, une opération de telle envergure a des conséquences très néfastes sur la population civile. En outre, les responsables de la mission onusienne doivent faire aussi leur examen de conscience, ainsi que les Casques Bleus qui sont présentement à Bangassou. Si rien qu’à Bangassou, neuf (9) Casques Bleus dont huit (8) marocains sont tués, cela prouve à suffisance qu’il y a anguille sous roche. Tant que ces Casques Bleus n’ont pas fait du mal à ces autodéfenses, à leur famille, nous pensons pour notre part qu’ils ne pouvaient agir de la sorte car un adage populaire dit, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Et les Casques Bleus déployés à Bangassou doivent rectifier ou recadrer leurs tirs.

Sur les ondes de la Radio Ndéké Luka, l’évêque de Bangassou, monseigneur Aguirré avait souhaité pour sa part qu’un autre contingent soit déployé à Bangassou. Cette déclaration a beaucoup de sens. Les auditeurs et auditrices de cette station y avaient tiré quelque chose. Et les marches pacifiques à Bria, Bangassou et Zémio pour réclamer le départ de ce contingent dans ces localités en disent long. Les revendications des populations des villes citées ci-haut ne sont en aucun cas une discrimination comme pensent les responsables onusiens.

Nous ne sommes pas contre le délogement des autodéfenses de la ville de Bangassou par les Casques Bleus de la Minusca. Mais cette montée en puissance des soldats de la paix de la Minusca doit s’étendre aussi aux autres groupes armés qui rendent la vie difficile aux Centrafricains en les tuant, incendiant leurs maisons et villages et en détruisant tout sur leur passage. La Minusca a vocation de protéger la population civile sans distinction de race, d’ethnie, de religion, et que savons-nous encore. Elle est déployée le 15 septembre 2014 en Centrafrique pour stabiliser le pays. Le soi-disant mandat robuste des Casques Bleus de la Minusca les autorise à désarmer les combattants des groupes armés, même par la force. Est-ce le mandat qu’ils veulent mettre en application ? Qu’attendaient-ils depuis longtemps ? Faut-il que les groupes armés, en l’occurrence les autodéfenses s’en prennent aux soldats de la paix pour que la Minusca se dresse sur ses ergots ?

Dans nos précédentes parutions, nous avions fait savoir aux responsables onusiens que la crise centrafricaine a pris une autre tournure. Les Centrafricains, tout comme les Casques Bleus sont dans le collimateur des groupes armés et qu’il fallait adopter des mesures draconiennes à leur encontre. Personne ne nous a entendu. Tout portait à croire que nous avons prêché dans le désert de Sahara ou de San Pédro. Aujourd’hui, nous assistons aux conséquences de l’inaction, de l’immobilisme et de la non clairvoyance des responsables de la Minusca.

Au cas où les autodéfenses seraient délogés de la ville de Bangassou, ce que nous souhaitons ardemment, les autres groupes armés qui sévissent dans la plupart de nos villes de province en hantant les populations civiles, doivent eux aussi être délogés ou désarmés purement et simplement. Ils menacent aussi d’exterminer, les autres ethnies, à l’exemple d’autodéfenses de Bangassou. Car un groupe rebelle est un groupe rebelle. Les Casques Bleus de la Minusca peuvent cohabiter aujourd’hui avec tels ou tels groupes armés. Demain, ces mêmes rebelles pourront regimber ou se retourner contre eux. Il suffit qu’un rebelle, après avoir consommé son stupéfiant, retourne son arme contre eux et l’alliance est éclatée. Il ne faut jamais caresser un groupe rebelle dans le sens du poils. C’est un grand danger qu’encourent certains Casques Bleus de la Minusca en mangeant, buvant et en pactisant avec les diables.

Ils doivent être neutres et impartiaux. Avoir le penchant pour un groupe armé au détriment de l’autre, c’est sacrifier sa vie. Si c’est ça, c’est ça. Si ce n’est pas ça, ce n’est pas ça, un point, un trait. Tourner autour du pot sans voir la réalité en face, c’est très dangereux et grave.

Après avoir délogé les autodéfenses de la ville de Bangassou, les Casques Bleus ont aussi intérêt ou l’obligation de désarmer ou déloger tous les combattants du FPRC, MPC, UPC, 3R et tant d’autres qui ont pris contrôle de nos villes de province et agissent comme bon leur semble. C’est de cette manière que la Minusca stabilisera la RCA. Mais si les Casques Bleus s’en prennent aux uns tout en laissant les autres abattre le peuple centrafricain, c’est verser de l’huile sur le feu. Les mécontents se reconstitueront et les soldats dits de la paix, ne sortiront jamais de ce cercle vicieux, c’est-à-dire des attaques, contre leur position.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

 

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