INSECURITE : TOUADERA SE TROUVE-T-IL DEVANT UN FAIT ACCOMPLI ?

Jeudi 17 Août 2017 : 09H26

INSECURITE : TOUADERA SE TROUVE-T-IL DEVANT UN FAIT ACCOMPLI ?

Deplaces 9Au regard de tous les actes barbares qui se développent de jour en jour dans le pays de feu Barthélémy Boganda, un observateur sérieux de la vie politique nationale serait tenté de dire que le président Faustin Archange Touadéra, démocratiquement élu par le peuple centrafricain du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest se trouve devant un fait accompli. Comment peut-on expliquer la progression des groupes armés qui occupent peu à peu presque toutes les régions du pays, malgré le retour à l’ordre constitutionnel depuis la date du 30 mars 2016 ? Pourquoi la communauté internationale avait poussé la barque électorale dans un climat sécuritaire très alarmante pour doter le pays des institutions républicaines démocratiques et reconnues par tout le monde ? Peut-on réellement reconstruire un pays avec des coups de cannons ? Autant d’interrogations qui dépassent notre entendement.

Une élection est une affaire de souveraineté. Et la souveraineté par définition est l’autorité suprême d’un Etat autonome et indépendant. Cela signifie que seules les autorités légitimes du pays ont le pouvoir de prendre des décisions engageant la vie politique de la nation. Est-ce réellement ce que nous observons en République Centrafricaine ? Le peuple centrafricain a bravé la peur,  a affronté les balles réelles pour choisir ses futurs dirigeants afin d’aspirer à la paix et  à la sécurité pour vaquer à ses occupations quotidiennes en toute indépendance. Malheureusement, l’espoir des centrafricains a disparu comme une traînée de poudre dans la nature face à la violence qui est devenue monnaie courante à l’intérieur du pays.

La paix est encore loin de devenir une réalité en RCA. Et comme l’a souligné le cardinal Dieudonné Nzapalainga, « on est assis comme sur des braises ». Le pays risquerait de sombrer à tout moment dans un chaos indescriptible qui ne dit pas son nom. Même le calme précaire observé à Bangui ne garantit nulle part la sécurité et la paix. Cela n’est un secret de polichinelle. La semaine qui vient de s’écouler, des détonations d’armes ont été entendues dans le 3éme arrondissement, précisément au Km5, à cause  de partage de l’argent, selon les dires de certains habitants dudit secteur. C’est la preuve que Bangui demeure encore une poudrière d’armes de tout calibre qui permet à n’importe qui de faire sa propre loi.

La situation est pire à l’intérieur du pays. Sur les seize (16) préfectures, quatorze (14) sont au jour d’aujourd’hui sous la coupe réglée des groupes armés. L’autorité de l’Etat n’existe que de  nom dans plusieurs régions du pays : absence de préfets, sous-préfets, maires, policiers, gendarmes ainsi que les Forces Armées Centrafricaines (FACA). Ce qui ouvre la voie aux groupes armés de régner en maitre absolu des lieux, en commettant des exactions sur la population civile. C’est ce que certains leaders des groupes armés avaient affirmé l’autre jour. Selon eux, « en l’absence de l’autorité de l’Etat, nous sommes obligés de contrôler les zones et protéger la population ». Quel rôle joue la Minusca si ce sont les groupes armés qui contrôlent et dirigent tout dans l’arrière-pays ? Est-ce qu’il y a réellement une volonté d’aider les autorités centrafricaines à rétablir la paix dans le pays ? Que peut faire un gouvernement face aux massacres perpétrés par les rebelles sans son armée nationale ?

Pendant que la procédure de la réhabilitation des Forces Armées Centrafricaines s’avance à pas de caméléon, la voie est totalement libre et permet aux groupes rebelles de tuer, piller et incendier à leur gré. Malgré les condamnations qui pleuvent  à longueur de journée, des têtes tombent et continuent de tomber jusqu’au dernier coup de sifflet. Six (06) volontaires de la Croix Rouge ont été systématiquement abattus dans les violences survenues à Gambo, dans la région du Mbomou, il y a de cela quelques jours. Cela démontre bel et bien l’incompétence notoire et la passivité de la Minusca devant les massacres et les exactions des groupes armés. Et à l’allure où vont actuellement les choses, la population civile  centrafricaine en détresse risque de connaître une grave crise humanitaire. C’est ce que Stephen O’Brien, coordonateur humanitaire  de l’ONU a déploré durant sa visite de trois (03) jours à Bangui et à l’intérieur du pays. Mais aucune action concrète n’a encore été prise pour empêcher les violences des groupes armés à l’endroit du personnel humanitaire et de la population civile. D’où, les mêmes scénarios : attaques sur attaques contre les ONG humanitaires internationales et la population sur les sites de fortune.

Tous les hauts représentants des organisations internationales ici présents en République Centrafricaine croisent les bras et déplorent seulement la dégradation de la situation sécuritaire du pays. Faut-il attendre que le pire arrive avant de réagir ? Les experts des Nations-Unies viennent de rendre public un rapport qui a mis en exergue les sources d’alimentation de la crise par les trafics d’armes qui se développent entre les frontières de la RCA, du Tchad, du Soudan et des deux (02) Congo. Alors qu’il y a un soi-disant embargo du Conseil de Sécurité de l’ONU qui interdit l’importation d’armes, de munitions et autres effets de guerre à destination de la RCA. Comment expliquer l’attitude des représentants des Nations-Unies qui laissent faire les groupes armés ?

Le peuple centrafricain parle de l’impunité zéro. Et cela doit se concrétiser à travers la Cour Pénale Spéciale en vue. Curieusement, la communauté internationale observe les partisans de l’amnistie qui tirent les ficelles de leur côté, en mettant un coup d’accélérateur dans les massacres et les exactions dans les villes de provinces. Que peut faire le régime en place pour traquer les criminels, tueurs, violeurs, pilleurs afin de les mettre à la disposition de la CPS sans ses forces de sécurité intérieure ? Il faut changer de fusil d’épaule pour arrêter les massacres des groupes armés car, la souffrance de la population a débordé le vase.

Bénistant MBALLA

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