CRISE EN CENTRAFRIQUE : ROLLAND MARSHALL LEVE ...

Jeudi 08.06.2017 : 10H24

CRISE EN CENTRAFRIQUE : ROLLAND MARSHALL LEVE LE VOILE SUR LA MAUVAISE COMPREHENSION DE LA DEMOCRATIE CONDUISANT LE PAYS  DANS LE GOUFFRE

Contrairement aux autres pays africains, accédés à l’indépendance en 1960 et qui aujourd’hui,  sont en avance en termes de développement, la République Centrafricaine, pays de feu Barthélémy Boganda ne fait que reculer en arrière. Paradoxalement, la RCA est un pays  riche en  sous sol, en faune et flore avec une population moins dense, mais très pauvre. Après Barthélémy Boganda, le pays a connu de multiples crises (mutineries, coups d’Etat et rebellions), à cause de la gouvernance clanique, ethnique, régionaliste, voire religieuse des différents régimes qui se sont succédés à la tête de l’Etat.

Rolland Marshall, professeur en sciences politiques à l’Université de Paris, dans son introduction générale à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du colloque sur la démocratie, la bonne gouvernance et le développement durable, organisé par le Réseau des Organisations de la Société Civile en Centrafrique (ROSCA), a mis l’accent sur la mauvaise compréhension de la démocratie en Afrique et particulièrement en Centrafrique, conduisant le pays dans le gouffre. Il a souligné trois (03) principaux défis qui bloquent la démocratie centrafricaine. Il s’agit notamment de : la gouvernance au niveau des institutions de l’Etat, la construction du lien citoyen et la reconnaissance des droits des citoyens

La gouvernance au niveau des institutions

Pour le professeur Rolland Marshall, un problème de la décentralisation se pose au niveau des institutions de l’Etat. On entend par décentralisation, la délégation du pouvoir ou de compétences de ceux qui dirigent le peuple à d’autres. Or depuis fort longtemps, la RCA est plongée dans la gouvernance des régimes dictatoriaux. Tous les pouvoirs étaient concentrés entre les mains du régime en place. La séparation du pouvoir entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, pourtant reconnue par la Constitution de la République n’engageait que ceux qui y croyaient. L’institutionnalisation du népotisme, des violations des Droits de l’Homme, y compris les atteintes à la liberté d’expression relatives aux idées et opinions politiques étaient à l’origine de multiples mutineries, coups d’Etat et rebellions visant à destituer le régime autoritaire en place. Ce ne sont pas Kolingba, Patassé, Bozizé et Djotodia qui nous démentiront. La dernière rébellion la plus dévastatrice déclenchée en décembre 2012 par l’ex coalition Séléka et qui perdure encore, est la conséquence de la très mauvaise gouvernance du régime de François Bozizé où tous les pouvoirs étaient concentrés entre les mains du parti KNK. « Les institutions ne sont pas synonyme de fonctionnaires, mais des règles qu’il faut respecter », a expliqué le professeur Rolland Marshall. Force est malheureusement de constater  qu’en RCA, les hautes autorités de l’Etat foulent aux pieds les textes de loi et agissent comme bon leur semble. La Constitution de la République était pour la plupart de temps révisée et taillée sur mesure selon le bon vouloir des régimes qui se sont succédés à la tête de l’Etat. L’objectif est de défendre leurs propres intérêts, au détriment de l’intérêt de la nation. Comme l’a souligné Rolland Marshall, la gouvernance au niveau des institutions pose un sérieux problème.

La construction du lien citoyen

Le deuxième constat touche au lien entre les institutions de l’Etat et les citoyens. Est-ce que les citoyens jouissent d’un même droit ? Les retombées des ressources naturelles du pays exploitées par les dirigeants centrafricains ne profitent pas à la population. L’inégale répartition des ressources du pays est la cause de la misère et de la pauvreté extrême dont fait face la population. Face à cette situation, certains Centrafricains se disent marginalisés et préfèrent entrer en rébellion pour réclamer leur droit. La Séléka a justifié la raison de sa rébellion par la marginalisation de la région du nord. Et personne ne peut dire le contraire par rapport à la gouvernance clanique, ethnique et régionaliste du régime KNK  de François Bozizé. Les remous sociaux concernant les arriérés de salaires, de pensions, de bourses et l’intégration des jeunes diplômés sans emploi dans la fonction publique, témoignent que les citoyens ne jouissent pas d’un même droit. C’est aussi l’une des causes des tensions dans la société, conduisant à la déstabilisation du pouvoir par la force. Les jeunes désœuvrés, ne sachant quoi faire pour gagner leur pain quotidien, sont prêts à prendre les armes pour rentrer dans la rébellion soit, pour se venger, soit trouver du travail par la suite. Or les hauts cadres du pays vivent dans de conditions descentes. Ils dorment dans de somptueuses villas, roulent de voitures de luxes qui coûtent extrêmement chères et mangent tous les jours à leur faim. C’est la raison qui pousse la population à détruire leurs maisons et emporter leurs biens lors d’un changement de régime par un Coup d’Etat.

Reconnaissance des droits des citoyens

Selon le professeur Rolland Marshall, le dernier défi concerne la reconnaissance des droits des citoyens. La démocratie n’exclut pas toujours les manifestations au sein de la société pour revendiquer certains droits (droit à l’éducation, à la santé, à la vie, à l’eau, à l’électricité…). Ces droits fondamentaux de la personne humaine sont souvent bafoués par les dirigeants centrafricains. La majeure partie de la population centrafricaine mènent une vie ultra-précaire comme des animaux sauvages, parce que leurs revendications ne sont pas prises en compte par  leurs autorités. Certains arrondissements de la ville de Bangui sont privés d’eau potable et d’électricité.

Eu égard à tout ce qui précède, la bonne gouvernance demeure la seule condition à mettre en pratique pour parler de la démocratie dans son véritable sens. Le professeur Rolland Marshall lève enfin le voile sur les maux qui minent et gangrènent la République Centrafricaine.

 

Bénistant MBALLA

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