INQUIETUDE DE LA POPULATION DE BOZOUM FACE AU RETRAIT DISCRET

Mercredi 18.01.2017 : 12H12

INQUIETUDE DE LA POPULATION DE BOZOUM FACE AU RETRAIT DISCRET DU CONTINGENT CAMEROUNAIS : LA MINUSCA A-T-ELLE  MESURE LES CONSEQUENCES ?

Minusca 4

Il ya quelques mois, la population de la ville de Bozoum, située dans la préfecture de l’Ouham-Péndé, au Nord-ouest de la RCA, s’est opposée au retrait du contingent camerounais de la Minusca, basé depuis plusieurs mois dans cette localité. En dépit de cette opposition, les Casques Bleus camerounais se sont retirés progressivement de la ville. C’est finalement dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 janvier 2017 que les derniers éléments ont quitté discrètement Bozoum. Les autorités de cette préfecture n’ont pas été contactées préalablement. Toute la population de Bozoum s’est réveillée tout en constatant que les Casques Bleus camerounais n’étaient plus visibles. Leur base était déserte.

Aujourd’hui, c’est l’inquiétude généralisée qui se lit sur le visage des habitants de ladite ville. La peur les gagne et ils ne savent plus à quel saint se vouer. Qui va les protéger contre une probable incursion des groupes armés ? Difficile de le dire. Ils se débrouillent comme ils peuvent pour s’organiser afin de protéger leur ville. C’est ainsi qu’ils ont mis en place un groupe d’auto-défense. Leur objectif est de sécuriser la ville. Malgré leur mesure de sécurité, ils ont appelé le gouvernement à leur rescousse. Un habitant joint au téléphone, sous couvert d’anonymat, demande à l’Exécutif d’envoyer les éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) à Bozoum. « Face au retrait des Casques Bleus camerounais et vu que la ville est et demeure sans Forces de Défense et de Sécurité (FDS), nous demandons au gouvernement centrafricain de dépêcher très rapidement à Bozoum nos FACA pour assurer notre protection »,  a-t-il indiqué.

Nous pensons pour notre part que le gouvernement fera un effort dans ce sens. Car, sans nous voiler la face, la ville de Bozoum a été très secouée par  cette crise larvée qui perdure encore. En outre, les combattants du RRR (Retour, Réclamation, Réhabilitation) du sanguinaire Camerounais Sidiki se trouvent  présentement dans cette préfecture. Ils ont installé leur base dans la ville de Koui. A peine quelques jours, la ville de Bocaranga, située non loin de Bozoum, a failli être annexée par ces hommes sans foi, ni loi. N’eût été la détermination des Casques Bleus Bangladeshi et le  groupe d’auto-défense de cette ville, les rebelles de Sidiki auraient dû s’emparer de cette localité. Mais le danger n’est  pas écarté car ceux qui ont pris leurs  jambes au cou, ont promis revenir en guise de représailles. S’il arrive que la ville de Bocaranga tombe entre leurs mains, ne vont-ils pas progresser vers Bozoum ? Ou bien, ne peuvent-ils pas contourner Bocaranga pour attaquer la ville de Bozoum qui ne dispose pas des forces internationales, en l’occurrence les Casques Bleus de la Minusca ? Autant de questions qui dépassent l’entendement humain.

Alors, les responsables onusiens ont-ils mesuré les conséquences d’un tel retrait ? Tout comme la population  de Bozoum, les Centrafricains en général sont inquiets du retrait discret des Casques Bleus Camerounais. Se retirer d’une ville sans pour autant tenir informer les autorités de cette localité est grave et suspect. Tourner aussi le dos aux populations en détresse est inadmissible et intolérable. Et pourtant, si nos mémoires sont bonnes, la mission première des Casques Bleus de la Minusca en Centrafrique demeure la protection des populations civiles. Mais quand ces populations qu’on prétend protéger, sont abandonnées dans la gueule des loups par les protecteurs, où est le sérieux ? De surcroît, la population de Bozoum entretient de bonnes relations avec les soldats onusiens camerounais. Pourquoi ce revirement spectaculaire de dernière minute ?

Il convient aussi de signaler que nous ne sommes pas contre le retrait du contingent camerounais. C’est la manière dont le retrait s’est fait qui nous met mal à l’aise. Si d’autres contingents étaient déployés dans la ville, cette situation n’allait pas faire couler beaucoup d’encres et de salives. De grâce, nous exhortons les responsables onusiens à déployer un autre contingent à Bozoum car, aujourd’hui, on ne peut nous dire que la ville de Bozoum est calme, qu’elle ne subira aucune attaque venant des groupes rebelles. Les hommes du MPC de Mahamat Alkhatim, ceux du FPRC de Nourredine Adam, constatant qu’il n’y a pas de force dans cette ville, peuvent l’attaquer à tout moment. La raison évoquée pour justifier le départ du contingent camerounais de Bozoum, est dénuée de tout fondement.

Raison pour laquelle, nous demandons au gouvernement de prendre ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard. Ce retrait discret nous fait peur et peut ouvrir la voie aux groupes armés. Si nous ne faisons pas attention, la ville de Bozoum sera convoitée par les 3R, le MPC, et le FPRC qui sont très actifs dans les préfectures de l’Ouham et de l’Ouham-Péndé.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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