GOUVERNEMENT, ASSEMBLEE NATIONALE, PARTIS ...

Mercredi 28.06.2017 : 09H52

GOUVERNEMENT, ASSEMBLEE NATIONALE, PARTIS POLITIQUES, SOCIETE CIVILE, POPULATION :

MOBILISATION GENERALE ET SANT’ EGIDIO LANCE UN APPEL AUX GROUPES ARMES

Seleka et anti balaka 1Un accord est toujours imparfait, seulement, la paix est mieux que la guerre, aussi bien pour les groupes armés que pour le reste de la population. Le capital politique que détient chaque leader politique, est fait pour être dépensé, c’est-à-dire mis au service de la nation et non pour être gardé, pour être couvé comme un œuf. Le plus important est la détermination, la volonté opiniâtre des uns et des autres d’arracher la paix et la réconciliation nationale. La population est véritablement fatiguée, les groupes armés eux aussi sont fatigués, la communauté internationale est fatiguée. L’heure de la paix a donc sonné, avec l’Accord politique, suivi de cessez-le-feu immédiat, sous l’égide de Sant’ Egidio à Rome. Cet acte a été salué par le monde entier. C’est un grand pas vers la paix.

C’est l’occasion pour une mobilisation générale des forces vives de la nation. L’argent n’aime pas les bruits de bottes. Aucun pays au monde n’a accepté de végéter dans la guerre pour l’éternité. Il y a un début mais aussi une fin. Dans le cas de la crise centrafricaine, il n’y aura ni vainqueurs, ni vaincus. Il faut arrêter la guerre pour donner une chance à cette population meurtrie, de souffler, de retrouver sa dignité d’être humain. Il y a eu plusieurs conflits armés à travers le monde. Mais ces conflits ont tous une fin. La crise centrafricaine a trop duré parce que certains leaders politiques y trouvent du plaisir à manipuler les groupes armés, à tirer les ficelles dans l’ombre. A qui font-ils mal ? Aux autorités ou à la population centrafricaine, sous les feux des bombardements, des massacres, des carnages, des viols et des incendies des  maisons et villages, voire les destructions des plantations. Certains leaders des groupes armés sont députés à l’Assemblée Nationale. Ne peuvent-ils pas conquérir le cœur des autres combattants, à l’exemple du capitaine Joachim Kokaté ? Toutes les bonnes volontés mises bout à bout, peuvent soulever des montagnes.

Depuis 1996 jusqu’en 2017, soit 23 ans de mutineries, de rébellions, de coups d’Etat sur coups d’Etat, c’est véritablement trop. La guerre n’a fait que détruire le potentiel humain, économique, social, culturel et sportif. La fracture sociale est béante et pourtant les hostilités se poursuivent. Une guerre absurde, sans objectif, sauf qu’elle prend en otage tout un peuple. Les Centrafricains aiment critiquer, alors que même bancale, il faut progresser et apporter des correctifs pour réussir le pari de la paix et de la réconciliation nationale. Il n’y a que nous Centrafricains pour le faire, car personne ne pourra se substituer au peuple centrafricain. Le Rwanda a connu le pire des génocides. Aujourd’hui, c’est un pays uni et prospère, plus avancé que la RCA et bon élève du FMI et de la Banque Mondiale. Le Tchad, le Congo Brazzaville, la RD-Congo ont connu les guerre, mais ces guerres ne sont pas devenues un fonds de commerce pour un groupe donné. Tous ces pays sont aujourd’hui en paix. Les Centrafricains ont une tête, une intelligence, une conscience pour discerner et faire la part des choses.

La France était de ceux qui ont soutenu le retour à l’ordre constitutionnel par tous les moyens. Sous les balles, les Centrafricains se sont rendus aux urnes pour élire un président, des députés et toutes les autres institutions de la République. La démocratie centrafricaine est assise, intégrale et totale. La liberté d’expression s’affirme, ainsi que celle de la presse. Quel miracle peut-on demander à un peuple ? Les Centrafricains ont répondu présent aux vœux de la Communauté internationale. Comment comprendre qu’au lieu d’aider les nouvelles autorités issues des urnes à s’occuper des questions de développement, la France tourne le dos aux fruits des urnes, laissant les groupes armés intacts et les nouvelles autorités les mains nues face au brasier ? Que voulait la France en abandonnant la RCA à son triste et cruel sort ? Un pouvoir qui n’a pas l’instrument de sa souveraineté, est à la merci des groupes armés. La même France, aujourd’hui, soutient le camp de la justice. Qui va arrêter les criminels et les tortionnaires pour les remettre à la justice ? La Minusca se dit une force de maintien de la paix et non une force combattante. Quelles sont les chances de survie de la Cour Pénale Spéciale (CPS) ?

L’Union Africaine (UA), dans tous les cas de figure, ne soutient que les causes tordues. Elle n’est jamais pour la transparence, pour la vraie justice. Le cas des enquêtes sur les charniers, les massacres, dans la région du Kassaï en République Démocratique du Congo en dit long. L’UA est un syndicat des dictateurs sans foi ni loi. La brouille entre l’UA et la Cour Pénale Internationale trahit la conscience profonde des dirigeants africains. Des gens qui ont la conscience lourde, les mains qui baignent dans le sang du peuple, peuvent-ils soutenir la justice, un couteau à double tranchant ? Juger Hisseine Habré, c’est bien, mais est-ce que le président actuel fait mieux que Habré ?  Des opposants ont disparu sans laisser de trace. La société civile a sa place en prison et pourtant, cette société civile dynamique existe au Burkina Faso, au Sénégal, et est plus puissante, capable de dire « HALTE ! » aux putschistes d’élite suréquipés au Burkina Faso. L’Afrique du chaos peut-elle triompher de l’Afrique du Droit ?

Les groupes armés ne sont pas des extraterrestres, des zombies, mais des êtres humains, des compatriotes, même s’ils se sont alliés aux mercenaires tchadiens, soudanais, Ougandais et congolais du M23. Ils ont aussi une conscience, ils ont de chair, d’os et de sang comme toute personne au monde. C’est avant tout notre pays. Les dents et la langue s’entrechoquent, cela fait parfois très mal. La langue saigne, mais elles sont toujours ensemble dans une cohabitation harmonieuse. La langue donne le goût et renvoie les aliments aux dents qui sont des broyeurs. Les dents à leur tour envoient le précieux courrier en express par l’œsophage au panier chimique de l’estomac qui se sert et rejette les déchets. Les groupes armés ne sont pas seuls, car ils émanent de cette population qu’ils tuent et détruisent ses biens. L’heure est venue de faire la paix, dans la sincérité et le respect de la personne humaine qui est « sacrée ». Nul n’a le droit d’ôter la vie de son prochain. Le responsable de Sant’ Egidio déclare : « les groupes armés doivent comprendre que l’économie, le social et les routes, le pays en a besoin ».

Julien BELA

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