LA JUSTICE POPULAIRE, MODE OPERATOIRE DES JEUNES

Mardi 15 Novembre 2016 : 11h40

LA JUSTICE POPULAIRE, MODE OPERATOIRE DES JEUNES : JULIENNE, UNE PRESUMEE SORCIERE BLESSEE GRIEVEMENT AU VILLAGE KAPOU

Ministres

 Après l’accalmie de ces derniers temps, la justice populaire, refait surface dans la préfecture de la Lobaye. Tout se passe comme si c’est le sport préféré ou le mode opératoire des jeunes pour mettre un terme à la vie des gens qu’ils soupçonnent de pratiquer la sorcellerie.

En effet dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 novembre 2016, une mère  prénommée Julienne a été grièvement blessée par des jeunes au village Kapou, situé à 38 km5 sur l’axe Bangui-Mbaïki. Tout est parti du décès d’un enfant aux environs de 15 heures. D’après les témoignages d’une habitante de Kapou, «  un  enfant est tombé malade. Son père l’a amené chez un guérisseur traditionnel  dans un autre village et il l’a soigné. Il l’a ramené au village Kapou. Quelques jours après, durant une nuit, l’enfant s’est mis à crier en disant que trois (3) femmes sont venues le chercher. Il les connait mais il lui impossible de prononcer leurs noms. Après cette révélation qui s’apparente à un rêve, la santé de l’enfant n’était plus aux beaux fixes.

Voyant cela, son père l’a reconduit chez le même guérisseur. Et ce dernier de lui dire  qu’il ne peut rien faire pour l’enfant. S’il désire que son fils reste en vie, il faut qu’il le ramène à Kapou et le confie aux trois (3) femmes afin qu’elles guérissent son enfant. Entre temps, le guérisseur a fait le portrait de ces femmes présumées sorcières au père de cet enfant.

De retour au village Kapou, ce père a préféré admettre son fils au centre de  santé de Kapou. La santé de l’enfant se dégradait du jour en jour. On lui a posé un sérum. Et finalement aux environs de 15 heures de ce vendredi 11 novembre 2016, l’enfant a rendu l’âme et son corps est ramené au domicile des parents. Mais le père de l’enfant a interdit systématiquement aux habitants de Kapou de venir à la place mortuaire.  Il a pris des bâtons entre ses mains. Et personne n’a osé entrer dans sa concession parce qu’il les menaçait de mort. Il n’y avait que lui et ses fils qui ont lavé le corps, creusé une tombe. C’était finalement à 19 heures que l’enfant a été enterré sans la présence des habitants du village Kapou ».

Et d’ajouter, « chose curieuse, aux environs de 23 heures, des jeunes non identifiés ont fait irruption au domicile de Julienne. Ils l’ont extirpée de sa maison, ont bandé sa bouche tout en menaçant ses petits fils de ne pas crier. Ils l’ont trainée par terre jusqu’à sous les palmeraies qui se trouvent derrière l’église catholique. C’était au petit matin que ses petits fils se sont lancés à sa recherche et l’ont trouvée au lieu indiqué ci-dessus. Ces jeunes, à coups de machette, ont blessé grièvement Julienne au niveau de son nez et de son front. On voyait même l’un des os de son crâne. Ne pouvant pas la soigner au centre de santé de Kapou, elle a été évacuée dans un hôpital à Bangui.

 Le lendemain matin, les gendarmes de Bossongo sont venus faire le constat et ils étaient repartis sans pour autant mettre la main sur l’un des criminels ».

 Cette même habitante a conclu en ces termes : « les jeunes du quartier Lamonzo ne sont pas à leur premier forfait. Dans un passé, ils ont failli enterrer vivantes trois femmes qu’ils ont considérées comme les grandes sorcières du quartier. C’était grâce à l’intervention d’un chef que ces femmes ont eu la vie sauve ».

Cette montée en puissance de la justice populaire dans la préfecture de la Lobaye en général et le village Kapou en particulier, doit interpeller la conscience de nos gouvernants et principalement les ministres des Affaires Sociale, de la Sécurité Publique et  de la Justice. Car, il est inadmissible que des individus malintentionnés se permettent le luxe de faire la justice eux-mêmes. Si la présumée sorcière, Julienne fait partie intégrante des trois (3) femmes qui auraient mis fin à la vie de cet enfant, il était judicieux que le père de l’enfant dépose une plainte. Mais ce qui est bizarre dans cette affaire, il est difficile de connaître les auteurs de ces crimes crapuleux, odieux. Sont-ils-les parents de l’enfant ou certains jeunes qui ont agi de la sorte ? Difficile de le dire. Comme une enquête est déjà ouverte par les gendarmes de Bossongo, dans les jours à venir, les auteurs seront probablement arrêtés et traduits devant la justice pour répondre de leurs actes. Car, il est inconcevable qu’après le retour à l’ordre constitutionnel, certains compatriotes continuent de nuire à leurs concitoyens de la sorte. Il convient aussi de souligner à ceux qui sont censés dire le droit, rien que le droit, de faire leur travail comme il se droit. La sorcellerie existe bel et bien en Centrafrique et une loi doit aussi être votée par les députés, car ce sont des pratiques occultes qu’il est difficile d’apporter des preuves. Mais certaines personnes sont capables de dire que telle ou telle personne est sorcier ou sorcière. Malheureusement, pour faute de preuve, ils sont toujours acquittés par la justice. Raison pour laquelle, les jeunes s’adonnent à la justice populaire.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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