L’ULTIMATUM DE LA MINUSCA, UN COUP...

Lundi 09 Oct. 2017 : 09H51

L’ULTIMATUM DE LA MINUSCA, UN COUP D’EPEE DANS L’EAU :

BOCARANGA TOUJOURS OCCUPEE PAR LES 3R DE SIDIKI

La crise centrafricaine continue de faire son petit bonhomme de chemin. Les villes de l’arrière-pays tombent les unes après les autres sous le contrôle des combattants des groupes armés. C’est le cas de la ville de Bocaranga au Nord-ouest du pays, dans la préfecture de l’Ouham-Péndé. Depuis deux (2) semaines, cette ville est passée des mains des Anti-Balaka à celles des combattants des 3R (Retour, Réclamation, Réhabilitation) du chef rebelle camerounais Sidiki. Une mission conjointe gouvernement Minusca s’est rendue dans la localité pour tenter de décrisper la situation sécuritaire tendue qui y prévaut. Elle était composée des ministres de la Défense Nationale, de l’Intérieur Chargé de la Sécurité Publique, des Affaires Sociales et du Commandant en force de la Minusca. L’objectif de celle-ci était de demander aux hommes de Sidiki de se retirer de la localité afin de permettre aux habitants de regagner leur domicile respectif.

Face à la réticence de ces hommes en armes, la Minusca a lancé un ultimatum de trois (3) jours aux 3R de quitter la localité. C’était le dimanche 1er octobre 2017. Cet ultimatum est arrivé à expiration le mercredi 04 octobre à minuit. Force est malheureusement de constater que rien n’a bougé d’un iota. Les rebelles campent toujours sur leur position. Ils n’ont jamais envisagé à ce jour de quitter cette ville. Après la prise de celle-ci, et à en croire les habitants de Bocaranga qui ont trouvé refuge à l’église Catholique et près de la base de la Minusca, « les combattants des 3R renforcent leur position dans la ville. Ces rebelles continuent d’affluer vers Bocaranga. Les Casques Bleus de la Minusca ne font absolument rien pour les empêcher. Ils agissent comme bon leur semble. Ils circulent dans la ville et y font des patrouilles. Les Casques Bleus en font autant ».

Malgré tout, le porte-parole de la Minusca s’est permis le luxe de dire que la ville est sous contrôle de la Minusca. Or en réalité, il n’en est rien. Jusqu’au moment où nous mettons cet article sous presse, la ville de Bocaranga est toujours sous les bottes des combattants des 3R. Leur présence est visible. Même sans verres correcteurs ou sans loupe ultramoderne, ceux qui sont encore dans la ville les voient. Ils vont d’un quartier à un autre sans être inquiétés par  les soi-disant soldats de la paix qui ne sont autres que les Casques Bleus de la Minusca. Peut-on dans ce cas de piètre figure dire que Bocaranga est contrôlée par la Minusca ? Et si elle était sous l’hégémonie, la prédominance de cette mission onusienne, avait-elle besoin de lancer un ultimatum aux combattants des 3R ? Où en sommes-nous aujourd’hui après l’expiration de cet ultimatum ? Autant de questions qui dépassent notre entendement humain.

Jusqu’à la date d’aujourd’hui Bocaranga est toujours envahie par les combattants des 3R contrairement aux propos mensongers du porte-parole de la Minusca. Et c’est une honte pour la Minusca. Une mission onusienne qui se comporte de cette façon est vouée à l’échec qui est très retentissant. Et nous avons l’impression aujourd’hui que la Minusca roule les Centrafricains dans la boue. Comment comprendre le fait que les combattants des 3R sont dans la ville, font des patrouilles, renforcent leur effectif, alors que Vladmir Monteiro avait affirmé que Bocaranga est passée sous contrôle de la Minusca ? Faut-il s’en tenir aux propos du porte-parole de la Minusca ? C’est vraiment grave. La Minusca a l’obligation de changer de fusil d’épaule. Rien ne sert de mentir alors que la réalité sur le terrain est contraire aux propos du porte-parole. Ce dernier doit comprendre que ceux qui sont restés à Bocaranga sont des hommes et non des animaux. Ils voient tout ce qui se passe dans la ville. Et si une occasion se présente, ces gens-là sont prêts à révéler des secrets, à dire haut ce qui se dit bas.

Et nous ne voyons pas pourquoi les responsables de la Minusca accusent les journalistes centrafricains de diffuser, publier de fausses informations. Les propos tenus par Vladimir Monteiro par rapport à la ville de Bocaranga qui serait sous contrôle de la Minusca sont-ils concordants ? A-t-il recoupé les informations avant de les mettre à la disposition du public centrafricain ? Nous ne le pensons pas. Il s’est contenté seulement des dires des Casques Bleus basés dans la ville. Cette situation n’honore guère le porte-parole et les responsables de la Minusca. Les Casques Bleus sont déployés en RCA pour protéger les populations civiles contre les exactions des groupes armés. C’est leur principale mission, convient-il de leur rappeler. Mais si les villes sont conquises par les groupes armés et les populations tuées, leurs biens et maisons incendiés sous la barbe de la Minusca, à quoi sert leur présence en RCA ? Cinq (5) jours se sont déjà écoulés après l’expiration de cet ultimatum. Les combattants des 3R sont toujours dans la ville de Bocaranga à bord de leurs véhicules entrain de patrouiller. Ils ne daignent même pas se retirer de la ville. Cet ultimatum de la Minusca, n’est-il pas un coup d’épée dans l’eau ?

Il ne fait aucun doute. C’est une réalité. Elle est palpable. Et cette situation se justifie. Ce sont les combattants dissidents de l’ex-coalition Séléka qui ont pris la ville. Ils sont intouchables. Ce sont des minorités que les Nations Unies protègent, les dorlotent, les caressent dans le sens du poil. Et si c’étaient les Anti-Balaka (les majorités) qui s’étaient emparés de Bocaranga, que devait-il se passer ? Comment la Minusca allait-elle réagir ? Vous le savez déjà.

Sans passer par quatre chemins, la Minusca a l’obligation de chasser les combattants des 3R de la ville de Bocaranga, même par la force. Le mouvement politico-militaire dénommé 3R a adhéré au processus DDRR. De ce fait, il n’a pas le droit de conquérir une ville. Et s’il persiste et signe, la Minusca doit passer à la vitesse supérieure pour traduire dans les faits l’expiration de son ultimatum. Dans le cas contraire, c’est un fiasco, un coup d’épée dans l’eau.

Aux dernières nouvelles, une offensive de grande envergure serait lancée par la Minusca le samedi 07 octobre 2017 pour déloger Sidiki et ses hommes de Bocaranga. Nous reviendrons en détail sur cette attaque menée par la Minusca avec des moyens sophistiqués contre les combattants des 3R.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA 

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