DE NIEM NYELOWA A NGOUNDAI, EN PASSANT PAR ...

Mardi 16.05.2017 : 09H35

DE NIEM NYELOWA A NGOUNDAI, EN PASSANT PAR ALINDAO ET BANGASSOU : OU EST PASSE LE « MANDAT ROBUSTE » DE LA MINUSCA ?

« La Minusca a désormais un mandat robuste », ont affirmé haut et fort les responsables des Nations Unies devant les professionnels des médias, lors de la présentation de la résolution 2301 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, dotant les Casques Bleus d’un nouveau mandat. Cela signifie que les Casques Bleus peuvent valablement utiliser la force en cas d’entêtement des groupes armés. Nous attendons depuis lors de voir la concrétisation de ce mandat robuste sur le terrain. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Les groupes armés continuent sans cesse de défier l’autorité de l’Etat dans l’arrière-pays, en ravageant tout sur leur passage, et ce, en présence même des soldats onusiens. Qu’à cela tienne, les Casques Bleus sont devenus aujourd’hui la nouvelle cible de ces seigneurs de guerre, sans âme, ni conscience. Autant dire que les Nations Unies ont semé le vent, elles doivent récolter la tempête.

Les régions de l’Ouest, du Centre et du Sud-est sont entre les mains des hors-la-loi, des bandits de grand chemin qui écument à petit feu les populations civiles. Les tueries, les pillages, les incendies des villages et maisons, sont devenus monnaie courante dans ces régions du pays. Les populations civiles errent d’un endroit à un autre, à la recherche d’un abri sûr pour échapper aux exactions de ces groupes armés. Malheureusement, elles sont restées sur leur soif et ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Les députés du Mbomou avaient attiré l’attention du gouvernement et de la Minusca sur le danger qui guettait leur région. Ils ont demandé que des mesures urgentes soient prises pour éviter le pire à Bangassou. Hélas, aucune mesure n’a été prise. Et aujourd’hui, les populations civiles de Bangassou vivent dans la panique et la terreur. Des hommes armés, assimilés aux milices Anti-Balaka, envahissent cette localité du pays, et sèment la désolation au sein des populations. Selon les informations recueillies, plusieurs personnes ont fui de l’autre côté de la rive, et principalement vers la République Démocratique du Congo (RDC). Celles qui se sont réfugiées à l’église catholique et à la mosquée éprouvent déjà d’énormes difficultés.

C’est le même son de cloche à Alindao, ville située dans la préfecture de la Basse-Kotto. Des affrontements meurtriers ont opposé les éléments peulhs armés de l’UPC de Darassa aux  Anti-Balaka dans cette ville. Le bilan est très lourd puisque des centaines de morts et blessés ont été déjà enregistrés. Ce bilan pourrait s’alourdir dans les jours à venir car, les recherches des corps se poursuivent au moment où nous mettons cet article sous presse. Au cas où des mesures rigoureuses et fortes ne seraient pas prises pour empêcher ces actes de violences qui se poursuivent dans ces deux (2) régions, ne va-t-on pas vers un génocide qui se profile à l’horizon ?

Au cours de la conférence de presse hebdomadaire, le porte-parole de la Minusca, Vladimir Monteiro a précisé que, nous le citons, « les tensions sont encore vives à Ngaoundaï entre les Anti-Balaka, R-J et MPC. La Minusca a renforcé des dispositifs sécuritaires à travers des patrouilles des Casques Bleus… ». Force est malheureusement de constater que la ville de Ngaoundaï était le théâtre des affrontements entre les éléments du mouvement 3R de Sidiki et les Anti-Balaka. Et ce sont les populations civiles qui continuent de payer le plus lourd tribut. Les mêmes scènes se sont reproduites dans la commune de Niem-Nyélowa la semaine dernière où des compatriotes ont soufflé le chaud et le froid de la part des Anti-Balaka et les 3R de Sidiki. La Minusca est toujours omniprésente sur le terrain, alors que des têtes tombent et continuent de tomber jusqu’au dernier coup de sifflet. C’est pourquoi, nous posons la question de savoir : où est passé le « mandat robuste de la Minusca ? Il n’y a que les responsables des Nations Unies qui peuvent éclairer la lanterne du peuple centrafricain à ce sujet.

Mais à l’allure où vont actuellement les choses, la RCA risque de retourner à la case départ, au cas où les responsables onusiens et les autorités centrafricaines ne changeraient pas de fusil d’épaule afin d’agir efficacement pour réduire la présence et la menace de ces groupes rebelles qui ne jurent que pour la guerre. Le programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) est le passage obligé pour tous les groupes armés. La communauté internationale et le gouvernement ont beaucoup investi dans ce programme pour mettre définitivement un terme à la crise, et rétablir la sécurité et la paix. Mais certains groupes armés restent convaincus que seules les armes peuvent résoudre leur problème. Nous prenons avec beaucoup de réserve l’adhésion de certains groupes armés au processus DDRR. C’est le cas du mouvement 3R, de l’UPC et certains branches des Anti-Balaka qui, bien qu’ayant adhéré au processus DDRR, continuent de tuer, violer, piller, braquer et incendier dans l’arrière-pays.

Le gouvernement centrafricain, les Nations Unies, voire la communauté internationale, ont du pain sur la planche pour mettre un terme à la gâchette des groupes armés et permettre au pays de prendre l’élan du développement. Les multiples visites du chef de l’Etat et des hauts responsables des institutions bancaires internationales (FMI, BM), à l’intérieur du pays, semblent être une peine perdue. Aujourd’hui, des actes de violences se multiplient à travers le pays, occasionnant de lourdes pertes en vies humaines et de nombreux dégâts matériels. Il faut absolument changer de stratégies. Sinon…

Bénistant MBALLA

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