F. ET F. BOZIZE ET LA DECONFITURE GENERALISEE DES FACA :

Vendredi 07 Avril 2017 : 09H15

FRANçOIS ET FRANCIS BOZIZE ET LA  DECONFITURE GENERALISEE DES FACA : POURQUOI ET COMMENT LES FACA SONT HUEES, HUMILIEES, RIDICULISEES

Bozize pere et fils

L’Armée est l’instrument de souveraineté de tout Etat organisé et digne de ce nom. Sous le régime Bozizé et en temps de paix, les FACA ont leur période la plus sombre de toute l’histoire de la RCA. L’apparition des « libérateurs » a accéléré les clivages, le tribalisme ronflant, la politisation exponentielle. Les formations pour les nouveaux recrus ne duraient que 45 jours au maximum. Le champ de tir où les soldats s’exerçaient aux maniements des armes était banni. Les FACA n’existaient que de nom et n’étaient que l’ombre d’elles-mêmes. Les soldats détachés à Birao, puis à Obo, ont été totalement oubliés. Ils vivaient grâce à la solidarité d’arme des soldats soudanais et tchadien. Leurs familles (femmes et enfants) étaient abandonnées dans la nature, les enfants renvoyés de l’école. C’est l’enfer.

Pendant les élections, un homme de bonne fois, un digne fils du pays, le professeur Nguérékata a réuni les épouses de ces militaires à Sapéké (au bord du canal), pour les consoler, les soulager avec un peu d’argent afin qu’elles gardent espoir et renouent avec la vie. Des soldats encore valides, la véritable ossature de l’armée, ceux qui peuvent se sacrifier pour défendre la patrie, ont été mis à la retraite anticipée et forcée. Quant à leurs frais octroyés par l’Union Européenne, ils se sont volatilisés. Un journaliste de la presse privée a été mis en prison à propos de cet argent de l’UE en faveur des soldats démobilisés. Le dossier demeure à ce jour. L’ossature des FACA a été totalement brisée et ce, au vu et au su des généraux qui sont encore là au sein de l’Armée Centrafricaine. Ils ont assisté sans réagir à l’extinction à petit feu, des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Les autres ethnies au sein de l’armée centrafricaine étaient au four et au moulin, sur les théâtres des opérations à travers le pays. A un certain moment, un officier supérieur ayant fait ce constat discriminatoire, a démissionné : « Je ne suis pas le seul officier supérieur au sein de l’Armée ». Il est vivant et peut témoigner nos propos.

François Bozizé, général d’Armée et son fils Francis, Colonel de son état, avaient les mains de fer sur l’armée et quelle armée ? L’équipe de football des Forces Armées Centrafricaines a fondu comme du beurre pour disparaître définitivement dans la nuit des temps. Les FACA n’étaient qu’une coquille vide. C’est un tombeau blanchi dont à l’intérieur, seul le diable sait. Les « libérateurs », ces supers puissants ont pris goût à l’argent, ils sont dans les affaires, intouchables et incorrigibles. Ce sont des demi-dieux sur terre. Personne ne pouvait contrôler leurs affaires, leurs véhicules, tout ce qui se rapproche de leur ombre. C’est la foudre. Une armée qui ne s’entraine pas, très indisciplinée, n’a aucun respect de la hiérarchie, sauf les officiers supérieurs du clan au pouvoir. Cependant, notre voisin du Nord, avec qui Bozizé entretenait de bonne relation, était entrain de bâtir un empire militaire. Aujourd’hui, le Tchad joue un très grand rôle en Afrique et dans la sous-région : Mali et Nigéria (une puissance africaine). La RCA et Bozizé naviguaient à contre courant de l’évolution du monde. Bozizé et son fils aux commandes des FACA, n’ont pu opposer une résistance farouche à la coalition Séléka. C’est la débâcle. Des officiers supérieurs ont été humiliés, d’autres pourchassés comme des souris, d’autres froidement abattus, tant au sein des FACA, de la Gendarmerie que de la Police. Les tenues et les rares armes trainaient par terre, le long du fleuve et dans les quartiers de Bangui. Un pays sans armée est à la disposition des prédateurs, des fauves déchaînées, c’est la valse des massacres et personne n’est épargnée. Pour garantir son pouvoir, Bozizé a préféré briser les ailes de son armée, la réduire au silence, la dompter totalement. Mais les conséquences ne sont pas faites attendre. Et pourtant, Bozizé a acheté des tonnes et des tonnes d’armes de tout calibre, des tonnes de munitions qui peuvent servir cinquante (50) ans. Toute cette armada est entre les mains des ex-Séléka qui tuent leurs compatriotes avec les armes récupérées après Bozizé.

Francis Bozizé est bien à Bangui. Il est tranquille, aucun remord et espère encore revenir au pouvoir. Cependant, les soldats précipités dans la retraite anticipée broient du noir. Celui qui les a mis en retraite est là. Il doit en rendre compte. Les « libérateurs » très gonflés, ont pris leurs jambes au cou, devant des malfrats, vivant dans la brousse ou en exil. Le ridicule ne tue jamais en Centrafrique. Ils sont revenus sur la pointe des pieds, dans ce pays qu’ils ont abandonné entre les griffes des mercenaires. Pourquoi les FACA doivent être dans cet état ? En vertu de quoi ?

La LRA massacre, tue et pille depuis 2008, sous la barbe de Bozizé et de ses libérateurs. Personne n’a levé son arme. Quel est le passé des FACA, le présent afin de projeter l’avenir ? Même le Forum de Bangui a évité ce dossier vital pour le devenir de la RCA.

Les Centrafricains réclament les FACA, ce qui est normal. L’Armée est une émanation du peuple. Malheureusement, les officiers supérieurs, par leur silence, leur hypocrisie, leur fourberie, ne veulent pas donner les informations réelles sur l’état de santé de nos FACA depuis le début de la crise à ce jour. Les vrais militaires qui peuvent tenir une guerre, ont été tous vidés de l’Armée, poussés de force à la retraite, car ils représentaient un danger pour le pouvoir de Bozizé. Comment comprendre que l’ancien ministre de la Défense, Francis Bozizé est à Bangui et personne ne s’en préoccupe ? C’est lui qui détenait tous les dossiers des soldats retraités. C’est lui qui travaillait avec l’Union Européenne pour le décaissement des fonds dans ce sens. Où en sommes-nous ? Il n’y a jamais eu de passation de service. Pourquoi menacent-ils de sortir dans la rue ? Contre qui ? Vu l’urgence pour la sécurité nationale, peut-être certains encore valides et solides peuvent être repêchés. Faut-il aussi disposer des moyens financiers pour le faire. Ce n’est qu’une hypothèse.

De feu Kolingba à Bozizé, la RCA a vu deux conceptions militaires diamétralement opposées. Kolingba a bâti une armée solide, pendant que Bozizé l’a démolie. C’était beau et fier de voir les FACA sous Kolingba, malgré la dose océanique du tribalisme. Disciplinés, bien habillés, bien chaussés, les chaussures bien cirées, propres , nous avions des soldats. L’Escadron Blindé Autonome (EBA) était solide. Il était difficile pour un civil de rester très longtemps à côté des éléments de L’EBA. Ils sont fermes, ultra disciplinés qu’ils inspirent la crainte, la peur, et surtout le respect sans faille. L’Escadron Blindé Autonome, hyper armé, ne badine pas. Et ce n’est pas tout. Le Régiment de Défense Opérationnelle du Territoire (RDOT) que la population appelle les « Redoutables ou les Terribles du Territoire), casse la baraque. Ils ont du mal à tenir sur leurs jambes, à ne rien faire ici à Bangui. Ils adorent « Chauffer les canons » contre les coupeurs de route et les bandits de grand chemin. C’est dans ce corps que s’opère ce que les soldats appellent « baptême de feu » des nouveaux recrus, les stratégies de guerre, comment attaquer son ennemi. Sous Kolingba, nous étions au lycée d’Etat des Rapides, un lycée phare à l’époque. Nous passions par Ndrès pour rentrer à la maison. Il nous arrivait d’assister, au niveau de Ndrès, à des opérations militaires qui nous paralysaient de peur. Deux groupes de soldats, chacun de l’autre côté de la route, caché dans la brousse, rampait pour chercher à abattre son ennemi. Le commandant sortait sur la route de Ndrès pour faire passer les élèves : « N’ayez pas peur, c’est une simulation de guerre, avec des balles blanches qui ne tuent pas. Vous pouvez passer. Rentrez vite à la maison ». Mais les détonations s’apparentaient à des balles réelles.

Sous Kolingba toujours, il y avait des épreuves d’endurance. Les soldats marchaient à pied, de Bambari à Bangui, sac au dos, arme à la main, rangers aux pieds. Il y a des marathons militaires Bangui-Bouar ou Bouar-Bangui. Chaque matin, toute la ville de Bangui écoutait depuis Ngaragba, au Camp Kassaï, les tirs d’armes de tous calibres. Ce sont les exercices de tirs. Les militaires apprennent à tirer. C’est leur métier. C’est une vraie soupape de sûreté, vous êtes contents. Aux heures dépassées, dès que vous apercevez un soldat allant dans le même sens, vous vous accrochez à lui, vous le suivez, c’est un protecteur, c’est une garantie de votre sécurité. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Sous Kolingba, la formation des soldats était continue, aux Etats-Unis, en Côte d’Ivoire, en France, en RDC, un peu partout. Quant à la Garde Présidentielle de Kolingba, c’était l’élégance militaire. Des jeunes pleins d’énergie, bien habillés de la tête aux pieds. Kolingba surveillait scrupuleusement leur habillement, leur propreté et surtout leur discipline de fer. Les FACA faisaient la gloire, la fierté du peuple centrafricain. Aucun malfrat ne pouvait oser cogner sur la tête d’un Centrafricain, encore moins les coupeurs de route et les bandits de grand chemin. C’était une armée digne de ce nom. Il y avait les spécialistes de toutes les armes en grand nombre. Le Général Sylvestre Yangongo serait le dernier rescapé des pilotes au sein de l’armée. Il a maintenant de l’âge donc, c’est le néant. Il faut rebâtir notre Armée, les FACA, sur des bases solides et une fois pour toute. Cela prendra du temps, mais c’est un passage obligé. Les pires défis sont à venir. Il faut prendre notre mal en patience.

(Suite au prochain numéro).

Julien BELA

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