DIALOGUE POLITIQUE INCLUSIF, AMNISTIE, JUSTICE :

Lundi 12 juin 2017 : 10H19

DIALOGUE POLITIQUE INCLUSIF, AMNISTIE, JUSTICE :

QU’EST-CE QUI METTRA UN TERME A LA CRISE CENTRAFRICAINE ?

Depuis quelques temps, des voix s’élèvent pour réclamer la tenue du Dialogue Politique Inclusif (DPI), accorder l’amnistie aux bourreaux du peuple centrafricain qui continuent de commettre des exactions de tout genre et de traduire les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en justice. D’autres compatriotes campent sur le dialogue. Ils estiment pour leur part que c’est la seule condition sine qua non pour le retour de la paix et de la sécurité en Centrafrique. Et les Centrafricains s’interrogent en ces termes : du dialogue politique inclusif au dialogue, en passant par l’amnistie, la justice, qu’est-ce qui mettra un terme à la crise centrafricaine ?

Dialogue Politique Inclusif

Le DPI tant souhaité par le secrétaire général par intérim du parti Kwa Na Kwa de François Bozizé-Yangouvonda, l’honorable député de Boali, Bertin Béa, avait bel et bien eu lieu. Et c’était bien sûr sous le régime du déchu général président. Des recommandations ont été élaborées et devaient être exécutoires. Mais les jours passaient et se ressemblaient. Bozizé et le KNK ont rangé lesdites résolutions dans le placard à la Présidence de la République. Personne n’a daigné y jeter un coup d’œil. Leur mise en application était devenu un serpent de mer difficile à avaler par Bozizé et son parti. Quand les Centrafricains réclamaient leur mise en œuvre, c’est un coup de bâton ou de massue qui s’abattait sur eux. Aucun individu ne pouvait tousser sur ces recommandations issues du DPI.

Dépassée par les évènements, la coalition Séléka de Michel Djotodia est entrée en éruption en reversant le régime de Bozizé, parce que ce dernier ne tenait pas à sa parole. Prétextant que la région du Nord est marginalisée, ce qui s’avère vrai, la Séléka a balayé du revers de la main le régime tribaliste, régionaliste, clanique, familial du général. Mais quelle mouche pique Bertin Béa à exiger au régime actuel d’organiser un autre DPI où Bozizé et Djotodia prendront part ? Le KNK avait-il mis en application les différentes résolutions issues du précédent DPI ? Nous ne le pensons pas. Bozizé et les siens ont fait fi de ces recommandations et ont privilégié leurs intérêts personnels, égoïstes, partisans au détriment de l’intérêt général. Et ce qui devait arriver, était arrivé. Bertin Béa aurait dû rester tranquille car son parti et son président Bozizé n’avaient pas respecté les recommandations du DPI de 2009. Il doit savoir que les différents fora qui ont été organisés en Centrafrique ont toujours accouché d’une souris car les recommandations ont toujours été foulées aux pieds par les différents régimes qui se sont succédés à la tête de l’Etat centrafricain.

Amnistie

Si nos mémoires sont bonnes, des lois d’amnistie ont été à maintes reprises votées par les élus de la nation. Parmi ceux qui nous tuent, incendient nos maisons, pillent nos ressources, détruisent et ravagent tout sur leur passage, nombreux sont ceux qui ont été amnistiés.

Force est malheureusement de constater que ce sont les mêmes personnes qui ont été amnistiées hier qui reviennent encore en force commettre de nouvelles exactions sur leurs compatriotes. Comment voulez-vous qu’on accorde une autres amnistie aux individus qui en ont déjà bénéficié ? La RCA ne tourne-t-elle pas en rond sans pour autant voir le bout du tunnel un jour ? Amnistie sur amnistie ne favorise-t-elle pas la poursuite des exactions et l’idée d’une nouvelle rébellion par ceux qui sont lésés ? Ces questions reviennent à qui de droit. Et c’est aux décideurs d’éclairer  la lanterne des Centrafricains et de faire ce qui leur semble bon. Les Centrafricains les observent et ont leur dernier mot à dire. Des massacres à grande échelle ont été organisés et exécutés. Et après, l’Union Africaine, le président tchadien Idriss Déby Itno et les consorts veulent qu’on accorde une amnistie aux auteurs. Où en sommes nous ? Où va la RCA ? C’est vraiment grave.

Dialogue

Le dialogue est une arme non violente qui permet de résoudre un différend, un conflit. Le président Faustin Archange Touadéra y attache une importance particulière. C’est une bonne chose si et seulement si les groupes armés comprennent que c’est une issue favorable, sans effusion de sang. Mais depuis lors, nous avons l’impression qu’on tourne en rond. Dans d’autres régions du pays, le dialogue a porté du fruit. Mais d’une manière générale, les Centrafricains ne s’y reconnaissent pas, ne s’y retrouvent pas. Aujourd’hui s’il y a dialogue à Bria, Kaga-Bandoro, demain, c’est le coup de feu, des détonations d’armes de tout calibre occasionnant des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables.

Peut-on dire dans ce cas d’espèce que le dialogue pourra résoudre la crise centrafricaine, d’autant plus que les combattants rebelles sont toujours réticents, réfractaires ? C’est la question qui se pose avec tant d’acuité. Et nous aimerions qu’on change de stratégie, sinon, le sang des Centrafricains ne cessera de couler, ce que nous ne souhaitons pas. Car, un rebelle est un rebelle. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, il reste et demeure toujours rebelle.

De toutes les façons, attendons de voir ce que le dialogue accouchera un jour en Centrafrique avec tout ce que nous voyons aujourd’hui pour avoir un cœur net.

Justice

Quand on parle de la justice aujourd’hui, celle-ci fait trembler des gens, surtout les auteurs, coauteurs et complices de graves violations des Droits de l’Homme en RCA. Et sans nous voiler la face, c’est cette voie qui est privilégiée par les Centrafricains du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Car, lors du Forum National de Bangui, tous les participants ont clairement affirmé, « impunité zéro ». Pour ce faire, la justice doit dire le droit, rien que le droit. Les victimes des actes barbares des groupes armés n’attendent que la vraie justice pour avoir un cœur net.

Dialogue Politique Inclusif, amnistie et consorts, ce n’est pas leur problème car tous ces simulacres n’ont rien changé dans le vécu des Centrafricains. Si la justice centrafricaine faisait son travail comme il se doit, le peuple centrafricain poussera un ouf de soulagement. Mais si les gens s’en tiennent aux foras, aux amnisties sur amnisties, les groupes rebelles nous rouleront dans la boue à n’en point finir. Il faut absolument traduire en justice tous ceux qui de près ou de loin, ont participé directement ou indirectement dans les tueries, les incendies des maisons, les destructions systématiques des édifices publics et privés.

Eu égard à tout ce que nous avons brossé sommairement, il ressort que seule la justice est l’arme efficace afin de mettre fin à la crise centrafricaine. Dès que deux, (2) trois (3), voire quatre (4) leaders des groupes armés et leurs acolytes, seront arrêtés, traduits en justice et jugés, les autres abandonneront d’eux-mêmes la poursuite des exactions sur les populations civiles. Dans le cas contraire, la crise centrafricaine est loin de prendre fin.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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