IMPUNITE ZERO ET LES CRIMES ECONOMIQUES,...

Mardi 29 août 2017 : 09H28

IMPUNITE ZERO ET LES CRIMES ECONOMIQUES, CORRUPTION, DETOURNEMENTS, SCANDALES MINIERS : RACINES DE L’INJUSTICE SOCIALE, DE LA MISERE, DE LA PAUVRETE, DU CHOMAGE ENDEMIQUE.

Premier ministre sarandji 1Lorsqu’on scrute l’orientation de l’impunité zéro, tous les regards sont rivés sur les groupes armés. C’est un crime conjoncturel, passager, limité dans le temps. Quelle que soit la durée des négociations, la paix reviendra. Les FARC en Colombie ont fait la guerre pendant plus de cinquante ans aujourd’hui, ils déposent les armes pour redonner le sourire et la paix au peuple Colombien. Le Tchad, le Congo-Brazzaville, ont connu des conflits armés, la paix est revenue. La RCA n’échappe pas à cette règle. Cependant, il y a des crimes économiques qui sont les vrais maux qui plombent la RCA : La corruption, les détournements des deniers publics et les scandales miniers. Ces fléaux sont invisibles et les Centrafricains semblent s’en accommoder. Aucun chef d’Etat ne s’est véritablement penché sur ce cancer qui ronge le pays, pour un traitement de choc et un nettoyage à sec.

Les institutions de contrôle ne font guère défaut : la Cour des Comptes, l’inspection Générale d’Etat, le contrôle financier et l’Inspection Générale des Finances. Que valent ces institutions, si l’exemple ne vient pas du sommet, si elles ne sont pas mises dans les conditions idéales de travail ? Si elles ne sont tenues en liesse par l’Autorité Suprême ? Il y a des exemples qui doivent inspirer la RCA : le Burkina Faso et le Rwanda. Ces pays ne sont rien auprès de la RCA en termes de ressources et de potentialités. Pourquoi la RCA est la lanterne rouge de la planète ? Pourquoi la RCA voltige de crise en crise ? Les recettes de l’Etat, des projets, des dons et legs, subissent une érosion criminelle, intensive dans leur parcours. Tout le monde veut être ministre pour s’enrichir le plus rapidement possible, s’acheter des villas en Europe, se construire des forteresses sans adéquation avec leur pouvoir d’achat. Les robinets financiers sont orientés dans des poches obscures.

Un pays comme la RCA et dans le contexte actuel, se permet-il le luxe d’acheter des véhicules derniers cris, de 40 à plus de cent millions pour un seul individu ? Où sont les routes pour ces véhicules de luxe ? Les 4x4 de l’administration sont sur les routes de Boali, Mbaïki ou Damara pour acheter du bois de chauffe, du charbon, du manioc, pour les convois des produits agricoles d’un « En Haut d’en haut », soit les matériaux de construction de leurs villas. En trois mois, le véhicule est hors d’usage et il faut acheter un autre. La RCA est extrêmement pauvre, mais très riche en grosses voitures toutes neuves des fabriques. Cependant, la population rurale broie du noir. Manger seulement devient un luxe, une prouesse surhumaine de tous les jours. Le paradoxe est suicidaire.

Depuis plus de trente ans, la RCA traîne les crimes les plus odieux que sont la corruption, les détournements de deniers publics, les scandales miniers comme des boulets au pied. Personne ne semble s’en émouvoir outre mesure, alors que, ce sont les vraies racines des crises à répétition, des sentiments accumulés d’injustice, l’enrichissement illicite d’un petit nombre au détriment de la majorité : Haut-Mbomou, Vakaga, Bamingui-Bangoro, presque toutes les régions de la RCA sont à l’abandon. Dès qu’un ministre est malade, il est en France pour se soigner, et le pygmée, le peulh, le cultivateur au fond du village ? Après 57 ans d’indépendance, aucun hôpital de référence. L’argent du pays permet aux ministres de s’offrir les soins les plus prestigieux ailleurs, sous d’autres cieux. Le reste du peuple est condamné à mourir en silence, faute d’argent pour se soigner. Les ambulances dans les régions ne durent pas à cause de l’état des routes et pourtant elles portent des urgences de vie humaine.

La RCA a des ressources que la mauvaise gouvernance laisse charrier dans des bouches inutiles. Car que valent bon nombre  de ces ministres ? Ils sont plus médiocres que la médiocrité, nuls. Et au pays de l’injustice, des inégalités sociales, les rébellions, la haine, la rancœur, les révoltes s’enchaînent et deviennent source de destruction. Des feus présidents Kolingba, Patassé, de Bozizé à Djotodia, c’est le comble. Impunité zéro, c’est l’éradication de ces fléaux sources de toutes les crises que la RCA a connues. Si le gouvernement Sarandji a été un échec lamentable en terme de bonne gouvernance, il n’est tard de prendre le taureau par les cornes. Un parent, c’est celui qui peut distinguer l’intérêt du pays de l’intérêt personnel, privé, par son intégrité, son honnêteté, et surtout sa compétence. Il en est de même des amis et connaissances. Celui qui est corrompu, celui qui détourne les deniers publics à son profit, ronge le fauteuil présidentiel, creuse la tombe du pouvoir, renforce l’impopularité du régime. Gouverner un Etat n’a pas de sentiment, n’a pas de demi-mesure. Tout dérapage doit être sévèrement sanctionné, parent ou pas, amis ou pas. Seul l’intérêt suprême de la nation prime, comme disait Feu président Omar Bongo Ondimba : « Mon miroir, c’est le peuple gabonais. Quand le visage est souriant, tout va bien. Mais quand le visage est fermé, il y a problème, il faut chercher à le savoir et à le résoudre… ». Un chef d’Etat gouverne un peuple et non des parents, amis et connaissances, même s’ils ont soutenu sa campagne.

La rupture prônée par Touadéra est restée lettre morte, alors que c’est la ligne directrice du gouvernement Sarandji. En dehors de Touadéra, la rupture ne transparaît nulle part. Or les propos les plus forts d’un chef d’Etat sont repris par le Premier ministre et le gouvernement pour les traduire dans les faits. Fort heureusement, quelques ministres sur les doigts de la main donnent une existence à ce gouvernement. Le reste est un trou noir. Touadéra a été élu et est porteur de tous les espoirs, de toutes les attentes du peuple centrafricain. L’actuel gouvernement est un boulet à ses pieds. Il doit changer de fusil d’épaule et remettre la lutte féroce contre la corruption, les détournements de deniers publics, les scandales miniers au cœur du prochain gouvernement, une priorité de toutes les priorités, un impératif catégorique, une nécessité absolue. L’heure est enfin venue de briser le signe indien, de redresser les mentalités par le bâton de la rigueur. C’est le seul moyen de consolider la paix et la réconciliation nationale. Cette rigueur profite à la jeunesse, car l’Etat peut avoir les ressources locales pour créer des emplois, construire les écoles et les hôpitaux, étendre l’énergie et les adductions en eau potable, construire les routes et les ouvrages d’art (le pont du PK 9). Il faut compter sur soi-même d’abord, avant un complément par l’aide extérieure. Un Etat souverain ne peut tendre éternellement un long bras de mendiant. Il faut se serrer la ceinture, car après la pluie, vient le beau temps et après les crises, viendra le sourire et la vie sera belle.

 

Julien BELA

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