LA CLASSE POLITIQUE CENTRAFRICAINE : LES DEBATS...

Lundi 22 janvier 2018 : 10 H 18

LA CLASSE POLITIQUE CENTRAFRICAINE : LES DEBATS DE FOND

Incendie des maison 1La RCA renferme une classe politique singulière, unique en son genre. Les partis politiques fonctionnent comme les clignotants d’un véhicule. Quand le clignotant s’allume à gauche ou à droite, c’est qu’il y a des odeurs d’oignon qui fusent quelque part : les élections, les nominations des ministres, les nominations à d’autres hautes fonctions. Ces évènements passés, les partis politiques s’éteignent et entrent en hibernation, comme font les tortues. Il est donc difficile, voire pénible, de définir un parti politique en RCA. Ce sont des groupuscules d’aventuriers en quête de subsistance, des opportunistes. Bien des leaders ignorent tout de la mission d’un parti politique : son idéologie, son fonctionnement, la formation politique et civique des militants. Juste une pancarte portant le nom du parti politique et agrafé au front du leader, un vrai passeport universel. Le leader à lui seul, est le parti politique, le bureau exécutif, le bureau politique national, le porte-parole, le militant, le planton et activiste de son parti. Il n’y a pas de siège, mais juste une besace de Leuk le Lièvre qui contient la documentation nationale. Il n’y a pas de sérieux chez certains leaders politiques.

Comment des militants, véritables amas d’incultes politiques, peuvent-ils comprendre l’intérêt et l’importance d’un parti politique, afin de prendre à cœur les cotisations ? Peut-on affirmer très sincèrement qu’il y a des partis politiques en RCA ? Plus de cent (100) groupements politiques, mais aucun débat sur la viabilité de ces institutions. Les partis politiques vivent dans la poche des leaders. La classe politique centrafricaine devient ridicule devant la communauté internationale. Leurs interventions s’apparentent à de l’enfantillage, des gamineries. Dès qu’ils tournent les talons, les gens éclatent de rire, car ce qu’ils disent, donne la nausée et met véritablement mal à l’aise, ceux qui les écoutent. Les coups bas, les tacles irréguliers, les peaux de banane, avec une seule logique, « moi ou rien, pas l’autre ». Dès que la vague des nominations est passée, le pays s’arrête pour la classe politique. Chaque leader regagne sa caverne d’hibernation, croise les bras et attend une hypothétique nomination ou les prochaines élections, de vrais ermites.

A l’approche des élections, les Centrafricains assistent médusés, à un véritable rallye Paris-Dakar. Tous les leaders politiques sont en diagonale dans l’espace, qui au Tchad, au Congo-Brazza, en France, en Italie, en Guinée Equatoriale, au Sénégal, on ne sait plus où. C’est un marathon indescriptible à la recherche du nerf de la guerre. L’argent n’ayant pas de couleur, personne ne peut identifier la provenance. Tous les moyens sont bons pour se faire un budget électoral, à quel prix, à quelle condition, c’est le secret des sorciers. Les leaders politiques sont prêts à tout, vendent leurs âmes en enfer, à Satan, à Lucifer, à la mafia et aux terroristes éventuellement. Le leader est condamné à remplir la caisse, au risque que les rats quittent le navire pour la zone d’abondance. Alors, « c’est moi le meilleur, je gagne les élections, donnez-moi de l’argent, c’est sûr, je gagne ». Mais la contrepartie reste au fond de la calebasse du marabout. « Chut ! Ne le dites à personne, mais vous pouvez compter sur moi ».

Pendant la campagne électorale, les billets de banque craquants pleuvent. Tout porte à croire que chaque leader a une planche de billet dans sa chambre. Les militants n’étant pas éduqués, tous se ruent vers le leader, la rupture stock est une mort subite pour le leader. Chaque foyer des militants vit au rythme de la coulée des billets de banque, « made in X leader ». Les ordonnances, la faim, la misère, la pauvreté sont aux frais du leader. Comment ne pas vendre son âme au diable pour subvenir au social ? Certains militants sont flottants pour bien profiter de tous les leaders politiques, alors ils deviennent des abeilles qui voltigent d’une fleur à une autre, à la recherche de pollen. Depuis l’indépendance, ce cycle infernal caractérise la classe politique. Les Centrafricains ne peuvent pas mûrir politiquement et civiquement, parce que la parasitose des leaders politiques dépasse celle des militants, l’âge d’or de l’inculture politique, de l’ignorance aggravée par la haine, la jalousie, l’hypocrisie, la laideur politique. Un militant n’est pas une génération spontanée. Il faut non seulement le former, mais en plus, il doit gravir les échelons pour devenir un cadre « prêt-à-porter » pour le pays. Dans tous les partis politiques, les leaders ne connaissent qu’une seule chose, le congrès du parti pour boire, manger et danser. C’est l’occasion pour le leader de bomber ses muscles financiers. La vie du parti ne tient qu’au Congrès et les militants qui ont pris 05 Kg pour avoir bien mangé et bu pendant le congrès, regagnent la Caverne de Platon où ils caressent les ombres, les apparences sans lendemain.

Les partis politiques sont un parchemin pour la mangeoire gouvernementale. Les gens entrent au gouvernement pour échapper à la misère, mais absolument pas pour s’investir avec conviction pour le pays. Le pays est par terre. On devient ministre pour s’enrichir et non pour une conviction. Le salaire et les avantages d’un ministre, dans l’état actuel du pays, sont insuffisants pour répondre à tous ses besoins. Les ministres depuis trente (30) ans, descendent au bas de l’échelle et tiennent à l’œil d’aigle, tous les robinets des recettes. Les factures sont des chambre-à-air gonflables à souhait par les  pneumatiques de la comptabilité ou des services financiers. A ces postes juteux, les ministres ne nomment que les hommes de confiance, audacieux pour plonger la main jusqu’au fond de la caisse. Pour les marchés publics, ils cherchent celui qui joue le jeu, au bénéfice des gains réciproques. Souvent, les ministres privilégient les opérateurs économiques étrangers pour éviter d’être éclaboussés. Les ministres qui s’investissent réellement pour leur pays, avec patriotisme et conviction, sortent pauvres du gouvernement, parce que le pays ne peut répondre à leurs attentes. Une autre culture, ce sont les grosses bagnoles excessivement chères et réservées au PDG des entreprises privées. Ces véhicules de luxe qui coutent très chers, ne mettent pas beaucoup de temps, pire encore, servent aux « randonnées cuissales » durant les week-end et non pour les services pour lesquels ils sont affectés. Les 4X4 qui pleuvent au sein de l’administration, sont du ressort des entreprises privées. Au sein de l’administration, en moins de deux (2) mois, ces véhicules sont en piteux état, car ils servent à transporter les matériaux de construction, du fagot, les feuilles de manioc, en un mot, les produits du champ de X ou Y. Le Centrafricain ne sait jamais qu’il assassine son pays économiquement et logistiquement. La ruée vers le gouvernement, ce n’est pas pour servir son pays avec patriotisme et abnégation, mais pour avoir la latitude et l’autorité nécessaires pour piller son pays et s’enrichir de diverses manières.

Un autre concept a vu le jour. Tantôt, celui-là est proche de Touadéra ; tantôt celui-là est parent à Touadéra. Que vient faire de telles expressions dans la vie publique ? Pauvre RCA, pays merveilleux !         

(Suite au prochain numéro)

 

 Julien BELA  

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